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"Ali"

Will Smith is Muhammad Ali

titre original "Ali"
année de production 2001
réalisation Michael Mann
photographie Emmanuel Lubezki
interprétation Will Smith, Jamie Foxx, Jon Voight, Jeffrey Wright, Mario Van Peebles, Ron Silver, Jada Pinkett Smith

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Reconstitution soignée, mais un film inférieur à "Muhammad Ali, the Greatest" de William Klein (1969) et à "When We Were Kings" de Leon Gast, au demeurant beaucoup plus hagiographiques. Bonne composition de Will Smith.

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

La vision d'"Ali" confirme que Michael Mann est décidément plus à l'aise dans l'univers urbain du film noir, qu'il a contribué à toiletter avec des réussites majeures comme "Le Solitaire", "Le sixième sens" ou "Heat". Dès qu'il a voulu s'attaquer à des projets à dimension épique ou fantastique, c'est comme si Mann perdait une grande partie de ses moyens, sombrant dans  un romantisme niais pour "Le dernier des Mohicans" ou dans un fantastique new age en carton pâte pour "La forteresse noire".

Pour cette biographie de Mohammed Ali, il faut dire que l'ambition était immense, voire démesurée, vu l'aura encore bien vivace du boxeur auprès de ceux qui ont vu ses combats et assisté à ses rodomontades et autres forfanteries. Pour preuve, le projet était en circulation à Hollywood depuis qu'en 1992, l'idée naissait dans l'esprit de Paul Ardaji, un producteur peu connu. La Columbia s'intéressant à l'affaire, un scénario est alors écrit par Gregory Allen Howard, mais celui-ci ne convainc personne. En 1998, Ron Howard semble sur les rangs et Will Smith est envisagé pour jouer Ali. Mais le comédien, conscient des enjeux, renâcle. Oliver Stone, de son côté, pense un temps que Denzel Washington ferait l'affaire. Michael Mann arrive sur le coup après que Barry Sonnenfeld, Spike Lee, Norman Jewison et même Steven Spielberg aient été cités. Mais c'est  le réalisateur de "Heat" qui parvient à convaincre Will Smith qu'il sera à la hauteur, en lui proposant une préparation minutieuse d'un an qui le fera entrer selon un processus de mimétisme millimétré dans la peau du personnage.

D'autre part, le scénario réécrit par Eric Roth circonscrit à la décennie allant de la conquête du titre des poids lourds contre Sonny Liston en 1964 au combat du retour à Kinshasa contre Georges Foreman en 1974, permettra de découvrir la face méconnue de Mohammed Ali concernant ses rapports avec le mouvement Nation of Islam et avec Malcom X, ainsi que ses relations compliquées avec les femmes de sa vie. Le projet semble narrativement très structuré et reçoit même la bénédiction du boxeur qui se confiera à Michael Mann et Will Smith, mais la magie ne sera pas là. Surtout qu'est déjà sorti entre temps "When We Were Kings", le documentaire de Leon Gast qui a fait revivre aux amoureux du boxeur toute la folie et la démesure qui entourèrent le fameux "Rumble in Jungle" du 30 octobre 1974.

Will Smith, pourtant très appliqué, un peu trop sans doute, n'arrivera donc jamais à s'approcher de la gouaille indescriptible qui habitait Mohammed Ali. Empreinte la plupart du temps d'une gravité liée aux démêlés d'Ali avec la justice et à l'emprise qu'exerce sur lui Elijah Muhammad, le chef suprême de Nation of Islam, sa prestation, bien que méritoire, éloigne bien trop le spectateur de l'image qu'il veut conserver du plus grand champion que la boxe ait connu. Les partis-pris de Roth et de Mann sont définitivement trop distants du boxeur sublime qu'était Mohammed Ali. C'est pourtant dans ce domaine que Will Smith, qui a pris 17 kilos de muscles pour l'occasion, est le plus crédible, grâce à des combats filmés de manière très réaliste sans toutefois restituer la violence et la rage de ceux de "Raging Bull" de Martin Scorsese. Reste les trois femmes de Mohammed Ali, toute sublimes de beauté, et la prestation lumineuse de Jon Voight en commentateur de télévision, complice d'Ali quoique le plus souvent ridiculisé par les blagues pas toujours très fines, ni élégantes  du champion.

Encore une fois donc, Michael Mann, sans doute victime de sa maniaquerie, mais aussi d'une certaine suffisance qui l'isolent sur les tournages, ne parvient pas à se nourrir suffisamment des apports extérieurs utiles pour saisir un univers qui n'est pas le sien. La critique et le public ne s'y sont pas trompés, qui ont été un peu distants avec le film.

Autres biopics américains de boxeurs

• "The Greatest" : Muhammad Ali
• "Raging Bull" : Jake LaMotta
• "Hurricane Carter" : Hurricane Carter
• "De l'ombre à la lumière" : James J. Braddock

Couverture du American Cinematographer de novembre 2001
Couverture du Versus été 2003