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"Je veux juste en finir"

Je veux juste en finir - affiche

titre original "I'm Thinking of Ending Things"
année de production 2020
réalisation Charlie Kaufman
scénario Charlie Kaufman
photographie Lukasz Zal
musique Jay Wadley
interprétation Jesse Plemons, Jessie Buckley, Toni Collette, David Thewlis

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Charlie Kaufman, scénariste américain passé à la réalisation en 2008 avec "Synecdoche, New York", s’est surtout fait connaître pour l’inventivité et la complexité de ses scénarios. "Dans la peau de John Malkovich" (1999) et "Adaptation." (2002) de Spike Jonze, mais aussi "Human Nature" (2001) et "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004) de Michel Gondry ont tous les quatre dérouté et intrigué les spectateurs par leur intrigue où s’enchevêtrent réalité, rêve et même parfois confusion mentale ou temporelle. La richesse des thèmes abordés sous des angles originaux par Kaufman, même si elle n’est pas directement accessible aux esprits très cartésiens, soulève souvent l’admiration et l’approbation de la critique. C’est donc en toute logique qu’en 2005, la statuette récompensant le meilleur scénario est venue saluer son travail pour "Eternal Sunshine of the Spotless Mind". Il ne faut donc guère plus attendre de simplicité de la part de Kaufman quand il passe derrière la caméra.

C’est exactement le cas pour "Je veux juste en finir", qui adapte le roman éponyme paru en 2016 de Iain Reid, un jeune écrivain canadien. Une façon sans doute un peu vaine pour Netflix, qui produit le film, de tenter de se doter d’une caution intellectuelle qui lui fait furieusement défaut. Long de près de deux heures et vingt minutes, le film est effectivement difficile d’accès, même si à la toute fin, le spectateur qui n’aura pas décroché, pourra se rendre compte que Kaufman a parsemé son métrage de quelques indices pouvant lui permettre de comprendre qu’il a en réalité passé tout le film dans la boîte crânienne du personnage principal. Ici, le vieux concierge d’un lycée qui, n’en pouvant plus de solitude, ressasse en boucle tout ce que n’a pas été sa vie. Arrivé au terme d’un cycle infernal où, dans sa tête, il prend la place des gens importants de sa vie comme ses parents (Toni Collette et David Thwelis) ou encore cette jeune fille (Jessy Buckley), qu’étudiant en physique quantique il n’a jamais osé aborder, le vieil homme semble considérer n’avoir plus d’autre choix que d’en finir. En somme, une vie passée à côté de celle qu’il aurait pu ou dû avoir.

La construction géométrique habituelle des scénarios de Kaufman est certes parfaitement rodée mais pour prendre une réelle consistance, elle doit sans doute être placée entre des mains plus expertes que les siennes dans le domaine de la réalisation. La mise en scène de Kaufman est en effet bien trop statique et trop naïve pour faire partager au plus grand nombre les arabesques mentales qui sont les siennes, là où les caméras de Spike Jonze et de Michel Gondry étaient virevoltantes, faisant feu de tout bois pour maintenir en éveil l’attention d’un spectateur qui a de temps à autre à besoin d’être secoué pour se laisser emmener jusqu’au bout d’intrigues qui n’en sont pas réellement. Nicolas Cage, Jim Carrey ou John Malkovich sont aussi de bien meilleurs ambassadeurs qu’un Jesse Plemons par trop intériorisé.

Charlie Kaufman est donc passé à côté de son sujet quand on pense que beaucoup de ceux qui ont vu "Je veux juste en finir" dans son intégralité ont dû, quand ils en ont eu le courage, s’infliger une deuxième diffusion pour espérer déchiffrer un début de sens à ces deux heures souvent intrigantes, mais aussi dérangeantes. Les plus pragmatiques auront eu recours à des sites dédiés à l’explication de la pensée complexe de Charlie Kaufman. Ainsi, les thèmes pourtant essentiels abordés par Kaufman comme le vieillissement, l’incommunicabilité entre les êtres, l’acceptation de soi ou encore le poids de l’éducation ne seront pas pleinement perçus. C’est tout de même dommage !

Couverture du numéro d'hiver 2020 du magazine Cineaste