Menu Fermer
Couverture d'avril 2021 de la revue Positif

Souvenirs de Bertrand Tavernier par Martin Scorsese

texte traduit et publié par le magazine Télérama

« La première fois que j’ai rencontré Bertrand Tavernier, c’était au début des années 1970. Il était alors accompagné de son ami et ancien collaborateur Pierre Rissient. Ils avaient vu "Mean Streets" et le défendaient avec vigueur publiquement. Un soutien qui signifiait beaucoup de choses à mes yeux.

J’ai très vite compris que Bertrand connaissait de fond en comble l’histoire du cinéma. Plus encore, il était un passionné du cinéma : passionné par ce qu’il aimait, passionné par ce qu’il détestait, passionné par ses nouvelles découvertes, passionné par les figures injustement oubliées dans l’histoire du cinéma – Bertrand a été celui qui nous a permis de redécouvrir le réalisateur Michael Powell –, passionné par les films qu’il a lui-même réalisés.

Bertrand était un cinéaste singulier, à nul autre comparable. J’ai particulièrement aimé son film de 1984, "Un dimanche à la campagne". Ce film a été conçu avec tant de subtilité que j’ai l’impression qu’il est sorti tout droit du monde des impressionnistes. J’ai également adoré ses films historiques, comme "Que la fête commence…" et "Capitaine Conan", et ses adaptations de Simenon ("L’Horloger de Saint-Paul", son premier film) et de Jim Thompson ("Coup de torchon", adapté de "1275 âmes").

En 1983, je déjeunais avec Bertrand et Irwin Winkler quand ils ont décidé, tous les deux, de faire le magnifique "Autour de minuit". C’est pour moi un merveilleux souvenir d’avoir fait une petite apparition dans ce film, dans le rôle de l’agent de Dexter Gordon.

Bertrand connaissait intimement tous les aspects du cinéma français. C’est une chance incroyable pour nous tous que Bertrand ait partagé son savoir et sa passion dans son documentaire "Voyage à travers le cinéma français", une œuvre d’une grande beauté.

Il connaissait tout aussi intimement le cinéma américain. Bertrand et Jean-Pierre Coursodon ont coécrit, et régulièrement mis à jour, un dictionnaire exhaustif consacré aux réalisateurs américains ("50 ans de cinéma américain"). Cet ouvrage majeur mériterait d’être traduit en anglais.

Je veux enfin partager une dernière image à propos de Bertrand. Une image bien connue par tous ses amis et par tous ses proches. Bertrand était tellement passionné qu’il pouvait littéralement vous mettre K.-O. Il restait assis, pendant des heures et des heures, argumentant pour ou contre un film, un cinéaste, un musicien, un livre ou une décision politique. Au bout d’un moment, terrassé, vous vous demandiez simplement : mais d’où lui vient toute cette énergie ?

Aujourd’hui, il m’est très difficile de me dire que je n’aurai plus jamais la chance de recevoir toute cette incroyable énergie. Que je n’aurai plus jamais la chance de rencontrer un homme aussi extraordinaire, un homme tellement irremplaçable. »

Couverture de mars-avril 2021 du magazine La Septième Obsession © Laurent Durieux
Couverture de mars-avril 2021 du magazine Little White Lies

Ils nous ont quittés

Les prochaines sorties Blu-ray/DVD The Criterion Collection

Parce que Plans Américains ne s'intéresse pas exclusivement aux films  : la critique de "The Undoing", mini-série américaine sortie sur la chaîne de télévision HBO en octobre dernier, avec Nicole Kidman et Hugh Grant dans les rôles principaux (et Donald Sutherland, qui joue le père de Nicole Kidman pour la deuxième fois, après "Retour à Cold Mountain" en 2003).

The Undoing

Doppelgängers, hommages, clins d’œil, copiés-collés

Coronavirus : notre page dédiée
cliquer sur l'image ci-dessous

"Mourir peut attendre" ("No Time to Die"), le nouveau James Bond à venir
Réalisation : Cary Joji Fukunaga (co-scénariste de "Ça" et réalisateur de "True Detective")
Sortie en France : 31 mars 2021