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"Wolfman"

« Even a man who is pure in heart and says his prayers by night, may become a wolf »

titre original "The Wolfman"
année de production 2010
réalisation Joe Johnston
scénario Andrew Kevin Walker et David Self
photographie Shelly Johnson
musique Danny Elfman
maquillage Rick Baker et Dave Elsey
interprétation Benicio Del Toro, Emily Blunt, Anthony Hopkins, Hugo Weaving, Geraldine Chaplin, Rick Baker, Max von Sydow (non crédité)
récompense Oscar du meilleur maquillage
version précédente "Le loup-garou", George Waggner, 1941, États-Unis
FilmsFantastiques.com, L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique
La chronique de Gilles Penso

La critique de Sébastien Miguel pour Plans Américains

Production fastueuse restituant, dans une avalanche de détails, les derniers éclats d’une civilisation victorienne en décrépitude, les cryptes avec passages secrets, landes brumeuses, auberge sinistre et trognes patibulaires sorties d’un vieux film de studio des années 30.

Photo monochrome de Shelly Johnson et gigantisme sombre des décors de Rick Heinrichs.

Les rapports amoureux entre un Del Toro, viril et meurtri, et une frêle Emily Blunt, délicate porcelaine perdue au milieu d’une horde de monstres, sont particulièrement bien développés. Hugo Weaving ("Matrix", "V pour vendetta", "Le seigneur des anneaux"), en Holmes haineux, et Anthony Hopkins (qui renouait avec ses grands rôles de psychopathes déments) sont, eux aussi, excellents.

L’apparition du diable en guêtres blanches (splendide Max von Sydow), l’évocation du "London after midnight", le retour (comme dans l’ancien temps) à la magie de la troisième image ne peuvent que faire vibrer le cœur des cinéphiles nostalgiques.

Le director’s cut est une réussite (même si quelques scènes manquent encore à l’appel…), et la musique de Danny Elfman aux stridences herrmanniennes accentue encore la folie morbide qui se dégage de l’ensemble.

Un conte noir, violent et sanglant, et certainement le chef-d’œuvre du genre.

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Faire revivre les monstres de Universal ou de RKO tels Dracula, King Kong ou Frankenstein semble toujours être une entreprise utile, car elle permet sans aucun doute de parler à nouveau des versions plus anciennes qui pourraient tomber dans l’oubli si l’on n’y prenait garde.

Le mythe du loup-garou n’échappe pas à la règle. Les trois versions les plus célèbres, espacées chacune de vingt ans, ont placé la barre assez haut pour toute nouvelle tentative de réappropriation du mythe. En 1981, John Landis, sans doute conscient qu’il lui serait difficile de surclasser la version de 1961 de Terence Fisher ("La nuit du loup-garou", avec Oliver Reed dans le rôle du loup), avait choisi opportunément de transposer son histoire dans le présent sur le mode ironique, nous offrant une séance de lycanthropie complètement hallucinée sur le refrain du lancinant "Hey Tonight" de Creedence Clearwater Revival.

Benicio Del Toro, à l’initiative du projet, est quant à lui un inconditionnel du "Wolfman" de George Waggner avec le rejeton de l’immense Lon Chaney dans le rôle éponyme. C’est donc une version beaucoup plus sombre qui nous est ici proposée. Ce parti pris est particulièrement frappant au niveau des couleurs et du graphisme, qui se veulent plus proches du ton de la Universal que des couleurs chatoyantes de feu la Hammer. Pour rester fidèle à la tradition, le recours aux effets spéciaux a donc été minimisé. Mais pour coller au format désormais obligatoire des deux heures de métrage, l’histoire a été enrichie de la malédiction du patriarche qui, tel le vampire, transmet le mal à sa descendance, nous offrant une joute finale épique entre le fils et le père. Ce dernier est joué par un Anthony Hopkins bien décidé à rester sobre malgré un rôle qui le pousserait volontiers dans sa démesure habituelle.

L’hommage au genre est appuyé, et l’on a plaisir à se retrouver en territoire connu. Mais Johnston n’a malheureusement pas le génie de Francis Ford Coppola, qui avait su transcender son "Dracula" en le faisant sortir de son cadre habituel pour lui donner la dimension d’un chef-d’œuvre. Il se cantonne donc dans un respect contrit, qui empêche son film d’ajouter à la saga du loup-garou un chapitre mémorable. Dommage.