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"Affliction"

Wade Whitehouse is frightened to death of following in his father's footsteps.

Affliction - affiche

titre original "Affliction"
année de production 1997
réalisation Paul Schrader
scénario Paul Schrader, d'après le roman de Russell Banks
interprétation Nick Nolte, Sissy Spacek, James Coburn, Willem Dafoe
récompense Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour James Coburn

La critique de Sébastien Miguel pour Plans Américains

L'Amérique profonde. Perdue. Des bâtisses désolées, des existences dérisoires, et toujours cette neige enveloppant un quotidien banal.

Loser minable, Wade (Nick Nolte, évidemment idéal) est un mauvais père, un mauvais mari et même un mauvais flic. Mais ses traumas sont innombrables. La figure terrible du père (James Coburn, monumental) réapparaît sporadiquement comme dans un cauchemar.

Pas de happy end plaisant, ni d'explication rassurante. Juste des êtres brisés, comme assommés face à leur existence qui file sans explication.

Un chef-d'œuvre.

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

La carrière de réalisateur de Paul Schrader est largement éclipsée par son brillant parcours de scénariste aux côtés de Martin Scorsese, pour lequel il a écrit les mythiques "Taxi Driver" et "Raging Bull". Riche de 21 longs métrages, elle est désormais assez conséquente pour attribuer à celui-ci la qualité pleine et entière de metteur en scène. Très hétéroclite et souvent radical dans ses goûts et préoccupations, Paul Schrader peut donner l'impression de se disperser à force de brouiller les pistes entre films à forte dimension psycho-sociale ("Blue Collar", "Hardcore", "Affliction") et films référentiels à l'esthétisme pompier ("American Gigolo", "La Féline", "The Canyons").

"Affliction", qui traite des ravages de la violence paternelle à partir d'un roman éponyme de Russell Banks paru en 1989, est sans aucun doute le plus sombre de sa filmographie. Aussitôt lu le livre, celui-ci résonne dans l'esprit de Schrader, dont le père, sans être aussi violent que celui décrit par Russell Banks (le livre est en partie autobiographique), a fait preuve d'une autorité qui a laissé des traces chez l'adulte tourmenté qu'est devenu le scénariste/réalisateur.

Dans une petite bourgade du New Hampshire (Paul Schrader est natif du Michigan) enfouie sous la neige, Wade Whitehouse (Nick Nolte), enfant du pays et policier communal, concilie avec le plus grand mal sa vie professionnelle erratique avec une vie privée qui part à vau-l'eau depuis que sa femme (Mary Beth Hurt) l'a quitté, emmenant avec elle leur fille Jill. Le contexte déprimant dans lequel évolue Wade Whitehouse est présenté sans fard en préambule par Paul Schrader, qui utilise au mieux la très lourde et pesante présence de Nick Nolte, auquel il avait immédiatement pensé en écrivant le scénario cinq ans plus tôt.

L'enquête qui se présente à lui concernant un pseudo accident de chasse mortel, provoqué par son collègue et meilleur ami Jack (Jim True-Frost), ne va pas contribuer à clarifier la situation personnelle de Wade, qui s'enlise dans l'obsession névrotique d'un procès contre son ex-épouse pour récupérer l'éducation de sa fille qui le fuit. L'affection sincère et dévouée de Margie Fogg (Sissy Spacek), sa nouvelle compagne, n'aidera pas beaucoup plus Wade dans sa quête désespérée de normalité. En réalité, plane au-dessus de Wade l'image d'un père violent et alcoolique (James Coburn), qui le ramène en permanence aux comportements subis et appris dans son enfance. Tournant sur lui-même tel un lion en cage, il est prisonnier d'un passé qu'il n'a pu surmonter.

À travers Rolfe (Willem Dafoe), le frère cadet de Wade qui s'est rapidement éloigné pour s'ouvrir un horizon différent, Paul Schrader s'interroge sur les mystères de l'influence parentale, dont les effets peuvent être antagonistes selon les éléments de la fratrie. La place de l'aîné semble la plus problématique. L'intrigue policière devenue accessoire, le réalisateur ne quitte plus la lourde carcasse et le regard embrumé de Nick Nolte, qui avance doucement vers la seule issue qui s'offre à lui pour s'arracher à ce qui ressemble à une malédiction.

Refusant tous les effets de style un peu faciles auxquels il recourt quelquefois, Schrader, en parfaite symbiose avec ses acteurs, dépeint la face sombre trop souvent occultée des rapports névrotiques au sein de la famille, éternel étendard de l'idéal américain. Un film d'une noirceur absolue, où Nick Nolte s'affirme comme l’un des plus grands talents de sa génération, qu'il convient de classer juste à côté du somptueux "Blue Collar" et du déchirant "Hardcore".

Affliction - générique

Affliction - affiche

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