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"Aux frontières de l'aube"

Blood is our life, Darkness, our feeding ground, Sunlight, our eternal damnation

titre original "Near dark"
année de production 1987
réalisation Kathryn Bigelow
scénario Kathryn Bigelow et Eric Red
photographie Adam Greenberg
musique Tangerine Dream
montage Howard E. Smith
interprétation Adrian Pasdar, Jenny Wright, Lance Henriksen, Bill Paxton, Jenette Goldstein

La critique de DVDClassik : cliquer ici.

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

Kathryn Bigelow est une réalisatrice reconnue et confortablement installée à Hollywood depuis qu'elle a été la première femme en 2010 à recevoir l'Oscar du meilleur réalisateur. Elle a toutefois connu des débuts relativement difficiles après sa sortie de l'université de Columbia, où elle avait étudié la théorie cinématographique auprès de professeurs comme l'écrivaine Susan Sontag ou le réalisateur Miloš Forman. Si sa relation amoureuse avec James Cameron lui a, dans un premier temps, ouvert les portes des studios, ses sept premières réalisations, hormis le très hype "Point break" en 1991, se sont révélées être des échecs commerciaux. Il lui aura fallu attendre près de trente ans pour accéder au statut qui est le sien aujourd'hui.

Rétrospectivement, sa filmographie des débuts est aujourd'hui revisitée et fort justement réévaluée. On peut en effet trouver dans des films comme "Aux frontières de l'aube", "Blue steel" ou "Strange days", l'affirmation d'une véritable personnalité, notamment visuelle, que Kathryn Bigelow a su transcender lorsqu'elle a décidé de mettre son talent au service de sujets d'actualité brûlants, où son approche frontale de la narration, alliée à une virtuosité technique facilement identifiable, lui a permis d'enfin rencontrer le succès public.

"Aux frontières de l'aube" qu'elle réalise en 1987, juste après sa rencontre avec James Cameron, devait être au départ un western, sans doute dans l'optique de rendre un hommage à Sam Peckinpah récemment disparu dont elle avait admiré "La horde sauvage". La désaffection pour le genre ainsi que le regain d'intérêt pour les films de vampires l'ont obligée, avec son coscénariste Eric Red, à revoir sa copie pour proposer un film hybride s'inspirant des deux genres précités.

Dans les prairies désertiques de l'Oklahoma, sévit une bande de délinquants dont l'apparence extérieure est de prime abord facilement assimilable à celle des jeunes désœuvrés des films des années 1950 avec Marlon Brando ("L'équipée sauvage", Laszlo Benedek, 1953) ou James Dean ("La fureur de vivre", Nicholas Ray, 1955). Une nuit, Caleb, jeune fermier (Adrian Pasdar), alors qu'il cherche à tuer le temps, est hypnotisé par la beauté androgyne de Mae (Jenny Wright), qui va lui faire découvrir le terrible secret qu'elle partage avec les autres membres de sa bande, dirigée par Jesse Hooker (Lance Henriksen balafré), ancien combattant dans les rangs sudistes. La malédiction du vampirisme qui oblige à ne vivre que la nuit et à tuer pour rester en vie va faire l'objet d'un douloureux apprentissage pour Caleb, mordu par Mae lors de leur première étreinte.

Afin de marier harmonieusement la thématique du vampire avec la poussière du désert westernien, Bigelow et Red ont intelligemment choisi de la dépouiller de tous ses oripeaux gothiques (gousses d'ail, reflet absent dans les miroirs, crucifix...). Ne reste alors que ces pauvres hères en cuir, semant la terreur dans les bars reculés avant de fuir dans leur camping-car pour trouver un hangar abandonné les protégeant de la lumière mortelle du jour. Cette déambulation macabre sans réelle progression narrative constitue, pour la réalisatrice, le vecteur idéal de la sublimation esthétique d'une histoire d'amour impossible entre deux jeunes amants placés d'emblée face à un choix cornélien. Là se situe le point de vue original de Kathryn Bigelow, qui exploite à merveille une partie du casting déjà employé par James Cameron sur "Aliens, le retour" un an plus tôt (Lance Henriksen, Bill Paxton et Jenette Goldstein), mais aussi le potentiel romantique du couple formé par Adrian Pasdar et Jenny Wright, dont la fragile beauté est magnifiée par la musique cosmique de Tangerine Dream.

La photographie d'Adam Greenberg, ayant lui aussi déjà collaboré avec James Cameron sur "Terminator", donne, par son jeu de contrastes entre bleu électrique, jaune sépia et noir profond, la touche finale à ce poème visuel troublant, qui révèle une Kathryn Bigelow dont la trajectoire artistique s'apparente à celle de Tony et Ridley Scott qui, eux aussi à leurs débuts, avait rodé leur approche esthétique en la plaquant sur des univers fantastico-romantiques ("Les Prédateurs", "Les Duellistes", "Legend").

Un film mythique : les premiers vampires du Far-West (la critique de Pierre)

C'est en 1987 que Kathryn Bigelow, à l'époque épouse de James Cameron, réalise son premier film marquant, avec tous les acteurs fétiches de son mari. L'originalité du film ? Transposer dans l'Ouest le mythe gothique du vampire.

Le pitch : Casper (Adrian Pasdar, la série TV "Profit") se fait brancher un soir par la jeune Mae (Jenny Wright, qui a fait baaaaaaaaaander des générations entières en suçant les doigts de Bob Geldof dans "Pink Floyd The Wall"). Après s'être fait mordre par Mae, il devient un vaaaaaaampire (le terme n'est jamais prononcé dans le film) et est présenté à la "famille" de Mae, composée de Severen, un dingo sadique (Bill Paxton), Diamondback (Jenette Goldstein aka Vasquez dans "Aliens, le retour") et surtout le leader, Jesse Hooker (Lance Henriksen). Casper aime sa nouvelle vie, mais il refuse de tuer pour se nourrir...

Le mélange vampires/western a depuis été refait, par Robert Rodriguez ("Une nuit en enfer") et par John Carpenter ("Vampires"). Mais "Aux frontières de l'aube" peut se targuer d'être le premier à avoir tenté cet audacieux mélange. Et ça prend plutôt bien, d'abord grâce au cast : Paxton en roue libre est mémorable, et Henriksen a vraiment une gueule d'enfer.

Malheureusement, le film est parfois brouillon : l'image est parfois trop sombre, on ne distingue rien à certains moments, et les scènes d'action sont un peu en-dessous de ce qu'elles auraient pu être. En plus, le héros est très, très fadasse.

Mais l'impression générale du film reste en mémoire, plutôt durablement. L'ambiance diffusée par la démente musique de Tangerine Dream y est pour beaucoup. Perso, j'avais gardé un très mauvais souvenir de ce film, vu en K7 d'occaz pourrie, sans sous-titres, il y a 10 ans. En fait, c'est quand même carrément bien : la réputation du film n'est pas usurpée.

Dommage que Bigelow ait abandonné le fantastique depuis ("Point break", "Strange days").