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"La Firme"


titre original "The Firm"
année de production 1993
réalisation Sydney Pollack
scénario Robert Towne, d'après le roman éponyme de John Grisham
photographie John Seale
musique Dave Grusin
interprétation Tom Cruise, Gene Hackman, Jeanne Tripplehorn, Ed Harris, Holly Hunter, David Strathairn, Hal Holbrook, Gary Busey

La critique de Didier Koch

"Havana", septième film de la collaboration entre Sydney Pollack et Robert Redford, ayant été un échec cuisant en 1990, marque la fin de celle-ci. Reste de ce fructueux compagnonnage deux réussites majeures avec "Jeremiah Johnson" et "Les trois jours du Condor", qui ont fait la réputation des deux hommes, un succès mondial avec "Out of Africa", un film injustement incompris, "Le cavalier électrique", et deux modèles de films romantiques, "Propriété interdite" et "Nos plus belles années".

Sydney Pollack, qui connait le prix de l'échec, sait qu'il ne doit pas se tromper pour son prochain film. Tom Cruise, qui est alors en pleine gloire, vient de faire un carton avec "Top Gun" de Tony Scott, dont le scénario a été adapté par Robert Towne que Pollack connait pour avoir travaillé avec lui sur "Yakuza". L'adaptation du roman éponyme de John Grisham, ancien avocat récemment reconverti à l'écriture, devrait donc se dérouler sous les meilleurs auspices, Cruise et Towne faisant partie de l'aventure.

La trame, si elle est assez différente de celle des "Trois jours du Condor", agite les mêmes ressorts dramatiques, à savoir la lutte pour la survie et la vérité d'un homme pris au sein d'une machination. Pollack est donc en terrain connu, et le choix de la Paramount de faire appel à lui s'est assurément opéré en pensant au chef-d'œuvre de 1975 où Robert Redford avait sensiblement le même âge que le fougueux Tom Cruise. Mais les années 70 sont déjà loin et l'âge d'or du Nouvel Hollywood étant passé, désormais l'efficacité prime avant tout. Il s'ensuit normalement un scénario parfaitement calibré pour donner au spectateur ce qu'il est en droit d'attendre.

À ce jeu-là, Tom Cruise est parfait, appuyant malgré tout un peu trop ses effets, mettant du coup son interprétation à mille lieux de celle de Robert Redford dont l'angoisse de son personnage était totalement communicative pour contribuer à faire des "Trois jours du Condor" un des chefs-d'œuvre du film d'espionnage. Avec John Grisham et Tom Cruise à la manœuvre, on sait que les choses finiront par s'arranger, non sans que le spectateur ne soit gratifié auparavant du parcours haletant du jeune avocat brillant tombé par vanité au sein d'un cabinet aux ordres de la mafia.

La distribution des seconds rôles est parfaite, avec la présence des pointures que sont les Paul Sorvino, Ed Harris, Hal Holbrook, Gary Busey ou Joe Viterelli pour atténuer un peu du manichéisme ambiant. Le traitement de la relation amoureuse entre Mitch McDeere (Tom Cruise) et son épouse (Jeanne Tripplehorn), d'une banalité assez affligeante, est l'ultime marque du formatage narratif opéré depuis une dizaine d'années au sein des studios pour les grosses productions. Heureusement, le grand Gene Hackman parvient, avec son personnage de vieux routier du barreau laminé par une vie passée à avaler des couleuvres, à donner au film de Pollack un peu de la pâte humaine qui a toujours fait la substance du cinéma de son réalisateur.

Le film sera un succès comme attendu, mais Pollack comprendra définitivement qu'il ne pourra désormais plus faire des films comme autrefois et se consacrera jusqu'à la fin de sa vie essentiellement à la production et à faire l'acteur, sa vocation première. Son éclectisme et le quiproquo né de l'énorme succès de "Tootsie" ont certainement conduit Pollack dans cette impasse, au contraire d'un Sidney Lumet qui n'ayant, lui, jamais dévié de sa route, a pu exercer son art jusqu'à l'ultime étape de sa vie où "7h58 ce samedi-là" viendra clôturer de façon magistrale sa longue carrière à près de 83 ans.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Délaissant pour un temps les grands espaces chers à ses meilleures inspirations, Pollack adapte ici un célèbre roman tout en y ajoutant des détails et en rendant le personnage central moins "carnassier" que dans le livre. L'univers gris et oppressant des immeubles américains est ici utilisé pour rendre un climat angoissant où tout est sous-jacent. L'histoire n'en est pas moins confuse par moments, et la mise en scène tout à fait conventionnelle. Tom Cruise sort avec succès de ses rôles de ténébreux éternel jeune homme.

Référence

« Le film mettait en scène un jeune avocat sortant de l'école qu'une grosse firme recrutait et le gars était super content parce que le salaire et les avantages dépassaient toutes ses espérances mais évidemment une fois sur place tout était bizarre, les employeurs se révélaient être de gros vilains, en cheville avec la pègre, et pas du tout les messieurs charmants que l'on pouvait supposer. » Extrait du roman "Cantique de la racaille", Vincent Ravalec, 1994.

John Seale et Sydney Pollack sur le tournage du film
Tom Cruise et Sydney Pollack sur le tournage du film