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"La maison des otages"

Remake du film de William Wyler

titre original "Desperate hours"
année de production 1990
réalisation Michael Cimino
production Dino De Laurentiis
interprétation Mickey Rourke, Anthony Hopkins, Mimi Rogers, Lindsay Crouse, Kelly Lynch, David Morse, Elias Koteas

La critique de Pierre

Après l'échec du "Sicilien" (avec Christophe Lambert) en 1987, Michael Cimino avait absolument besoin d'un succès public. De même, après "Johnny Belle Gueule" et "L'orchidée sauvage" (un sous-"9 semaines 1/2"), Mickey Rourke était dans la m.... Le réalisateur et l'acteur ont donc clairement décidé de reformer le couple de "L'année du dragon" dans cet espoir d'un succès public. Le prétexte en sera cette "Maison des otages", remake d'un film de 1955 de William Wyler avec Humphrey Bogart.

Le pitch : un gangster en cavale (Rourke), brutal mais hyper-intelligent, accompagné de son frère (Elias Koteas) et d'un autre voyou (David Morse), prend en otage une famille américaine, dont les parents (Anthony Hopkins et Mimi Leder) sont en instance de divorce...

Comme on le voit, il y a plein d'acteurs (dont Kelly Lynch, dans le rôle de la meuf de Rourke, dont Cimino cadre à plusieurs reprises les jambes de folie, et Lindsay Crouse, vue dans "Engrenages" et "Révélations", qui joue ici le rôle de la flic), ce qui contribue largement à relever l'ensemble... Dans la version que j'ai vue en DVD, certains plans - que je me rappelais de la VHS - étaient manquants, ce qui pose problème. D'une manière générale, il y a certaines ellipses dans le scénario qui semblent assez gênantes...

Ce n'est pas un film très personnel, c'est sûr, mais Cimino s'arrange pour cadrer quelques séquences - les plus belles du film - dans des grands espaces naturels. On sent que là, il est à l'aise. Pour le reste, c'est pas mal, relativement agréable, mais cela donne l'impression d'un film désincarné et imparfait.

Au final, le film s'est fait démolir par tout le monde, ce qui est très excessif. Il aura eu l'effet inverse de celui recherché, puisqu'il aura enterré pour un bon moment Rourke et Cimino (ce dernier n'a réalisé qu'un film depuis et s'est reconverti semble-t-il dans l'écriture). Mais c'est vrai qu'on est loin de "L'année du dragon", pas de doute...

Cela étant, c'est amusant, car certaines idées du film seront ensuite reprise par d'autres, avec plus de succès :
- les deux frères gangsters en cavale qui prennent une famille en otage, c'est "Une nuit en enfer" ;
- la famille ricaine en décomposition qui se rapproche devant l'adversité, c'est "Les nerfs à vif".

Conclusion : ni un grand film, ni une bouse intégrale.

La critique de Didier Koch

Quand il se voit proposer par Dino De Laurentiis le remake de "La maison des otages" de William Wyler (1955), Michael Cimino n’a toujours pas remonté la pente depuis que, dix ans plus tôt, "La porte du paradis" a conduit l’United Artists à la banqueroute. Les deux films qu’il a pu réaliser au cours de la décennie 80, dont l’excellent "L’année du dragon", se sont avérés des échecs financiers. De jeune prodige après "Voyage au bout de l’enfer", il est devenu celui qui porte la poisse et qui est à éviter à tout prix.

Il faut toute l’opiniâtreté du vétéran italien pour monter en coproduction ce projet. Il a été décidé de faire appel à Mickey Rourke qui, tout comme son réalisateur, est dans une mauvaise passe, ne sachant pas gérer l’immense succès de "9 semaines ½" qui en a fait une icône sexuelle mondiale. Des mauvais choix et des refus inopportuns ("Top Gun", "Les Incorruptibles", "Rain man"…) l’ont brutalement conduit dans les cordes parallèlement à la carrière de boxeur professionnel qu’il a malencontreusement entrepris à près de quarante ans.

Le film initial, vieux de plus trente ans, est un huis clos tiré d’une pièce de théâtre de Joseph Hayes. Des gangsters en fuite prennent en otage une famille typique américaine dans une banlieue pavillonnaire. Cimino, qui a conservé Hayes pour l’écriture du scénario, respecte les grands enchaînements et moments forts de l’adaptation initiale. Il faut juste noter quelques changements dus à l’évolution de la société américaine et au tempérament de Cimino lui-même.

Chez Wyler, en plein essor de l’American way of life, la famille est présentée comme idéale et donc parfaitement unie autour du père (Frederic March), qui se comporte en patriarche protecteur.Les choses ont évoluée depuis et le rêve américain s’est fissuré après l’assassinat de John Kennedy, l’enlisement des troupes au Vietnam et le dur atterrissage du flower power dans Cielo Drive (assassinat de Sharon Tate par les séides de Charles Manson le 9 août 1969). L’image de la famille vue par Cimino est donc forcément dysfonctionnelle et le père joué par Anthony Hopkins s'avère déserteur, laissant à son épouse la charge de préserver un semblant d’unité pour leurs deux enfants trop vite grandis. Idem pour le bad guy qui n’est plus, comme le campait Bogart, un va-nu-pieds qu’on imagine sorti à la dure de son quartier malfamé ou de sa campagne natale, mais plutôt un proto yuppie à la gueule d’ange, portant beau, à la limite du raffinement et capable de séduire son avocate pour la convaincre d’organiser son évasion. Autre temps, autres mœurs.

L’autre changement notable tient à la nature même du cinéma tel que le conçoit Cimino, qui s’accommode mal des contraintes du huis clos et qui n’a de cesse, comme le constate Jean-Baptiste Thoret, de sortir du cadre qui lui est imposé. Les vues magnifiques que nous offre la caméra de Cimino tenue par Doug Milsom nous rappellent combien le cinéaste virtuose, à l’aise avec les grands espaces à la manière d’un John Ford, aurait pu avoir une carrière plus en rapport avec son talent s’il avait œuvré à une autre époque. Le film a été, comme souvent avec Cimino, charcuté pour la distribution, sans qu’aucun support ne laisse espérer une version plus conforme au travail d’origine. Malgré ces manques et le petit combat de cabotinage que se livrent Rourke et Hopkins, le film est d’une tenue tout à fait acceptable.