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"Les Incorruptibles"

« You see what I'm saying is, what are you prepared to do? – Anything within the law. »

Les Incorruptibles - affiche

titre original "The Untouchables"
année de production 1987
réalisation Brian De Palma
scénario David Mamet, d'après les mémoires d'Eliot Ness (1957)
photographie Stephen H. Burum
musique Ennio Morricone
montage Gerald B. Greenberg et Bill Pankow
interprétation Kevin Costner, Sean Connery, Charles Martin Smith, Andy Garcia, Robert De Niro, Billy Drago, Patricia Clarkson
récompense Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Sean Connery

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Le film qui permit à Brian De Palma d'atteindre un plus large public et d'obtenir - enfin - la considération de l'ensemble de la critique. C'est pourtant son film le moins personnel, à l'exception de trois scènes "à faire" (et qu'il "fait" d'ailleurs à la perfection) : la mort de Malone, la séquence "western" avec la police montée canadienne et surtout, la scène de la gare, avec le landau emprunté pour la circonstance à "Potemkine", provocation ou jeu, en tout cas preuve que l'exercice de style est partie intégrante du grandiose.

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Quand le projet des "Incorruptibles" lui arrive entre les mains par le biais de Dawn Steel, ex-petite amie de Martin Scorsese qui occupait alors un poste important à la Paramount, Brian De Palma a absolument besoin d’engranger un succès commercial. Après l'engouement pour "Scarface", il n’a remporté qu’un demi-succès avec "Body Double", qui a été incompris, et un réel échec avec "Mafia Salad". Son expérience réussie avec "Scarface" le crédibilise assurément auprès d’Art Linson, le producteur de la Paramount, pour mener à bien ce film de gangsters inspiré de l’autobiographie d’Eliot Ness, le jeune agent du Trésor américain qui, en 1931, mettra fin à la carrière mafieuse d’Al Capone. Le scénario sera écrit par David Mamet, avec lequel la collaboration sera plutôt houleuse qui, ayant l’ego au moins aussi développé que celui de De Palma, n’entend pas que la moindre ligne de son scénario soit retouchée.

Le casting, malgré quelques hésitations, semble aller de soi, notamment pour des raisons budgétaires qui n’autorisent pas l’emploi d’énormes stars. Kevin Costner, qui campe Eliot Ness, vient tout juste d’accéder aux rôles principaux grâce à Lawrence Kasdan ("Silverado" en 1985) et Sean Connery, après un passage à vide, commence à remonter la pente depuis "Le Nom de la rose" (Jean-Jacques Annaud en 1986). Se joint à eux Andy Garcia, qui va profiter de l’occasion pour pointer le bout de son nez.

Parfaitement agencé par David Mamet, qui vient d’exceller sur "Le Verdict" de Sidney Lumet, le film prend bien sûr ses aises avec la réalité pour, comme la fameuse série télévisée avec Robert Stack (1959 à 1963), perpétrer la légende. La figure d’autorité est tout d’abord confiée à Jimmy Malone (Sean Connery), simple flic débauché par Eliot Ness à la suite du constat de la corruption généralisée au sein de la police de Chicago qui l’amène à voir sa première opération de "flag" éventée. La constitution de l’équipe réduite qui en découle est l'une des meilleures séquences du film avec notamment Charles Martin Smith parfait en comptable a priori insignifiant se révélant être un casse-cou incontrôlable. Les joutes à distance ou rapprochées avec Capone sont jouissives tellement Robert De Niro alors au sommet de sa carrière et de son art s’approprie le personnage pour montrer la bête sanguinaire qui se cachait derrière une bonhomie de façade faisant la joie de la presse. Les épisodes d’action s’enchaînent efficacement, notamment celui avec la police montée canadienne sur le Hardy Bridge (Montana). En revanche, quelques scènes montrent un De Palma cédant un peu facilement à l’épate, son péché mignon, comme celle de la mort de Malone frisant le ridicule.

Arrive alors la longue séquence de l’arrestation du comptable de Capone sur les escaliers de Union Station à Chicago, que De Palma a voulu comme un hommage appuyé à celle particulièrement déchirante du film de Sergueï Eisenstein, "Le Cuirassé Potemkine" (1925), qui voyait les soldats de la garde impériale massacrer la foule d’Odessa regroupée sur un immense escalier pendant qu’une mère voyait son landau en dévaler les marches avec son bébé à l’intérieur. Fallait-il établir le parallèle de cette scène mythique, symbole de la répression sanglante d’une révolte ouvrière, avec l’arrestation du complice endimanché d’un gangster ? Cette question se pose d’autant plus que De Palma a étiré la scène en longueur, la filmant au ralenti pour faire de la fusillade qui lui sert de cadre, une sorte de ballet macabre.

On peut penser que le film n’avait pas besoin de cet effet de style. Mais on ne refera pas le réalisateur de "Carrie", "Obsession" ou "Blow Out", qui tente beaucoup pour réussir de sublimes effets et scènes qui font tout le charme de ses meilleurs films, mais aussi gratifie les spectateurs de quelques boursouflures sur lesquelles il leur faut savoir ne pas s’appesantir. "Les Incorruptibles" est un bon cru dans la filmographie de son auteur, notamment pour son efficacité narrative et sa direction d’acteurs, même s’il ne peut prétendre à figurer parmi ses meilleurs..

Les Incorruptibles - photo 1 Les Incorruptibles - photo 2
Les Incorruptibles - affiche alternative
Affiche alternative des "Incorruptibles" © Philippe Poirier

Photos du tournage des "Incorruptibles"

Le générique des "Incorruptibles" conçu par John Kehe pour R/Greenberg Associates

Les Incorruptibles - générique

Les Incorruptibles - générique

Les Incorruptibles - photo 3 Les Incorruptibles - photo 4