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"Police fédérale, Los Angeles"

titre original "To live and die in L.A."
année de production 1985
réalisation William Friedkin
scénario William Friedkin et Gerald Petievich, d'après le roman de ce dernier
photographie Robby Müller
interprétation William Petersen, Willem Dafoe, John Turturro, Dean Stockwell
récompense Prix du grand public au festival du film policier de Cognac 1986

La critique de Bertrand Mathieux (www.citizenpoulpe.com)

Ruth: I was reading about the stars. It talks about how the stars are the eyes of God.
I think it’s true; don’t you?
Chance: No, I don’t.

Dans "Police fédérale, Los Angeles", l’un des sommets de la carrière de William Friedkin, le faux monnayeur et peintre amateur campé par Willem Dafoe brûle systématiquement ses propres toiles. Il y a dans ce geste, ou plutôt ce rituel, une dérision et un nihilisme qui sont extrêmement représentatifs du film dans son ensemble. A l’image de son « héros » égoïste et tête brûlée, le flic borderline incarné par William Petersen, "Police fédérale, Los Angeles" vibre en effet d’une énergie sombre, sans but.

Police fédérale, Los Angeles - Los Angeles 1 Police fédérale, Los Angeles - Los Angeles 2

Dans un Los Angeles hypnotique magistralement filmé par Friedkin et le chef opérateur Robby Müller, policiers, gangsters et indicateurs se manipulent, se mentent et s’affrontent autour d’un obscur trafic de faux billets, reflets d’un univers où rien ne semble avoir de valeur véritable ; où le vide, comme celui dans lequel plonge l’inspecteur Chance (Petersen) lors de ses sauts à l’élastique, ou encore les flammes, semblent toujours sur le point de happer des personnages sans foi ni attaches, évoluant au sein d’une mécanique vaine et répétitive (l’ultime séquence fait directement référence à l’une des premières scènes du film).

Police fédérale, Los Angeles - toile 1 Police fédérale, Los Angeles - toile 2

Si la pellicule ne brûle pas comme dans "Macadam à deux voies", le road movie atypique de Monte Hellman, "Police fédérale, Los Angeles" place néanmoins le spectateur dans une position comparable à celle de Rick Masters (Dafoe) lorsqu’il regarde ses toiles se consumer. Ce film brillant et vertigineux inspire effectivement le même regard - un regard à la fois fasciné et résigné.

La critique de Pierre

Revu ce film en DVD. Peut-être un des plus grands policiers de tous les temps, en même temps qu'un film extrêmement original, étrange, mystérieux et fascinant. La photographie, notamment, atteint des sommets artistiques (directeur photo de Wenders). James Ellroy disait lui-même il y a quelques années que c'était son film préféré. Comment peut-on passer à côté ?

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un thriller où tout le monde trompe tout le monde. C'est nerveux, violent, "tordu", dans la grande tradition du genre.

La critique de Didier Koch

Friedkin a souvent une longueur d’avance. Il le montre une fois de plus avec ce polar nerveux inspiré du premier opus de Michael Mann ("Le Solitaire", 1981), qui ouvre la voie aux Michael Mann, Richard Donner, Adrian Lyne, Paul Verhoeven, Joel Schumacher et autres frères Scott qui, à partir de 1986 et durant toutes les années 90, vont nimber le genre de lumières électriques et de musique électro-pop.

Le style quasi-documentaire de "French connection" laisse place, quatorze ans plus tard, à une esthétique très en phase avec son époque. Il faut dire que Friedkin, qui a subi deux très lourds échecs avec son pseudo remake du "Salaire de la peur" de Clouzot ("Le convoi de la peur") et son incompris "Cruising", polar fiévreux se déroulant dans le milieu SM gay, n’a plus trop la cote à Hollywood où les producteurs ne sont plus enclins à supporter sa trop grande indépendance et son autoritarisme sur les plateaux. Il lui faut donc frapper un grand coup, et si possible ne pas rater sa cible.

Les moments forts rituels de tout bon polar sont bien présents, comme l’indispensable poursuite en voiture qui, depuis "French connection", a fait de Friedkin l’égal de Peter Yates ("Bullitt") dans le domaine, mais l’ambiance générale marque une nette rupture avec le style des polars crasseux des années 70 que tout le monde vénère aujourd’hui. L’époque est plus nerveuse, et le privé solitaire et cool représenté par Newman, McQueen, ou Elliott Gould dans sa forme la plus aboutie ("Le Privé", Robert Altman, 1973), a laissé le plus souvent la place à des duos qui vont devoir affronter des gangsters se trémoussant sur de la musique techno sans avoir perdu au passage une once de leur cruauté. Le film de Friedkin marque parfaitement la transition qui s’opère au sein d’un genre qui a toujours su évoluer avec son époque, au contraire d'autres plus figés dans leurs archétypes.

Si la musique du groupe britannique Wang Chung stylise parfaitement les scènes d’action (la fabrication des faux billets par William Dafoe est un modèle du genre), la brutalité radicale qui caractérise le cinéma de Friedkin est toujours bien présente. Le héros, chez Friedkin, n’a pas comme souvent besoin de finir au soleil avec une tequila dans une main et une belle nana accrochée à son cou : le personnage interprété par William Petersen, dont c’est le premier grand rôle, l’apprendra à ses dépens. Il faut dire qu'il l'a bien cherché, tant il cumule les bourdes grossières tout au long du film.

On retrouve, dans "Police fédérale, Los Angeles", tout ce que l’on peut aimer chez le metteur en scène : le sens du rythme, le nihilisme absolu et l'irrépressible volonté de choquer. Certains, comme Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, reprochent à Friedkin de ne pas trancher nettement sur la personnalité du héros, et plus généralement de ne jamais complètement maîtriser son propos. À chacun de se faire son idée. Pour ma part, je trouve que la façon de Friedkin de mettre les pieds dans le plat, un peu à la manière de Sam Peckinpah (autre cible injuste des pourtant très avisés Tavernier et Coursodon), font de ses films des moments toujours inattendus.

L'esthétique raffinée du film s'appréciera sur le Blu-ray édité par la MGM.