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"Frankenstein"

Adaptation baroque du mythe

Frankenstein - affiche

titre original "Frankenstein" aka "Mary Shelley's Frankenstein"
année de production 1994
réalisation Kenneth Branagh
scénario Frank Darabont, d'après le roman de Mary Shelley
photographie Roger Pratt
musique Patrick Doyle
interprétation Robert De Niro, Kenneth Branagh, Tom Hulce, Helena Bonham Carter, Aidan Quinn, Ian Holm, John Cleese
version précédente "Frankenstein", James Whale, 1931, États-Unis

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Frank Darabont, désormais célèbre pour avoir réalisé "Les Évadés" en 1994, suivi en 1999 de "La Ligne verte" (inspirés de l’œuvre de Stephen King), qui accéderont tous les deux au statut de film culte, a aussi écrit plusieurs scénarios, dont celui de "Frankenstein" (en collaboration avec Steph Lady) de Kenneth Branagh, sorti sur les écrans en 1994. De son travail, il dira : « C’est le meilleur scénario que j’ai écrit et le plus mauvais film que j’ai vu ».

À l’époque de sa sortie, le film avait fait illusion, soutenu par le succès récent du "Dracula" de Francis Ford Coppola sorti en 1992, poussé par la reconnaissance critique dont jouissait à l’époque Kenneth Branagh à la suite de son adaptation surprenante de l'œuvre de Shakespeare avec "Beaucoup de bruit pour rien" et très attendu grâce à la curiosité de voir Robert De Niro interpréter la Créature. L’acteur cherchant à se renouveler devait en effet inscrire ses pas dans ceux très profondément marqués dans le sol d'Hollywood de Boris Karloff.

Près de trente ans plus tard, le film produit par Coppola lui-même souffre terriblement de la comparaison avec l’adaptation complétement innovante et habitée de l’œuvre de Bram Stoker par le réalisateur du "Parrain". Frank Darabont avait bien raison, son scénario plus près de l’œuvre originale de Mary Shelley avait tout pour séduire. Le malheur de "Frankenstein" version 1994, c’est la présence au générique de Kenneth Branagh, aussi bien comme réalisateur que comme acteur. Le succès foudroyant de son début de carrière l’amenant à devenir réalisateur à seulement 29 ans, à peine son parcours d’acteur de cinéma entamé, conjugué à son engagement sur un projet important à Hollywood, a visiblement entamé son potentiel de modestie.

Son interprétation de Victor Frankenstein, les cheveux sur les épaules et les yeux cernés de khôl, finissant par exhiber une musculature toute récente soigneusement huilée pour aller combattre sa créature, en dit long sur l’image de lui-même que l'acteur, en pleine dérive mégalomaniaque, entend imposer : celle du nouveau beau gosse d’Hollywood, aux côtés de Brad Pitt, Tom Cruise ou Johnny Depp. Pour satisfaire le débordement de l’ego de l’acteur, le réalisateur va se mettre aux ordres, livrant un film d’épouvante d’opérette, digne par instants d’un clip de Mylène Farmer, qui va saborder un scénario prometteur et, par ricochet, le jeu de tous ses interprètes, bien obligés de suivre la manœuvre.

Seul John Cleese, servi par un rôle relativement modeste, parvient à tirer son épingle du jeu. Helena Bonham Carter, alors l'épouse de Kenneth Branagh, est en surrégime jusqu’à devenir tête à claques, ce qui est un comble pour cette actrice subtile qui, heureusement, trouvera meilleur mentor avec Tim Burton. Robert De Niro lui-même ne parvient pas à sauver l’affaire, son rôle étant cantonné dans une gamme de jeu limitée. Quant à Tom Hulce, dont la carrière n’a jamais décollé après qu’il eut été Mozart en 1984 dans le "Amadeus" de Milos Forman, il est resté en cale sèche après une prestation transparente. Pour achever le tout, la musique assourdissante de Patrick Doyle, fidèle compagnon de route de Branagh, omniprésente, conduit le spectateur à se désintéresser de l’intrigue.

En somme, un film qui, malgré sa bonne performance commerciale expliquée en amont, montre aujourd’hui ses limites, qui sont abyssales. Heureusement, Kenneth Branagh, la maturité venue, s’est révélé un acteur solide, comme il l’a prouvé en étant un Hercule Poirot tout à fait convaincant dans "Le Crime de l’Orient Express" mis en scène par ses soins, mais aussi très sobre quand il campa Wallander, un flic dépressif dans l’excellente série britannique éponyme. Comme quoi, vieillir a parfois du bon.

La critique de Pierre

Je n'avais pas revu ce film depuis des années, et il est en vente à 10 euros dans une édition nulle : boum boum, je l'ai achetée.

Bon, c'est toujours dur de devoir juger objectivement, avec quelques années de plus, un film qu'on avait adoré en pleine adolescence. Surtout quand, comme ici, on est souvent très borderline.

Soyons donc franc : le début est carrément pas génial, limite incompréhensible. Un capitaine de bateau, Aidan Quinn, a un accident, son navire se heurte à un iceberg, ses hommes débarquent sur la banquise. Ils entendent un truc. Branagh arrive, dit à tout le monde de se planquer. Discute avec Aidan Quinn et dit « my name is Victor Frankenstein » avec un air genre "ouuuuuuuuuuh". Tout ça en moins de 4 minutes. Ça fait beaucoup. D'autant qu'on regrette que Branagh n'ait pas été pris pour faire Obi-Wan, parce que vraiment, ça l'aurait fait.

Ensuite, il y a des scènes littéralement hystériques où Branagh tire sur plein de poulies tout en gueulant plein de trucs pour faire vivre le monstre.

Le monstre, parlons-en : un De Niro qui se demande vraiment ce qu'il fait là, et nous aussi. Ça serait lui ou un autre, c'est assez pareil.

Il y a à de nombreux moments des ellipses narratives très, très gênantes. Branagh est heureux chez lui avec sa femme. La scène d'après, il est en plein désespoir moral et délabrement physique, sans transition. Bref, faut parfois s'accrocher.

MAIS : attention, il y a des moments où ça prend ! Le baroque et la grandiloquence de Branagh finissent parfois par payer, surtout dans tout ce qui a trait à l'histoire d'amour quasi-incestueuse entre lui et Helena Bonham Carter. Pour dire, leur scène d'amour est carrément prenante et émouvante. La musique, omniprésente, de Patrick Doyle est aussi très efficace, avec une jolie mélodie.

Bref, au final, ça marche, mais de peu. Et ça reste meilleur que les autres films faits dans le sillage du "Dracula" de Coppola, type "Entretien avec un vampire" ou "Wolf".

Frankenstein - générique

FilmsFantastiques.com, L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique
La chronique de Gilles Penso