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"Daniel"

Daniel - affiche

titre original "Daniel"
année de production 1983
réalisation Sidney Lumet
scénario E.L. Doctorow, d'après son propre roman ("The Book of Daniel")
photographie Andrzej Bartkowiak
production Burtt Harris
interprétation Timothy Hutton, Mandy Patinkin, Lindsay Crouse, Ellen Barkin, Amanda Plummer

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Dans "Daniel", Sidney Lumet et son scénariste, l'écrivain américain Doctorow, racontent avec beaucoup de tact une double tragédie : celle de l'exécution des Rosenberg (rebaptisés ici Isaacson) ainsi que les répercussions que cet acte horrible a eu sur leurs enfants. Pour ce qui est des Rosenberg, dont l'histoire nous est contée en flash-back, Lumet soutient la thèse que le couple a été condamné et mis à mort pour l'exemple. Comme dans "Douze hommes en colère" et "Le Verdict", Lumet crie son horreur du délit de justice quel qu'il soit. En ce qui concerne les enfants du couple, Lumet dépeint avec sensibilité la difficulté de vivre pareille situation : l'impossible oubli, le déséquilibre qui peut conduire à la folie et à la mort. Timothy Hutton campe avec sobriété Daniel jeune homme, bien décidé à connaître toute la vérité sur ses parents afin de pouvoir continuer à vivre.

Critique extraite du Cinéma américain 1971-1983 de Freddy Buache

Jugés au printemps 1951, les époux Julius et Ethel Rosenberg furent exécutés par le moyen de la chaise électrique le 19 juin 1953. On les accusait d'avoir livré des secrets à l'U.R.S.S., mais ils ne cessèrent de clamer leur innocence. Autour de leur procès, des passions extraordinaires se déchaînèrent, car les accusateurs ne purent jamais verser au dossier la preuve de leur culpabilité ; du coup, la condamnation prenait un caractère politique : puisqu'ils avaient affiché leurs sympathies à l'égard de Moscou, la cour, disait-on, jugeait un délit d'opinion et non une affaire d'espionnage. En ce début de la guerre froide, ils montraient donc au monde entier que s'organisait aux États-Unis l'affreuse "chasse aux sorcières". En Europe, les partis communistes agitèrent jusqu'aux milieux qualifiés de "libéraux" en vue de les sauver. Einstein et le Pape joignirent leur message aux milliers et milliers qui, de partout, étaient adressés à la Maison-Blanche. Ce fut en vain et l'on évoqua souvent cette moderne tragédie comme une nouvelle affaire Dreyfus.
Quoi que l'on puisse penser des raisons de la justice et du gouvernement américain, ce fut un drame affreux, car c'est toujours un scandale d'appliquer la peine de mort. Le film de Lumet possède au moins cette vertu de l'affirmer une fois de plus et de susciter le dégoût chez tout spectateur normalement constitué, violemment contraint d'assister à la préparation d'un rituel de l'horreur absolue, impassiblement conduit par des bourreaux aux allures de bourgeois tranquilles et proprets.
Pour le reste, il faut dire que le récit manque de cohérence et passe d'un sujet à l'autre sans éviter une déplorable exploitation des effets de mélodrame. Doctorow, d'abord, transforme les noms des protagonistes qui deviennent Paul et Rochelle Isaacson. Ensuite, il situe l'action dix années plus tard. Les deux enfants, une fille et un fils, ont grandi. La fille sombre dans la folie. Et le fils, en poursuivant le combat pacifique, cherche à comprendre le passé. L'enquête qu'il mène au sujet de ses parents déclenche des retours en arrière dans les tonalités sépia. Mais le défaut de la mise en scène consiste à multiplier des atmosphères autour de jolies illustrations, parfois émouvantes et poignantes vers la fin, mais sans adopter un point de vue précis à propos de ce déferlement d'événements sociaux, politiques et sentimentaux : l'idéal fraternel (illusoire ou non) qui magnétisa l'existence du couple n'apparaît qu'au détour de phrases en général plutôt simplettes : elles nous paraissent telles même si nous admettons (ce qui est l'évidence !) que le militantisme marxiste de l'époque se contentait philosophiquement de peu. Cela, d'ailleurs, n'a pas beaucoup changé, mais c'est une autre histoire.

Affaire de famille

"Daniel" est le premier film de Sidney Lumet dans lequel le cinéaste évoque les relations entre parents et enfants. Il s'intéressera de nouveau à cette thématique avec "À la recherche de Garbo" (1984), "À bout de course" (1988) et "Family Business" (1989).

Du roman à l'écran

"Daniel" est la troisième adaptation cinématographique d'une œuvre de l'écrivain américain Edgar Lawrence Doctorow (1931-2015), après "Frontière en flammes" ("Welcome to Hard Times", 1967) et "Ragtime" (1981). Suivront "Billy Bathgate" (1991), "Jolene" (2008) et "Wakefield" (2016).