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"Les coulisses du pouvoir"

titre original "Power"
année de production 1986
réalisation Sidney Lumet
scénario David Himmelstein
photographie Andrzej Bartkowiak
musique Cy Coleman
interprétation Richard Gere, Julie Christie, Gene Hackman, Kate Capshaw, E.G. Marshall, Denzel Washington, Matt Salinger

La critique de DVDClassik : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Pour Sidney Lumet, défenseur sincère et acharné des libertés démocratiques, on aimerait pouvoir dire que "Les coulisses du pouvoir" est un chef-d'œuvre. Ce n'est malheureusement pas le cas, principalement parce que son film repose sur une invraisemblance grave. Comment admettre, en effet, que Pete, le personnage principal, soit un cynique sans scrupules au début pour se transformer en un boy-scout idéaliste à la fin ? Tout dans le film nous indique clairement que Pete a choisi son camp depuis toujours, et le voir s'offusquer devant les pratiques douteuses d'un de ses clients fait doucement sourire. Salutaire cri de révolte dont la portée est amoindrie par trop de naïveté, ce film mérite cependant le respect.

La critique de Didier Koch

Depuis une vingtaine d'années, les communicants de tout poil sont omniprésents dans le monde de la politique française avec le résultat que l'on connaît, conduisant à l'appauvrissement du discours par la propagation d'arguments désormais essentiellement élaborés sur le registre de l'émotion. Comme souvent, le phénomène est importé des États-Unis, précurseurs vers l'Europe. Sidney Lumet qui, dix ans plus tôt, avait dénoncé les dérives de l'information télévisuelle avec le très percutant "Network", son film le plus récompensé par Hollywood, s'est tout naturellement penché sur les méfaits de ce mariage, a priori contre nature, entre méthodes marketing et univers politique.

Le scénario écrit par David Himmelstein dresse le portrait contrasté d'un spin doctor vedette, incarné par Richard Gere, pendant qu'il supervise simultanément trois campagnes électorales, dont l'une se déroule en Amérique latine. Doctement, Lumet présente les méthodes de Pete St. John (Richard Gere), qui s'immisce dans chaque interstice de la personnalité du candidat pour renvoyer une image qui soit exactement celle attendue par les potentiels électeurs. Tout est disséqué et passé au peigne fin d'un professionnalisme qui le dispute au cynisme à chaque instant, allant jusqu'à provoquer un faux attentat afin de faire passer le candidat populiste d'une république d'Amérique latine pour un héros.

Le personnage présenté par Lumet devient donc très vite antipathique, tout autant que ceux qui l'emploient, prêts à subir les pires humiliations et à se renier dès que possible. Puis, comme souvent chez Lumet, la charge se renverse, montrant que les choses ne sont jamais complètement noires ou complètement blanches. Avec l'arrivée de Wilfred Buckley, l'ex-mentor de St. John interprété par Gene Hackman, la compétition qui s'engage à distance entre les deux hommes montre que, si tous les coups sont permis, le respect est encore possible, comme le montre St. John fortement ébranlé quand le vieux sénateur Hastings (E.G. Marshall), homme intègre et fidèle, renonce à sa réélection. La carapace se fendille alors pour un instant, St. John laissant apparaître une distance salutaire vis-à-vis de sa fonction qui n'existe avant tout que par la cupidité qui accompagne le pouvoir. Mais les dernières illusions tomberont, et Lumet montrera encore une fois que rien n'est jamais intangible dans les consciences humaines.

"Les coulisses du pouvoir" est souvent présenté comme un film mineur, voire raté, dans la filmographie prestigieuse de Sidney Lumet. La prestation de Richard Gere avait notamment été jugée hors de propos à cause d'un excès de volubilité seyant mal au tempérament taciturne de l'acteur, alors pourtant au sommet de sa gloire. Ce jugement mérite d'être revisité, la prestation de Gere apparaissant paradoxalement, trente plus tard, comme l'un des points forts d'un film ambitieux, même si inabouti, où Julie Christie, Gene Hackman, Kate Capshaw et E.G. Marshall assurent sous la direction d'un Lumet en parfaite maîtrise de son art.