Menu Fermer

"Heat"

Chef-d'œuvre d'entre les chefs-d'œuvre du film noir

titre original "Heat"
année de production 1995
réalisation Michael Mann
scénario Michael Mann
photographie Dante Spinotti
musique Elliot Goldenthal
production Michael Mann
interprétation Al Pacino, Robert De Niro, Val Kilmer, Jon Voight, Tom Sizemore, Diane Venora, Amy Brenneman, Ashley Judd, Wes Studi, Dennis Haysbert, William Fichtner, Natalie Portman, Danny Trejo, Bud Cort (non crédité)

La critique de DVDClassik : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Belle opposition Pacino-De Niro, mais c'est terriblement long et manque d'action malgré une spectaculaire fusillade.

La critique de Didier Koch

Michael Mann est aujourd’hui un des réalisateurs les plus reconnus d’Hollywood pour son apport esthétique au cinéma de genre. Cette réputation justifiée repose sur une filmographie parcimonieuse (11 films en 35 ans) aux succès commerciaux relativement limités ("Heat", "Le dernier des Mohicans", "Collatéral" et "Public enemies").

Paradoxalement, aucun prix majeur dans aucun festival n’est jamais venu récompenser le travail du réalisateur. Cruelle déception, en 1999, "Révélations", son seul film loué unanimement par la critique et en course aux Oscars pour sept statuettes, n’en remporta aucune. Les choses n’ont donc jamais été simples pour Michael Mann, autant méprisé que vénéré.

"Heat", son cinquième film, réussit via ses deux acteurs principaux la synthèse quasi parfaite entre les policiers crasseux et violents de Sam Peckinpah ou de William Friedkin, hérités des années 70, et la stylisation parfois un peu vaine et outrancière des thrillers sophistiqués des années 80 symbolisée par les frères Scott. Preuve qu’il s’agit bien d’un exercice de style, Mann remanie pour l’occasion un téléfilm qu’il avait lui-même réalisé en 1989 ("L.A. Takedown").

La présence au générique d’Al Pacino et de Robert De Niro, réunis pour la première fois depuis "Le Parrain, 2ème partie" où ils n’avaient aucune scène commune, impliquait un savant dosage du temps de jeu de chacun, dont Mann s’est remarquablement et malicieusement acquitté en ne mettant jamais les deux stars au même moment à l’écran, y compris lors de leur seule vraie scène commune montée exclusivement en champs-contrechamps.

Construit autour d’un jeu du chat et de la souris classique entre flic (Pacino) et braqueur (De Niro), "Heat" explore les dégâts collatéraux de l’implication totale de ces hommes devenus guerriers, quel que soit le côté de la barrière où ils se trouvent - un thème récurrent chez un réalisateur comme Lumet, en sus très inquiet de l’interpénétration des deux mondes.

Chez Michael Mann, qui pense que les hommes se définissent essentiellement par leur action, chacun reste dans son rôle comme le définit la rencontre improvisée dans un bar au milieu du film, où les deux hommes se rendent à l’évidence que, même si tout les sépare, leurs destins sont liés jusqu’à ce qu’un vainqueur soit déclaré. La mort étant l’issue possible voire probable, tout le reste devient dérisoire, éclairant sous un autre jour la trajectoire des deux hommes, sortes de samouraïs « melvilliens ». Le mano a mano final peut dès lors commencer sur des bases clairement établies.

Cet artifice scénaristique aussi brillant et signifiant qu’il est franchement improbable définit l’originalité d’un metteur en scène du calibre de Michael Mann. Au-delà de cette mise en parallèle constante du comportement des deux hommes virant à l’analogie, l’intrigue assez classique apporte son lot de rebondissements et d’action comme savent le faire tous les bons faiseurs d’Hollywood. Mann, aidé de son chef-opérateur Dante Spinotti, y apporte son esthétique particulière, définie par des couleurs froides très contrastées où les bleus sont souvent mis à l’honneur ("Le Solitaire", "Le sixième sens"), ainsi que son sens du rythme qui l’apparente à un Friedkin.

Dans cet univers où la violence est à chaque carrefour, les femmes trouvent difficilement leur place, comme en général dans le cinéma de Mann, assez peu porté sur la romance ou la mise en avant de caractères féminins déterminants sur l’action.

Long de près de trois heures, le film passe d’une traite sans qu’aucun temps mort ne soit observé. C’est sans doute là la magie de Mann, cinéaste de l’urgence qui, dans ses meilleurs moments, prend au collet le spectateur pour ne plus le lâcher que repus d’images et de sons gravés dans la mémoire, comme cette phrase couperet de Neil McCauley (De Niro), reprise en credo par Brad Pitt 18 ans plus tard dans "Cartel" de Ridley Scott : «  Si tu veux faire de vieux os dans ce métier, sois libre comme l'air. Tout ce qui a pris une place dans ta vie, tu dois pouvoir t'en débarrasser en trente secondes montre en main dès que tu as repéré un sale flic dans le coin. »