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"Requiem for a dream"

titre original "Requiem for a dream"
année de production 2000
réalisation Darren Aronofsky
scénario Darren Aronofsky et Hubert Selby Jr., d'après le roman de ce dernier
photographie Matthew Libatique
interprétation Ellen Burstyn, Jared Leto, Jennifer Connelly

La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Adapté du roman d'Hubert Selby Jr. "Retour à Brooklyn", c'est une vision très noire de la société américaine. Le film se divise en saisons (été, automne, hiver) qui illustrent la chute inéluctable des personnages : symboliquement, il n'y a pas de printemps pour eux. Le rythme est syncopé, avec des images récurrentes violentes autour de la drogue (piqure, passage dans le sang, mydriase pour Harry, hallucinations et dépersonnalisation pour Sara). Nullement moralisateur, ce film dur, difficilement soutenable dans sa dernière partie, est d'un impact remarquable pour décrire l'enfer des drogues, qu'elles soient légales (télévision, amphétamines) ou illégales (héroïne).

La critique de Didier Koch

Darren Aronofsky est un cinéaste original qui s'est fait remarquer avec une première œuvre si hermétique qu'elle sembla au final un peu prétentieuse ("Pi" en 1998). Depuis, il a acquis une grande notoriété en propulsant à nouveau Mickey Rourke sur le devant de la scène avec "The Wrestler" (2008). Mais "Requiem for a dream", son deuxième opus, est incontestablement son chef-d'œuvre. Ce film essentiellement visuel s'avère être un véritable plaidoyer contre toutes les formes d'addiction.

Comme Larry Clark avec ses films chocs sur les mœurs  adolescentes, Aronofsky est sans illusion sur l'état de déliquescence de la famille américaine. Harry vit avec sa mère (Ellen Burstyn) qui ne s'est jamais vraiment remise de la mort de son époux et qui s'enfonce doucement dans une solitude morbide. Lui (Jared Leto), avec sa petite amie Marion (Jennifer Connelly) et son pote Tyrone (Marlon Wayans), découvrent les joies de la cocaïne pendant que sa génitrice s'est mis en tête de participer, comme trente ans auparavant, à un jeu télévisé, se lançant dans une course effrénée après sa jeunesse envolée. Pour Sara, jouée par une sublime Ellen Burstyn, commence la longue descente aux enfers de la dépendance aux amphétamines, prescrites par un médecin peu scrupuleux.

Ce qui frappe et fascine en premier dans ce film incandescent, c'est le mode de narration qui nous montre en parallèle les chemins initiatiques suivis par le fils et sa mère, entrecoupés de flashs psychédéliques où la terrible substance envahit le corps de ses futures victimes qui, sans le savoir, ont passé le pacte de Faust. L'euphorie des débuts est très bien relatée, la mère retrouvant une énergie perdue et le fils vivant une relation extatique avec Marion. Mais le mal est là qui s'infiltre, et la chute étant déjà amorcée. Plus rien d'autre ne compte alors que la recherche du produit miracle. L'unité au sein du trio d'adolescents est vite rompue et Marion est obligée de se prostituer pour nourrir un Harry en perdition. Aronofsky filme admirablement la fragile Jennifer Connelly à travers laquelle s'exprime le mieux les ravages quelquefois indicibles de la drogue. On ne sort pas indemne d'un tel voyage qui devrait être montré à tous les jeunes qui doutent trop souvent des discours sur la prévention.

Il faut noter enfin la parfaite symbiose entre Darren Aronofsky et son compositeur Clint Mansell. Rarement une partition n'aura autant été porteuse du message d'un réalisateur.