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"Les Faux-durs"

titre original "Semi-Tough"
année de production 1977
réalisation Michael Ritchie
scénario Walter Bernstein
photographie Charles Rosher Jr.
interprétation Burt Reynolds, Kris Kristofferson, Jill Clayburgh, Robert Preston, Carl Weathers, Brian Dennehy, Ron Silver

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

En 1977, Burt Reynolds est une immense vedette aux États-Unis. Renommée qui n’aura qu’assez peu franchi l’océan Atlantique, où ne restent plus aujourd’hui gravées dans la mémoire des critiques que sa prestation très virile dans "Délivrance" et celle, beaucoup plus distanciée, dans le très remarqué "Boogie Nights".

L’ancien joueur de football américain à l’allure décontractée est à l’époque considéré comme un sex-symbol par toutes les ménagères américaines, sorte de fils spirituel de Clark Gable dont il arbore fièrement la célèbre moustache. Il pose nu dans Playboy et multiplie les conquêtes comme Chris Evert, la plus grande joueuse de tennis américaine de la fin du XXe siècle. Au cinéma, il multiplie les succès dans des films qui ne sortent pas des frontières comme "Les cent fusils" (Tom Gries, 1969) où il séduit Raquel Welch, autre icône du moment, "Cours après moi shérif" de Hal Needham ou encore "Plein la gueule" où, là encore, il campe un footballeur américain.

Miser sur lui pour engranger les dollars au box-office semble relever de l’évidence. Un autre film ayant pour toile de fond le milieu du football américain s’avère être une aubaine qu’il ne faut pas laisser passer. Justement, le journaliste sportif Dan Jenkins vient de sortir "Semi-tough", le roman qui permettra au beau Burt de rechausser les crampons.

Michael Ritchie, jeune réalisateur prometteur qui vient de réaliser "Carnage", polar violent avec Lee Marvin et Gene Hackman, et "Votez McKay", film acerbe sur les mœurs politiques avec Robert Redford, est choisi par l’United Artists pour son aptitude à filmer les milieux sportifs ("La descente infernale" et "La chouette équipe"), qui n'est pas chose aisée.

Le reste du casting est constitué de Kris Kristofferson, grosse vedette de country qui a déjà fait ses preuves chez Sam Peckinpah ("Pat Garrett et Billy le Kid") et de Jill Clayburgh, jeune actrice en quête d’un rôle marquant. Le roman de Dan Jenkins est librement adapté par Walter Bernstein qui officie au scénario.

L’humour étant un aspect essentiel du jeu de Reynolds, le film démarre comme une comédie potache à grands renforts de blagues de vestiaires où l’on retrouve en première ligne un Brian Dennehy débutant qui expose à pleine poitrine sa stature de colosse. On comprend dès lors assez vite pourquoi le film n’a pas fait carrière en Europe, alors qu’il a eu un solide succès en Amérique, les producteurs envisageant même son adaptation en série.

Mais cette entrée en matière grasse et roborative ne semble là que pour remplir un cahier des charges marketing, le film basculant rapidement dans l’exposition des va-et-vient d’une relation triangulaire assez novatrice dans sa description où Jill Clayburgh, fille du propriétaire de l’équipe (Robert Preston), se partage entre deux hommes qui, sans se l’avouer à cause d’un machisme de mise dans le milieu, en pincent tous les deux pour la jeune femme. Les trois acteurs, bien qu’ayant largement passé l’âge de leurs rôles, sont tout à fait à l’aise pour se renvoyer la balle avec une certaine élégance, qui nous montre que ces gladiateurs des stades remplis de testostérone peuvent aussi avoir un cerveau et un cœur.

Au passage, Ritchie ne manque pas d’égratigner de manière assez jouissive, lors de deux scènes très réussies, tous les démiurges new age qui font florès à l’époque pour vendre à prix d’or des méthodes de remise en forme (le Rolfing d’Ida Pauline Rolf) ou les séminaires de reconstitution psychologique (Erhard Seminars Training).

Le tout est sans doute un peu décousu et aujourd’hui franchement daté, mais le film demeure un témoignage de première main sur l’état d’esprit qui régnait aux États-Unis dans cette période d’après la révolution hippie.