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"Joe Kidd"

titre original "Joe Kidd"
année de production 1972
réalisation John Sturges
scénario Elmore Leonard
photographie Bruce Surtees
musique Lalo Schifrin
interprétation Clint Eastwood, Robert Duvall, John Saxon

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Western lent et mou, bien dans la manière de l'époque qui vit l'agonie du genre.

La critique de Didier Koch

Depuis ses succès avec Sergio Leone, Clint Eastwood, de retour à Hollywood, collabore essentiellement avec Don Siegel ("Un shérif à New York", "Sierra torride", "Les Proies", "L'inspecteur Harry"), faisant fructifier l'image de machiste marmoréen qu'il s'est forgée dans les sierras espagnoles. Il s'est essayé à la réalisation avec un thriller de très bonne facture ("Un frisson dans la nuit"), qui lui a apporté une certaine reconnaissance critique et un succès d'estime. Il a aussi fondé sa propre maison de production (Malpaso Company) qui produit, depuis "Pendez-les haut et court" (Ted Post, 1968), presque tous ses films.

En cette décennie 1970, nous avons donc affaire à un homme très conscient d'avoir atteint la gloire sur le tard et sur un coup de dés, qui entend faire fructifier très rapidement son capital de popularité en prévision d'un revers de fortune toujours possible. "Joe Kidd" s'inscrit dans cette logique, faisant appel à John Sturges, vétéran du western et surtout réalisateur des "Sept mercenaires" (1960) qui a fait la popularité de Steve McQueen, issu tout comme lui des westerns télévisés. "Au nom de la loi" pour McQueen, "Rawhide" pour Eastwood.

Adapté d'un roman d'Elmore Leonard qui signe le scénario, le film hésite en permanence entre le ton parodique des westerns spaghetti et celui, plus ambitieux, des épopées sur les éternels conflits terriens avec les populations indigènes (ici les Mexicains) qui ont émaillé la conquête de l'Ouest. Cette hésitation stylistique imprègne le héros Joe Kidd, qui à plusieurs reprises changera de camp, tout d'abord en fonction de ses intérêts personnels, puis mû par une conviction qui s'affirmera quand il constatera que Frank Harlan (Robert Duvall), l'homme qui l'emploie, est une crapule cynique et sadique.

Si Robert Duvall est excellent en hobereau sûr de son fait et sans affect, Clint Eastwood semble moins concerné, pensant sans doute déjà au western qu'il va mettre en scène juste à la suite et qui sera son premier chef-d'œuvre de réalisateur. On regarde donc d'un œil distrait ce western de série pas infamant, mais mené par un John Sturges en bout de course qui prendra sa retraite quatre ans plus tard, non sans avoir mis en scène un policier avec John Wayne tout à fait estimable ("Un silencieux au bout du canon") et un film de guerre sur le projet prêté à Hitler d'enlever Winston Churchill ("L'aigle s'est envolé", 1976). Rien n'oblige donc à la vision de "Joe Kidd", à peu près tous les autres westerns dans lesquels Clint Eastwood a joué étant de meilleure facture.