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"Interstellar"

That Our Feet May Leave

titre original "Interstellar"
année de production 2014
réalisation Christopher Nolan
scénario Christopher Nolan
photographie Hoyte Van Hoytema
musique Hans Zimmer
interprétation Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine, Ellen Burstyn, John Lithgow, Casey Affleck, Matt Damon

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

Christopher Nolan, depuis la trilogie Batman, est, avec Steven Spielberg, Peter Jackson et James Cameron, le réalisateur phare d'Hollywood. Celui capable de rentabiliser à coup sûr les colossaux budgets mis à sa disposition par des studios toujours plus avides de rendement.

En dehors des comics qu'il adapte ou produit ("Man of steel" de Zack Snyder), le réalisateur anglais émigré à Hollywood, assez parcimonieux de son talent (9 films en 16 ans), semble obsédé par les décalages spatio-temporels alambiqués qu'il accommode à la sauce thriller ("Memento", "Le Prestige") ou science-fiction ("Inception", "Interstellar").

Si le procédé n'est pas nouveau, Nolan est le seul réalisateur à y revenir de manière récurrente. Le succès aidant, la critique le compare aisément à Stanley Kubrick pour le caractère grandiose de chacune de ses entreprises. Dans cette logique, "Interstellar" est présenté comme le "2001, l'odyssée de l'espace" de Nolan. Or, s'il n'est pas dépourvu de talent et surtout de savoir-faire, Nolan, de plus en plus présomptueux, cherche un peu trop à concilier des ambitions mercantiles et artistiques qui ne le sont pas toujours entre elles.

Dans le cas d'"Interstellar", méta film de près de trois heures, le casting prestigieux et surtout très hype (Matthew McConaughey, Jessica Chastain, Anne Hathaway et Matt Damon) est au service exclusif d'un discours alarmiste classique sur le devenir de la planète, servant de toile de fond à une intrigue hyper complexe tirée des travaux de l'astrophysicien américain Kip Thorne, spécialiste de la gravitation, dont Nolan, au scénario avec son frère Jonathan, prend un malin plaisir à vouloir nous justifier par une profusion de termes techniques la vraisemblance.

Mais le réalisateur, comme l'avait fait juste avant lui avec brio Alfonso Cuarón dans "Gravity", veut aussi nous faire vivre un voyage sensoriel dans l'infini de l'espace. Difficile, la tête farcie des élucubrations sur les trous noirs prétendus nous faire voyager plus vite que notre ombre, de se laisser aller pleinement à la beauté des images qui est pourtant réelle. Cuarón avait compris que l'on ne peut pas chasser tous les lièvres à la fois et que ce qui impressionne et inquiète dans l'espace, c'est avant tout la sensation d'isolement infini.

Pour cette raison, il avait concocté un scénario minimaliste renvoyant à des considérations métaphysiques sur la place réelle de l'homme dans l'univers et à sa suffisance illusoire à vouloir en contrôler chaque parcelle. Pour ce faire, rien de mieux qu'une immersion immédiate dans le vide sidéral le long d'un voyage d'une heure trente en compagnie d'un duo d'astronautes à la dérive. Nolan, toujours très et trop explicatif, nous inflige un long préambule durant lequel on se demande quand le réalisateur va bien vouloir nous expédier tout là-haut, là où les choses se passent.

Le film trop plein de lui-même est un peu bancal, mais comme on l'a dit, Nolan n'est pas manchot, et il nous livre malgré tout de bons moments fort bien rythmés par la musique roborative d'Hans Zimmer, compositeur attitré de Nolan depuis la saga "Batman".

« Qui trop embrasse mal étreint » : Nolan devra cogiter cette maxime et se débarrasser d'un opportunisme un peu trop voyant s'il veut enfin réussir un film à la cohérence totale. Cela passera certainement par le retour à des budgets plus modestes. Mais, enfermé dans un système qui le pousse à la surenchère, il faudra sans doute attendre son premier échec au box-office, qui sera forcément cuisant vu la montée en flèche des budgets qui passent entre les mains du bonhomme, sans doute pris d'un sentiment de puissance et devenu de ce fait peu enclin à la contradiction. Vu le succès d'"Interstellar", la remise en question ne sera sans doute pas pour le prochain film.

Affiche alternative © Pete Majarich
Doppelgänger
Couverture du Cinefex de janvier 2015
Couverture du Time du 10 novembre 2014