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"Blow out"

titre original "Blow out" *
année de production 1981
réalisation/scénario Brian De Palma
photographie Vilmos Zsigmond
montage Paul Hirsch
musique Pino Donaggio
interprétation John Travolta, Nancy Allen, Dennis Franz, John Lithgow

* "éclatement de pneu" en français

La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.

"Blow out" : il n'y a pas de fatalité (analyse par PO de Cinéquanon) : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un grand Brian De Palma, réflexion de l'auteur sur ses premières armes (le technicien qui ne se complaît qu'à tourner de petits films d'horreur) débouchant sur une chute exceptionnelle, belle à pleurer, superbe d'émotion et de douleur, et qui rattrape certains passages du film (vers le milieu) où le spectateur est, tout de même, quelque peu perdu. Travolta excellent comédien (doublé par Gérard Depardieu dans la version française). Dennis Franz toujours aussi bon dans l'ignominie. Attention ! "Blow out" est également un jeu de mots sur le fameux blow job. Pour savoir ce que cache ce terme, se reporter à la scène de la cabine téléphonique.

La critique de Didier Koch

C'est avec nostalgie que les fans de Brian De Palma se rappellent cette époque bénie de la carrière du réalisateur où il laissait libre court à ses obsessions à travers des films offrant une synthèse jouissive de ses influences cinématographiques au centre desquelles se trouvait bien sûr le maître du suspense Alfred Hitchcock. "Sœurs de sang", "Pulsions", "Blow out", "Body double" sont autant d'hommages appuyés à "Psychose", "Fenêtre sur cour" ou "Vertigo".

Cet univers référentiel que le réalisateur parvint habilement à se réapproprier tout en ne l'assumant pas toujours a beaucoup nui à sa réputation, les critiques de l'intelligentsia ne voyant en lui qu'un faussaire tout juste bon à masquer son manque de personnalité derrière le pillage en règle de l'œuvre d'un plus illustre que lui. Pour cette raison, De Palma n'aura jamais la caution intellectuelle dont jouissent ses frères d'armes Francis Ford Coppola et Martin Scorsese.

Controverse qui n'est pas infondée, mais qui reste encore aujourd'hui difficile à trancher. On doit pourtant reconnaître qu'avec la patine du temps, la démarche de De Palma revêt une certaine cohérence, et surtout un aspect magique troublant. Regarder "Obsession" ou "Blow out", c'est comme humer instantanément le parfum hitchcockien jusqu'à l'entêtement et se dire à la fin que l'on a vu le film d'un autre, un peu à l'image de James Stewart dans "Vertigo" qui ne savait plus à quelle Kim Novak s'adressait son amour devenu névrotique.

De Palma, c'est un peu Hitchcock assumant ses fantasmes, ce qui lui sera aussi reproché, surchargeant, au goût de certains, ses films d'effets kitch superfétatoires comme l'abus du split screen ou la profusion d'hémoglobine. La référence à son glorieux aîné étant un substrat incontournable de l'œuvre du réalisateur, il a aussi d'autres marottes et préoccupations comme l'assassinat inexpliqué du Président Kennedy, les complots politiques ou la tyrannie des médias.

"Blow out", devenu culte aujourd'hui, résume parfaitement l'univers fantasmatique de De Palma, qui détourne le postulat de départ visuel du "Blow up" d'Antonioni (1966) (un photographe professionnel remarque un détail dans un de ses clichés qui le mènera sur la piste d'un crime) en le transposant dans l'univers du son (John Travolta est preneur de son) pour mettre à jour un assassinat politique dont le déroulement patiemment reconstitué ne parviendra jamais à l'oreille du public.

Parti de l'univers abstrait d'Antonioni, le film s'engage, sans y entrer pleinement, sur la voie des grands films paranoïaques des années 70 ("Conversation secrète", "A cause d'un assassinat", "Les trois jours du Condor"). Pour ajouter encore au mélange des genres, c'est un incipit parodique de "La nuit des masques" de John Carpenter qui est proposé au spectateur, avec bien sûr le passage obligé par la fameuse scène de la douche où Norman Bates débarquait à tout jamais dans notre inconscient cinéphilique. A ce sujet, on peut noter que De Palma, en faisant de Travolta un ingénieur du son pour film de série Z, semble peu goûter la mode du slasher qui se fait jour depuis le succès mondial de "Carrie".

Présenté de cette manière, "Blow out" a tout d'un indigeste salmigondis donnant mille fois raison aux contempteurs du metteur en scène. Mais si l'exercice de style pouvait sembler suicidaire pour un tout autre que De Palma, ce dernier, malin comme un singe, concocte un mélange envoûtant qui doit autant à une direction d'acteurs au cordeau tirant le meilleur de John Travolta dont il parvient à transcender l'air un peu niais du Tony Manero de "La fièvre du samedi soir", qu'à une diffusion harmonieuse d'effets picturaux innovants comme l'utilisation diffractée du split screen permettant de juxtaposer dans un même plan iconoclaste le photographe avec le hibou qu'il saisit à distance.

Revoir plusieurs fois ce film au suspense savamment orchestré offrira toujours de nouvelles surprises et, c'est sûr, ne fera que renforcer dans leur idée ceux qui pensent que Brian De Palma n'est qu'un imposteur. Un auteur ennuyeux a-t-il plus de mérite qu'un imposteur talentueux ? A cause de cette question lancinante, Brian De Palma n'a jamais complètement emporté l'adhésion, masqué derrière l'ombre tutélaire de son maître à filmer qui lui a tout à la fois apporté la célébrité et le discrédit. Ce n'est pas parce que vous mélangerez un morceau de viande avec des pommes de terre et des carottes que vous obtiendrez un onctueux "bœuf mode".

Photos de tournage


Brian De Palma

Blow out - générique


Brian De Palma et John Travolta

John Travolta, Brian De Palma et Nancy Allen

L'art du montage cinématographique avec bande-son (Romain Desbiens, http://briandepalma.online.fr/)

Jack se rend au labo d'animations et s'enferme à clef. Le réalisateur du film qu'il doit sonoriser vient frapper à la porte mais Jack ne lui ouvre pas.

Il regarde chaque image de la planche-contact du magazine, puis commence à les découper soigneusement, par groupes, puis case par case.

De Palma insiste sur la recréation du film pas à pas, et s'attarde même à montrer une sorte de calepin d'animation improvisé par Jack pour recréer le mouvement, comme ces livres de dessins pour enfants qui créent l'illusion d'une animation lorsqu'on fait tourner les pages rapidement (la base de l'animation).

Puis Jack pose une première image sur une table de prise de vue, et filme image par image les clichés. Il obtient ainsi un film sur lequel il va placer le son sur les images plus tard dans son labo.
De Palma, comme Antonioni dans "Blow-Up", décrit entièrement le processus de développement et de montage cinématographique avec bande-son. Mais il est intéressant de voir que malgré la technique évoquée, qui n'est pas commune pour tous les spectateurs (comme le développement et l'agrandissement photographique dans "Blow-Up"), le réalisateur parvient à rendre chaque plan suffisamment clair pour qu'à aucun instant le spectateur ne s'égare.



Une fois dans son labo, Jack Terri regarde le film une première fois sans le son.


Il positionne le film sur le moment précis où la voiture plonge dans l'eau. Puis il passe la bande sonore qu'il écoute attentivement. Au moment où le coup de feu retentit, il stoppe la lecture, et marque le moment d'une croix blanche sur la bobine. Il avance dans le son jusqu'au moment où on entend le bruit de la voiture plongeant dans l'eau. Il marque la position précise d'un "S" au crayon blanc.



Il relie la bande son au film qu'il a recrée avec les photographies, à partir du son du plongeon de la voiture. Il remarque un point lumineux suivi d'une légère fumée s'échappant d'un buisson, au moment précis du coup de feu dans la bande son. Sur les photos ce n'est pas clair, mais en lisant le film avec la bande son, il devient évident que c'était bien un attentat. Jack a obtenu son film-preuve.