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"Hurlements"

titre original "The Howling"
année de production 1981
réalisation Joe Dante
scénario John Sayles
photographie John Hora
musique Pino Donaggio
maquillage Rob Bottin
interprétation Dee Wallace, Patrick MacNee, Robert Picardo, John Carradine
récompense Prix de la critique au festival international du film fantastique d'Avoriaz 1981
suites • "Hurlements II", Philippe Mora, 1985
• "Hurlements III", Philippe Mora, 1987

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

Après le succès mondial des "Dents de la mer" de Steven Spielberg en 1975, Joe Dante surfe sur la vague trois ans plus tard avec "Piranhas", un petit film malin au budget ridicule qui fera un tabac. Catalogué comme réalisateur en devenir et grand admirateur de tous les films d'épouvante de la Universal et de la Hammer, il se lance en 1981 dans une variation autour du thème du loup-garou, dont les deux firmes citées plus haut ont proposé des versions mythiques réalisées par George Waggner en 1941 ("Le loup-garou") et Terence Fisher en 1961 ("La nuit du loup-garou"). Les deux films étant distants de vingt ans, Dante décide de célébrer cet anniversaire en offrant une version profitant à plein de l'avancée des effets spéciaux.

Mais comme il le prouvera trois ans plus tard avec "Gremlins", Joe Dante a un caractère enjoué qui le pousse à la facétie. Dès lors, le scénario concocté par John Sayles (déjà présent sur "Piranhas") et Terence H. Winkless regorge de clins d'œil, en particulier aux grands réalisateurs du genre dont les patronymes couronnent les principaux personnages du film. Ainsi, le médecin joué par un Patrick Macnee échappé de la série "Chapeau melon et bottes de cuir" n'est rien d'autre que George Waggner. Quant au vétéran John Carradine qui connait très bien le genre, il se nomme Erle Kenton, allusion au réalisateur qui l'avait dirigé dans deux petites séries B fameuses ("La maison de Frankenstein" en 1944 et "La maison de Dracula" en 1945).

S'en aller jusqu'à la pochade, Joe Dante s'amuse, et le spectateur avec, en attendant l'apparition du premier loup-garou, qui constitue assurément le moment d'anthologie du film grâce à la maitrise technique époustouflante dont fait preuve le tout jeune Rob Bottin (22 ans à l'époque), disciple du grand Rick Baker. Dépassant tout ce qui a pu être fait précédemment et rarement égalée depuis, la performance du maquilleur frappe durablement l'imagination tellement la transformation empreinte d'une souffrance perceptible semble crédible.

Mais une fois encore, Joe Dante ne peut s'empêcher de prendre le parti de la blague en concluant ce formidable exercice de lycanthropie de la plus dérisoire des façons. John Landis, qui au même moment réalise "Le loup garou de Londres", fera lui aussi dans le registre de la dérision. Sans dénigrer le travail des deux réalisateurs, on peut regretter avec le recul que l'hommage rendu n'ait pas été plus révérencieux afin de tirer toute l'efficacité des prodigieux talents de Rob Bottin et de Rick Baker (à l'œuvre sur le film de Landis).

Toutefois, cette histoire filmée dans le Los Angeles contemporain s'intéressant aux vaines tentatives d'un médecin pour tenter d'intégrer au reste des humains une communauté de loups garous en leur faisant prendre le contrôle de leur double personnalité, joliment photographiée (les scènes en pleine forêt essentiellement) par John Hora, à défaut de réellement effrayer, s'avère tout à fait réjouissante et surtout en cohérence parfaite avec la suite de la carrière de Joe Dante.

John Carpenter, beaucoup moins enclin à la blague, utilisera deux fois les talents de Rob Bottin dans "Fog" (1980) et surtout dans "The Thing" (1982), le chef-d'œuvre absolu de sa carrière.