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"L'Exorciste"

« Ce qui est important, c'est d'éviter toute espèce de conversation avec le démon. »

titre original "The Exorcist"
année de production 1973
réalisation William Friedkin
scénario William Peter Blatty, d'après son propre roman de 1971
photographie Owen Roizman
maquillage Dick Smith
interprétation Ellen Burstyn, Max von Sydow, Linda Blair, Jason Miller, Kitty Winn, Lee J. Cobb
récompenses • Oscar du meilleur scénario adapté
Oscar du meilleur mixage
suites • "L'Exorciste II : l'hérétique", John Boorman, 1977
• "L'Exorciste : la suite", William Peter Blatty, 1990
prequelle "L'Exorciste, au commencement", Renny Harlin, 2004

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

"L'Exorciste" et "Les dents de la mer", même combat : la critique de Pierre

J'ai revu "Les dents de la mer". Bon, ça n'a pas pris une ride, c'est super. Mais ce qui m'a frappé à cette revoyure, c'est la ressemblance entre ce film et "L'Exorciste".

Un trio d'hommes hétéroclite qui se bat contre une présence maléfique
Dans les deux films, le "trio" est composé de personnages très similaires :
1) un flic (Roy Scheider dans "Les dents de la mer", le lieutenant Kindermann/Lee J. Cobb dans "L'Exorciste"),
2) un scientifique (Richard Dreyfuss dans "Les dents de la mer", le père Karras/Jason Miller, qui est aussi psychiatre, dans "L'Exorciste"),
3) un "chasseur professionnel" qui a déjà connu le démon dans le passé (Robert Shaw dans "Les dents de la mer", le père Merrin/Max von Sydow dans "L'Exorciste").

Des rapports humains au sein du trio très semblables
1) Le flic et le scientifique deviennent amis instantanément, cette amitié ne sera jamais remise en question et devient même la colonne vertébrale du scénario.
2) Le scientifique et le chasseur sont du même monde ; ils ont un langage commun que le 3e ne comprend pas ; ils portent les mêmes vêtements (le noir des soutanes dans "L'Exorciste", le bleu des marins dans "Les dents de la mer") ; ils se respectent et s'apprécient, mais ne sont pas amis car ils ne voient pas le monde de la même manière.
3) Le flic et le chasseur, soit ne se rencontrent jamais ("L'Exorciste"), soit se croisent sans vraiment communiquer ou chercher à se comprendre ("Les dents de la mer").

Une présence maléfique qui s'en prend aux enfants
Régine/Linda Blair dans "L'Exorciste" ; le petit garçon qui se fait bouffer dans "Les dents de la mer".

Des dialogues qui font une référence explicite à l'histoire récente
Les Nazis dans "L'Exorciste" ; Hiroshima dans "Les dents de la mer".

Des films qui partent d'une action à grande échelle pour terminer dans un lieu confiné
Dans "L'Exorciste", ça se passe en Irak, puis aux USA, à Chicago, dans des hôpitaux, une maison, et enfin dans une chambre ; dans "Les dents de la mer", ça se passe sur la plage, à Amity, puis en mer et enfin, tout se noue sur le bateau.

Des fins comparables
Les deux films se terminent pas une longue scène d'exorcisme d'environ 30 à 40 minutes ; à l'issue de chacune des deux histoires, le "chasseur professionnel" se sacrifie et y laisse sa peau.

Je vais trop loin ?

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Énorme succès pour ce film fort impressionnant qui remporta l'Oscar du meilleur scénario et celui (mérité) du meilleur son. Dans les scènes de possession, la voix de Linda Blair est doublée par celle de Mercedes McCambridge. Boorman tourna une suite ("L'Exorciste II : l'hérétique") et le film connut des imitations ("La Malédiction"). Grâce à d'excellents trucages, le film de Friedkin conserve toute sa force en évitant, parfois de peu, le ridicule.

La critique de Didier Koch

Plus de quarante ans après sa sortie, "L'Exorciste" conserve sa place tout en haut du panthéon des films d'horreur qu'il occupe avec "Shining" (Stanley Kubrick, 1980), "Alien" (Ridley Scott, 1979), "Carrie au bal du diable" (Brian De Palma, 1976), "Massacre à la tronçonneuse" (Tobe Hooper, 1974), "Rosemary's baby" (Roman Polanski, 1968) ou encore "The Thing" (John Carpenter, 1982). Avec ce film devenu l'un des plus rentables du genre horrifique (400 millions de dollars), William Friedkin obtient son deuxième et dernier succès public. Après "L'Exorciste", on est certes allé plus loin dans le domaine des images chocs à l'écran, notamment depuis les années 2000 avec des réalisateurs comme James Wan ou Eli Roth, mais Friedkin fut le premier à exposer une violence si crue, émanant en sus d'une enfant, image archétypale de l'innocence. Ce fait d'armes ajouté à une rumeur de sadisme dans la direction des acteurs construiront la légende sulfureuse de William Friedkin. Une réputation qui le desservira dès ses premiers revers au box-office qui commenceront juste derrière avec le flop du pourtant magnifique "Convoi de la peur" (1977), remake du "Salaire de la peur" de Clouzot nimbé de la musique planante de Tangerine Dream.

Inspiré du roman à succès encore tout frais de William Peter Blatty sorti en 1971, le film partait donc sur de bonnes bases. Comme pour "French connection", Friedkin, qui n'était pourtant pas le premier réalisateur pressenti (Stanley Kubrick, John Boorman, Arthur Penn, Mike Nichols), apporte une force visuelle incroyable  à cette histoire de possession de l'âme et du corps d'une enfant par le diable, savant mélange d'esthétisme raffiné et de réalisme inspiré du documentaire, la vocation initiale de Friedkin. La progression de l'intrigue est relativement lente, mais Friedkin sait la rythmer de moments forts qui maintiennent la tension du spectateur comme l'aurait fait Hitchcock avant lui. La lutte entre le bien et le mal ou l'antagonisme entre le religieux et le profane sont des thèmes qui fascinent Friedkin et qui hanteront toute son œuvre.

Le prologue en Irak, photographié par Billy Williams, est de toute beauté, apportant la touche d'exotisme qui d'emblée rappelle les origines séculaires de la peur du démon. Un plan magnifique opposant, sur un fond de coucher de soleil, le père Merrin (Max von Sydow) à une statue du démon inspirée des gargouilles de Notre-Dame de Paris nous informe du duel à mort qui va suivre. Le retour au quotidien banal de Georgetown (quartier de Washington) implique plus directement le spectateur, indiquant que par-delà les mers et les siècles, la malédiction peut frapper n'importe qui, n'importe où. C'est Regan (Linda Blair), la fille de Chris (Ellen Burstyn), une actrice célèbre divorcée, qui sera l'élue, comme Rosemary ("Rosemary's baby") l'avait été pour enfanter la progéniture de Satan. Crescendo, la possession progresse alors que commence le balai des examens médicaux impuissants à expliquer les étranges réactions de la petite Regan que Friedkin, pour mieux  faciliter notre compassion pour sa maman, avait bien pris soin de nous présenter comme une enfant épanouie et aimante.

Sur un rythme lent (trop, selon certains), Friedkin joue avec nos nerfs comme avec ceux de Chris qui assiste à la transformation fulgurante de sa progéniture qui, en plus de jurer comme un charretier, joint le geste à la parole, s'enfonçant, entre autre distraction, un crucifix dans les parties intimes et ordonnant à sa mère de venir lui honorer de ses délicatesses son intimité la plus profonde. On comprend mieux dès lors la polémique qui suivit le film, participant à sa réputation notamment lors de son arrivée en Europe.

Pour la partie américaine du film, Friedkin a laissé œuvrer Owen Roizman, son opérateur de "French connection", qui utilise les tons froids les plus appropriés à l'ambiance mortifère qui règne dans et aux abords de la chambre de Regan.

Rejoint par le père Merrin de retour d'Irak, peut alors entrer en scène le père Karras, dont nous ont été savamment distillés par petites touches les conflits intérieurs, notamment celui lié au devenir de sa mère dont il culpabilise de n'avoir pu lui offrir une digne fin de vie. Friedkin est alors en route pour le climax final qui nous ramène au titre du film. Quand tout a échoué, et que même la science vous y invite, entre en jeu le recours au divin. La lutte promise dans le plan final du prologue irakien embrase donc une conclusion  grandiose. Tout s'accélère, et il faudra (attention, spoiler !) la mort de deux hommes pour libérer l'enfant de cette présence étrangère. Friedkin, satisfait du devoir accompli, peut alors laisser Chris et Regan partir vers leur nouvelle demeure ; il a réussi un chef-d'œuvre.

Œuvre dérangeante et par moments grandiloquente, "L'Exorciste" est bien à l'image de son réalisateur au caractère tourmenté et sans concession, et vous hante longtemps après chaque vision, même si la première reste évidemment la plus forte.

On notera au passage la présence amicale, dans le rôle du Lt. William Kinderman, de Lee J. Cobb, grand acteur des années 40 chez Dassin ("Les bas-fonds de Frisco") et Kazan ("Sur les quais").

Enfin, on remarquera que le thème si célèbre de Mike Olfield ,"Tubular bells", si étroitement associé au film, est finalement très peu présent.

Pour apprécier cette confrontation avec le diable, rien de mieux que le Blu-ray de chez Warner qui vous offre la version director's cut (http://theexorcist.warnerbros.com).

Curiosité

Message écrit par un internaute sur le site evene.fr et "adressé" à William Friedkin : « Monsieur, j'étais enfant quand j'ai vu "L'Exorciste" et vous avez tué une grande partie de la confiance naturelle que j'avais dans la vie. Ne croisez pas ma route. » On le comprend, le pauvre... Et en même temps, quelle idée saugrenue de visionner ce film si jeune !

Photos de tournage

Couverture de Cinefantastique