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"Pale Rider - Le Cavalier solitaire"

Pale Rider - affiche

titre original "Pale Rider"
année de production 1985
réalisation Clint Eastwood
scénario Michael Butler et Dennis Shryack
photographie Bruce Surtees
musique Lennie Niehaus
interprétation Clint Eastwood, Michael Moriarty, Chris Penn, Richard Dysart, Richard Kiel, John Russell, Billy Drago

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

"Pale Rider" est le neuvième western auquel participe Clint Eastwood l’acteur, et le troisième porté par le réalisateur. Après "Impitoyable" (1992), il tournera définitivement le dos au genre qui lui apporta la célébrité après un voyage miraculeux en Italie. C’est donc presque une décennie après "Josey Wales hors-la-loi", son chef-d’œuvre, et l’échec de "Haut les flingues !" (Richard Benjamin, 1984), le film de gangsters ironique qu’il tourne avec son ami Burt Reynolds, qu’Eastwood se décide à adapter un projet de western vieux de quatre ans, initié avec Michael Butler et Dennis Shryack qui en écriront conjointement le scénario original.

Le film tourné dans la forêt de Sawtooth (Idaho), non loin de la maison d’Eastwood, se veut pleinement inscrit dans la tradition, tout en intégrant des préoccupations contemporaines comme la préservation de la nature. La trame générale relate l’arrivée d’un inconnu venu de nulle part pour défendre une petite communauté aux méthodes artisanales, menacée par un propriétaire plus puissant et sans scrupule, convoitant la terre qui leur sert de subsistance. On pense bien sûr à "L’Homme des vallées perdues" de George Stevens avec Alan Ladd, western mythique, emblème idéalisé du dur combat des petits colons pour leur implantation. Les mineurs remplacent ici les éleveurs de bétail, mais Eastwood, trente ans plus tard, se veut plus sombre et surtout plus violent.

Le western n’est plus en vogue, et l’échec cuisant de "La porte du Paradis" de Michael Cimino en 1980 fait penser qu'il n’aura plus jamais droit de cité. Clint Eastwood, sachant trop bien ce qu’il doit au genre, était sans doute le seul qui pouvait tenter de le sortir de l’oubli. Peut-être pour cette raison a-t-il voulu donner à son héros sans nom, sorti de nulle part, auquel il est fidèle depuis son compagnonnage avec Sergio Leone, une dimension quasi mystique.

Le riche propriétaire de la mine d’or industrielle (Richard A. Dysart) située en amont, utilisant des méthodes d’extraction dévastatrices, permet à Eastwood de rappeler qu’il aura fallu relativement peu de temps à l’homme pour souiller une terre jusqu’alors préservée par les Indiens. Insatiable, il exige que les mineurs laborieux aux méthodes héritées de la ruée initiale quittent les lieux. C’est juste après une nouvelle descente punitive de ses hommes de main que celui qui se prétendra pasteur apparaît alors que la jeune Mélanie Wheeler l’appelle de ses vœux, en récitant le psaume 23 de la Bible : « l’Eternel est mon berger… ».

Encore une fois, le réalisateur désormais aguerri (dix films à son actif), propose une entrée en matière de toute beauté avec l’aide de son fidèle chef-opérateur Bruce Surtees, déjà présent sur "L’Homme des hautes plaines" et sur "Josey Wales hors-la-loi". Le col blanc qui lui enserre le cou renforce l’idée d’un homme d’église, mais les traces de balles qu’il porte dans son dos, tout comme son cheval blanc, l’apparentent plutôt au quatrième Cavalier de l’Apocalypse, annonciateur de conquête et d’évangélisation. Le titre original du film et l’invincibilité dont semble doté l’inconnu, qui mène tout d’abord combat sans arme, fait plutôt pencher pour l’hypothèse d’un ectoplasme arrivé sur place, non par le simple fait du hasard, mais sans doute pour réclamer vengeance.

Le combat final improbable avec le marshal Stockburn (John Russell) et ses six séides, valide logiquement cette hypothèse. Le pasteur en question rejoindrait ainsi les trois autres justiciers vengeurs des quatre westerns réalisés par Eastwood. Le réalisateur madré joue pourtant l’ambiguïté, le pasteur ne résistant pas au plaisir charnel, mêlé à une certaine duplicité quand la femme (Carrie Snodgress) dont est amoureux Hull Barret (Michael Moriarty), le chef de file des mineurs, s’offre à lui.

Si Clint Eastwood fait une fois de plus référence aux vertus du groupe et de la famille chères à John Ford, un de ses modèles, son héros est très loin de la pureté quasi virginale qui émanait de la blondeur de Shane, le héros de "L’Homme des vallées perdues", qui avait su résister aux avances de la femme (Jean Arthur) de celui (Van Heflin) qui était devenu son ami. Curieux et délicieux mélange proposé par "Pale Rider", qui oscille allègrement entre le profane et le mystique.

Moins lyrique et épique que "Josey Wales hors-la-loi", "Pale Rider" se veut encore une fois la synthèse réussie du cinéma sans afféterie de Don Siegel avec celui, baroque, de Sergio Leone. Le combat final dantesque entre le pasteur soudain doté du don d’ubiquité et le marshal voyant, impuissant, ses adjoints tous habillés de longs manteaux poussiéreux tomber comme des mouches, n’aurait certainement pas déplu au grand Sergio Leone qui, au paradis des réalisateurs, a dû esquisser un léger sourire de contentement.

La critique de Pierre

Après "L'Homme des hautes plaines" et "Josey Wales, hors-la-loi", "Pale Rider" est le troisième western réalisé par Clint Eastwood. Le film date de 1985, une époque pas vraiment bénie pour ce genre (une fois encore, Eastwood était en plein contre-courant). J'ai toujours eu un grand amour pour ce film-là, que je n'avais pas revu depuis de nombreuses années. La ressortie Blu-ray est un prétexte comme un autre...

Le pitch : une petite communauté minière est en proie au harcèlement de Coy LaHood, riche propriétaire du coin qui veut faire dégager les mineurs pour s'approprier leurs concessions. Arrive le "preacher", un mystérieux cavalier solitaire qui va combattre LaHood... et régler au passage un vieux compte...

Il y a beaucoup de choses dans ce film. J'y ai découvert un aspect qui ne m'avait pas frappé auparavant, c'est la préoccupation écologiste d'Eastwood, qui insiste sur le fait que LaHood "défigure" le paysage rural en utilisant des pompes hydrauliques. Le réalisateur est semble-t-il très sensible à ça, il y revient à plusieurs reprises dans le film. Ensuite, c'est un quasi remake d'un classique du western : "L'Homme des vallées perdues" de George Stevens, dont "Pale Rider" reprend complètement l'histoire, à savoir : l'arrivée d'un cavalier solitaire, une petite communauté en proie à un méchant propriétaire terrien, l'amitié/rivalité entre le cavalier solitaire et le leader de la communauté, l'histoire racontée du point de vue d'un enfant (un sale gosse dans le classique de Stevens, une belle adolescente dans le film d'Eastwood).

Le réalisateur reprend donc de manière consciente la trame la plus classique qui soit, mais c'est pour mieux la pervertir. Car Eastwood fait de "Pale Rider" un authentique film fantastique, en faisant de son personnage un véritable fantôme, qui revient d'entre les morts pour accomplir une mystérieuse vengeance contre le shérif Stockburn. La première apparition d'Eastwood est une des plus grandes scènes qu'il ait jamais faite dans un de ses films : la petite fille fait une prière pour demander un miracle et, en parallèle, on voit les premières images d'Eastwood apparaître au loin, en même temps que la musique passe d'une tonalité douce vers des cuivres qui glacent le sang... C'est vraiment une séquence splendide. L'aspect "fantastique" passe notamment dans de tous petits détails, qui sont vraiment extrêmement bien rendus. On ne peut comprendre "Pale Rider" qu'en faisant attention aux expressions des personnages et en s'intéressant à de "petites choses" : c'est l'expression du shérif Stockburn (un personnage qu'on voit à peine, mais qui est vraiment réussi) quand on lui décrit la physionomie du preacher et qu'il dit "cela ressemble à quelqu'un, mais il est mort" (à compter de ce moment, Stockburn ne va cesser de garder une mine inquiète, comme s'il pressentait lui-même qu'il avait affaire à une entité surnaturelle) ; c'est aussi la manière dont Eastwood tue Stockburn, en le criblant de balles aux exacts mêmes endroits que ceux de ses propres blessures.

La ressemblance est frappante entre ce film et certains westerns italiens réalisés quelques années auparavant, surtout le fameux "Django le batard". Est-ce une référence consciente de la part d'Eastwood ? Ça m'étonnerait, d'autant que le thème du "revenant" intervient à plusieurs reprises (soit de manière explicite comme ici, soit en filigrane) dans son oeuvre.

On notera par ailleurs que les seconds rôles sont très réussis : Christopher Penn tout jeune, Richard Dysart (dont le ventre explose dans "The Thing"), Richard Kiel ("Jaws" dans les Bond "L'espion qui m'aimait" et "Moonraker") très marrant, et surtout Michael Moriarty, acteur fétiche de Larry Cohen qui est vraiment très bon. Bref, c'est un très grand film.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Eastwood reprend le thème du fantôme déjà traité dans "L'Homme des hautes plaines". La deuxième variation sur ce sujet est moins réussie, mais très regardable tout de même.

Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon

Western visuellement somptueux (à ne pas voir à la télévision, la photo de Bruce Surtees étant audacieusement sombre), dont le scénario allégorique évoque "L'Homme des vallées perdues" (George Stevens, 1953), mais aussi les westerns précédents de Clint Eastwood ("L'Homme des hautes plaines" et "Josey Wales, hors-la-loi") : un héros solitaire, prêcheur mythique, inspire une communauté de mineurs menacée.

Pale Rider - affiche

Pale Rider - générique