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"À propos d'Henry"

titre original "Regarding Henry"
année de production 1991
réalisation Mike Nichols
scénario J.J. Abrams
photographie Giuseppe Rotunno
musique Hans Zimmer
interprétation Harrison Ford, Annette Bening, Donald Moffat, John Leguizamo, James Rebhorn

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Les années 1980 ont été celles de l'accomplissement pour Harrison Ford qui, durant cette décennie dorée, est sans aucun doute devenu l'acteur le plus rentable d'Hollywood. Qu'on en juge par les succès des deux épisodes de la saga Star Wars qu'il tourne sous la direction de George Lucas ou les deux autres de celle des aventures d'Indiana Jones sous la houlette de Steven Spielberg. S'ajoutent à ces quatre blockbusters, "Blade Runner", chef-d'œuvre incontestable de la science-fiction, incompris à sa sortie, mais devenu culte depuis, et deux collaborations très réussies avec Peter Weir ("Witness" et "Mosquito Coast").

Difficile pour l'acteur alors au zénith de rester sur ces sommets en alliant tout à la fois renouvellement de son registre et maintien du même niveau de popularité. Ce pari est d'autant plus difficile que l'acteur a déjà presque cinquante ans, le succès lui étant venu sur le tard. Harrison Ford se cherche donc à travers tous les genres, y compris ceux qui ne sont pas réellement adaptés à son jeu comme la comédie romantique ou la comédie pure. Des semi-réussites comme "Sabrina", "6 jours, 7 nuits" (Ivan Reitman, 1998), "L'ombre d'un soupçon" confirmeront les limites du jeu de l'acteur qui, par sagesse, revient régulièrement au film d'action musclé où il donne le meilleur, récoltant au passage quelques solides succès avec "Le Fugitif", "Jeux de guerre" et "Danger immédiat" ou encore "Air Force One".

"À propos d'Henry" de Mike Nichols, avec lequel il a déjà collaboré pour "Working Girl" trois ans plus tôt, est représentatif de la bonne idée qui se transforme en mauvaise à cause d'un scénario trop cousu main par J.J. Abrams alors débutant. On a franchement du mal à croire à la rédemption de cet avocat intraitable, suffisant et pourri d'ambitions qui, suite à une agression subie alors qu'il descend faire ses courses à l'épicerie du coin, se retrouve avec une balle dans le lobe frontal, qui va miraculeusement le transformer en humaniste, prenant petit à petit conscience de l'homme horrible qu'il était.

Mike Nichols, que l'on a connu plus nuancé et inspiré, n'arrive pas à se sortir de la nasse dans laquelle l'enferme, lui et son acteur, cette histoire à dormir debout, qui accumule tous les clichés sur la lutte entre le bien et le mal qui se joue en chacun d'entre nous. Si, dans le cas d'Harrison Ford, on peut regretter que cette rédemption ne soit qu'accidentelle, on se dit malgré tout que c'est sans doute-là le grand moment de crédibilité du film. Un tel revirement de comportement ne pouvant en effet relever que du miracle. La pauvre Annette Bening réduite au rôle de potiche semble se demander ce qu'elle est venue faire dans cette galère.

Un film à oublier pour chacun des protagonistes.