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"Cabaret"

Berlin, 1931, Kit Kat Club

titre original "Cabaret"
année de production 1972
réalisation Bob Fosse
scénario Jay Presson Allen
photographie Geoffrey Unsworth
musique Ralph Burns
interprétation Liza Minnelli, Joel Grey, Michael York, Fritz Wepper, Marisa Berenson, Helmut Griem
récompenses • Oscar du meilleur réalisateur
• Oscar de la meilleure actrice pour Liza Minnelli
• Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Joel Grey
• Oscar de la meilleure photographie
• Oscar du meilleur montage
• Oscar de la meilleure adaptation musicale
• Oscar du meilleur mixage
• Oscar de la meilleure direction artistique

La critique de DVDClassik : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un film hallucinant sur le Berlin prénazi et le portrait d'une société en pleine décomposition. Liza Minnelli retrouve le charme canaille de Marlene Dietrich mais dans un autre registre, et Joel Grey est un meneur de jeu inquiétant. C'est probablement le meilleur film de Bob Fosse.

La critique de Didier Koch

Chorégraphe star de Broadway sans discontinuer des années 1950 à sa mort en 1987, Bob Fosse aura aussi exercé, de façon parcimonieuse (5 films au total de 1969 à 1983) et brillante, le métier de réalisateur de cinéma. À son deuxième essai après la gentille comédie musicale "Sweet Charity" (1969), il passe sans transition dans la catégorie des réalisateurs importants avec "Cabaret", qui décroche pas moins de huit oscars à la cérémonie de 1973, dont celui de la meilleure actrice pour Liza Minnelli et celui de meilleur réalisateur pour Fosse lui-même.

Le film, dont l'ambiance générale est très clairement inspirée de celle de "L'ange bleu" de Josef von Sternberg (1930), est l'adaptation d'une comédie musicale à succès montée en 1966 par John Kander et Fred Ebb. À travers les numéros et la vie des artistes d'un cabaret berlinois, "Cabaret" nourrit le projet ambitieux de montrer la transition lente de la société allemande qui s'est opérée de la République de Weimar jusqu'au nazisme. Les numéros de danse très brillants alliant baroque et provocation scandent le récit sous l'autorité d'un maître de cérémonie omniprésent (Joel Grey, récompensé d'un Oscar du meilleur second rôle), qui fait évoluer sa chorégraphie vers des tonalités de plus en plus sombres au fur et à mesure que l'Allemagne se livre corps et âme dans les bras de son Führer.

Parallèlement, Fosse suit la trajectoire insouciante d'un couple d'étrangers composé de Sally (Liza Minnelli), une Américaine un peu loufoque aux mœurs débridées, danseuse au Cabaret, et de Brian (Michael York), un universitaire anglais réservé, homosexuel refoulé, donnant des cours d'anglais pour financer sa thèse de philosophie. Sous l'impulsion de la Constitution de Weimar, Berlin au milieu des années 1920 était devenue la capitale culturelle de l'Europe, et par voie de conséquence, un creuset cosmopolite où la vie nocturne battait son plein, bravant tous les tabous sexuels. Sally et Brian inscrits logiquement dans ce mouvement permettent à Bob Fosse, par leur hédonisme et leur insouciance, de montrer comment la peste brune a pu s'immiscer insidieusement dans toutes les strates de la société sans que personne n'y prenne vraiment garde, y compris au sein du concert des nations aveugles que les deux jeunes gens symbolisent métaphoriquement.

Au cours des rencontres faites par Sally et Brian sont pêle-mêle exposées toutes les obsessions du régime, comme la noblesse décadente (Helmut Griem en riche baron désœuvré) ou la caste des juifs assoiffés d'argent et de pouvoir  (Marisa Berenson, fille de banquier juif). Mélange osé et fascinant proposé par Bob Fosse qui, lors d'une scène clef, montre comment, à la terrasse d'une auberge campagnarde, un groupe d'inconnus se met progressivement à l'unisson d'un jeune homme blond entonnant un chant patriotique ("Tomorrow belongs to me"), dont la caméra de Fosse nous dévoile progressivement qu'il est vêtu de l'uniforme nazi. Tentative très signifiante, mais aussi un peu désespérée de comprendre comment tout un peuple a pu s'unir derrière la politique du pire.

En nous entrainant dans le tourbillon de danse dirigé par Joel Grey et en nous immergeant dans les yeux candides de la merveilleuse Liza Minnelli, Bob Fosse nous met à notre tour en garde en nous rappelant que c'est à la seule condition de garder toujours les yeux ouverts que le saut dans l'horrible peut être évité.

"Cabaret" reste, plus de quarante ans après sa sortie, le chef-d'œuvre absolu d'un très grand réalisateur malheureusement trop tôt disparu qui, par la suite, nous proposera "Lenny", "Que le spectacle commence" et "Star 80". Rien que ça !