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Le festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction

Affiche officielle de la 16e édition du festival (1987)
Couverture du magazine L'Écran fantastique de novembre 1983

I - Les débuts du festival de Paris

Première manifestation de ce type en France, le festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction a, selon son directeur Alain Schlockoff (également fondateur des magazines L’Écran fantastique et Vendredi 13), été créé essentiellement pour la promotion d'un genre alors décrié et ignoré d'une grande partie du public français.

Il a vu le jour au théâtre des Amandiers de Nanterre, en mai 1972, sous le nom de "Convention du cinéma fantastique".
La 2e édition s'est tenue au Palace, salle de théâtre parisienne devenue cinéma en 1946 (et redevenue théâtre en 1975 avant d'être transformée en la boîte de nuit que l'on sait).
Puis le festival s'est installé au Palais des Congrès, où du monde était refusé tous les soirs malgré la capacité de la salle (3 700 places).

Mais ce lieu ne pouvant garantir aux organisateurs les mêmes dates chaque année, ces derniers ont décidé, au bout de 2 ans, pour la 6e édition, de s'installer provisoirement au Grand Rex, où ils sont finalement restés 12 ans.

Ce festival a correspondu à une certaine époque. « Les gens avaient alors très envie de voir des choses qui bougent. C'était une époque de melting pot culturel : rock, bande dessinée, cinéma bis, explosion des cultures parallèles... Ce public se cherchait », rappelle Robert Schlockoff. Pour les fans de province qui souscrivaient leur abonnement trois mois à l'avance, la manifestation était l'occasion de se rencontrer.

II - Les années fastes du festival de Paris

Des records de fréquentation

Quel succès ! Les 2 500 fauteuils de la salle étaient régulièrement occupés, et le public commençait à faire la queue à 14h00 alors que les projections ne débutaient pas avant 19h30.

Les organisateurs ont estimé jusqu'à 5 000 le nombre des spectateurs refoulés lors des soirées de projection de "Massacre à la tronçonneuse" et "Mad Max", alors interdits par la censure française.

Un public qui mettait l'ambiance

Le public du Rex ne se contentait pas de voter pour décerner son prix. Pendant les projections, il manifestait bruyamment son enthousiasme et ses dégoûts. Les chahuts du festival sont vite devenus légendaires au point que certains spectateurs ne venaient que pour l'ambiance.

Il est vrai que le spectacle était souvent plus excitant dans la salle que sur l'écran. L'architecture du Rex encourageait ces délires : du 2e balcon fusaient vers l'orchestre sacs de farine, confettis et projectiles en tout genre (le dévidage de rouleaux de papier hygiénique était un classique), devant les yeux médusés des journalistes et invités, à l'abri (ouf !) au 1er balcon. Les sous-titres - lorsqu'il y en avait - étaient lus à haute voix par un millier de personnes. Les hurlements « On a gagné ! » et « Allez les vers ! » accompagnaient immanquablement les scènes de meurtre et de mutilation. « On entendait des jeunes hurler en se disant que ce devait être sûrement des punks... Les lumières se rallumaient et nous découvrions des jeunes gens fort bien élevés et tirés à quatre épingles », commente Robert Schlockoff.

Le service d'ordre, réduit au strict minimum à l'origine, devint le budget numéro un du festival. Cependant, même aussi imposant que pour un concert de rock, il était toujours impuissant à ramener le calme. Seule la qualité de certains films imposait le silence. Dans son compte rendu de la 11e édition, Charles Tesson écrit : « Il y a deux films où on aurait entendu une mouche voler : "Mad Max" et "Assaut". »

Mieux qu'une avant-première (une soirée type se composait de 3 longs métrages, dont 2 inédits en compétition), une présentation au Rex faisait donc figure de projection test. Car si les outrances gore étaient appréciées par un public de connaisseurs, prêts à applaudir à tout moment, le verdict était immédiat lorsque ces séquences n'étaient pas à la hauteur des amateurs du genre : « Le public huait, nous prenait à partie en chantant : « Schlockoff, escroc, le peuple aura ta peau ! » », se souvient Robert Schlockoff.

Les cinéastes profitaient de leur passage pour mieux connaître les aspirations de leur public. Sam Raimi a même affirmé : « Chaque fois que je fais quelque chose, maintenant, je pense aux spectateurs du Rex et je me demande ce qui va les faire hurler. » Et cette stratégie a d'ailleurs payé : en plus de la Licorne d'or du festival, il a reçu le Prix du public pour "Evil dead 2", et sur la scène du Rex, il a alors précisé devant des spectateurs en liesse que 2 scènes du film leur étaient particulièrement destinées : celle de l'œil éjecté dans la bouche d'une comédienne, et celle de la tête coupée qui s'accroche à la main de Bruce Campbell.

III - La programmation du festival de Paris

Tous les courants du fantastique se sont côtoyés sur les écrans du festival, et la programmation de ses 19 éditions est une sorte de bilan de la production durant la période. Mais les organisateurs ont toujours privilégié le gore, qui avait les préférences du public.

De nombreux réalisateurs importants dans l'histoire du sous-genre ont ainsi fait leurs classes au festival : Brian De Palma y a présenté "Sœurs de sang", son premier long métrage fantastique, John Carpenter s'y est fait connaître avec "Halloween, la nuit des masques" et les 2 "Evil dead" de Sam Raimi y ont été primés.

Festival de Paris - Palais des Congrès - hall

IV - La fin du festival de Paris

Le festival a en quelque sorte été victime de son succès. Les facéties du public ont pris une ampleur telle que les puristes ont fini par boycotter la manifestation. Et les journalistes ne venaient plus que pour parler de l'ambiance. Vers la fin, les projections étaient sérieusement perturbées par des groupes d'agités, probablement plus attirés par le renom du festival que par les films. Un soir, une personne a envoyé sur l'écran un couteau qui s'est fiché à quelques centimètres du visage d'Alain Schlockoff qui était sur scène.

Le festival a également été desservi par la reconnaissance du genre, à laquelle il avait contribué. Une fois célèbres, les cinéastes ne pouvaient plus revenir au Rex, car leurs distributeurs ne voulaient pas risquer une sortie française sur les réactions d'un public imprévisible. Ils réservaient les titres les plus prometteurs au festival du film fantastique d'Avoriaz, pendant chic et mondain du festival de Paris.

La manifestation a fini par s'arrêter en 1989.

Affiche officielle de la 18e et dernière édition du festival (1989)