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"L'homme des hautes plaines"

Le premier western de Clint Eastwood

titre original "High Plains Drifter"
année de production 1973
réalisation Clint Eastwood
photographie Bruce Surtees
musique Dee Barton
interprétation Clint Eastwood, Verna Bloom, Geoffrey Lewis

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Les cinq premières minutes sont un pastiche conscient de Leone. Comme si Eastwood voulait dire : « Ce qu'il a fait, je peux le faire aussi. » Mais la suite, cette troublante histoire de fantôme surgi du néant, est digne de Mizoguchi. D'ailleurs, le rythme lent est plus japonais qu'italien. Un film baroque, gâché dans sa version française. Il n'est plus question d'un fantôme, mais d'un "frère venu venger son frère".

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Quand il entame le tournage de "L'homme des hautes plaines" en 1972, Clint Eastwood a déjà une réalisation à son actif avec "Un frisson dans la nuit", suspense assez conventionnel lui ayant permis de se roder au maniement de la caméra et à la direction d'acteurs. On ne peut être surpris qu'il en vienne rapidement au western, genre qui lui a permis d'accéder à la célébrité.

Sur un scénario de Ernest Tidyman, oscarisé deux ans plus tôt pour "French Connection", très vaguement inspiré d'un fait divers sanglant (le meurtre de Kitty Genovese en 1964 à New York), il rend hommage à ses deux mentors que sont Sergio Leone et Don Siegel, tout en trouvant immédiatement sa propre tonalité. Le cowboy qui pointe à l'horizon, comme flottant sur le lit de vapeur d'eau provoquée par la chaleur du désert, pourrait très bien être "l'Homme sans nom" des deux premiers "dollars" de Leone. Mais l'absence d'humour qui succède à la scène d'ouverture où toutes les tronches caricaturales du western sont passées en revue par l'Etranger impassible qui pénètre dans le village où il a décidé de faire une halte, indique que c'est aussi dans le cynisme et le désespoir de Sam Peckinpah qu'Eastwood puise son inspiration.

Le village en question est un condensé de toute la vilénie humaine, dont seul est à sauver Mordecal (Billy Curtis), le nain servant d'employé corvéable à merci et de souffre-douleur aux plus sadiques de ses habitants. Ironiquement, l'Etranger va le nommer tout à la fois shérif et maire. Le traitement qu'il réserve à chacun d'entre eux, y compris aux femmes qu'il viole sans ménagement et sans aucune réaction de quiconque, ressemble fort à une vengeance en bonne et due forme qui va prendre peu à peu sa consistance à l'aide de flashbacks.

Pour le portrait sans concession qu'il dresse de ces descendants des pionniers qui ont déjà presque achevé de massacrer puis de parquer les Indiens, Clint Eastwood sera taxé de discours réactionnaire. La suite de sa filmographie montrera que la critique faisait fausse route. L'Etranger n'est en réalité rien d'autre que la matérialisation imagée de la mauvaise conscience d'une communauté ayant, selon ses membres, commandité ou laissé faire le lynchage de son ancien shérif. La nature humaine dans sa dimension la moins noble nous est mise sous le nez sans ménagement par Clint Eastwood.

C'est assurément dans ses westerns (quatre au total) qu'Eastwood se laisse aller à l'expression la plus débridée de sa vision pessimiste des Etats-Unis puisé dans le mythe de l'Ouest qu'il juge trop généreusement fantasmé. La fin du film dans sa version originale, contrairement à la version française trop explicite, laisse planer le doute sur l'identité de l'Etranger, offrant ainsi au moins deux lectures possibles.

Magnifiquement photographié par Bruce Sturtees qui effectuera un long compagnonnage avec Eastwood, "L'homme des hautes plaines" donne une idée du talent précoce d'un nouveau réalisateur qui est aujourd'hui installé au firmament de sa profession.