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"The Witch"

titre original "The VVitch: a New-England folktale"
année de production 2015
réalisation Robert Eggers
scénario Robert Eggers
interprétation Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie
récompense Prix Syfy au festival international du film fantastique de Gérardmer 2016

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

Le jeune réalisateur Robert Eggers a frappé un grand coup avec son premier film récompensé du prix de la mise scène au festival de Sundance en 2015. "The Witch" diffuse en effet, au sein de la production horrifique, un parfum rafraichissant par son parti pris esthétique minimaliste maintenu avec une belle constance par Robert Eggers, qui va puiser très loin l'inspiration de son cinéma.

Cette histoire de sorcellerie située vers l'an 1650, qui frappe une famille protestante rigoriste ayant choisi de fuir sa communauté de la Nouvelle Angleterre pour aller vivre en lisière d'une dense forêt, fait écho au fascinant "La sorcellerie à travers les âges" ("Häxan") du danois Benjamin Christensen qui, en 1922, explorait, en remontant jusqu'aux temps reculés de l'Inquisition, les chasses aux sorcières qui exprimaient dans sa part la plus sombre l'obscurantisme religieux.

La photographie monochrome magnifique du chef-opérateur Jarin Blaschke, la lenteur du récit et l'économie de dialogues évoquent aussi le grand Carl Theodor Dreyer du "Vampyr" de 1932 pour, comme le grand réalisateur danois, entraîner le spectateur dans une sorte de cauchemar éveillé (hypnagogie) dont on ne ressort pas indemne.

Ce n'est donc pas, comme l'ont affirmé certains critiques, aux grands réalisateurs du genre horrifique des années 1970 (John Carpenter, Wes Craven, George Romero) que Robert Eggers veut rendre hommage avec "The Witch", mais plus assurément aux réalisateurs de l'Europe du Nord ayant œuvré à cheval sur le muet et le parlant en imposant un cinéma empreint de rigueur, s'interrogeant avec intensité sur les liens de l'âme humaine avec les forces divines. Fort de ces références de choix, le jeune réalisateur nous emmène en ces temps où l'homme cherchait, dans l'affrontement entre le Bien et le Mal divinisés, l'explication de ses comportements terrestres trop souvent barbares.

La forêt impénétrable qui fait face à cette famille vulnérable, où visiblement le père (Ralph Ineson) n'a pas les qualités requises pour exploiter la terre vierge sous ses pieds, devient très vite la cause maléfique trouvée par les enfants et la mère pour expliquer la disparition du nouveau-né qui vient d'arriver dans la famille. Thomasin (Anya Taylor-Joy, sublime), la fille aînée à la sexualité en éveil à qui le bébé avait été confié, ne trouve pas de raisons rationnelles à cette disparition. Dès lors, les difficultés de survie s'aggravant et les incidents se multipliant, la paranoïa fait son chemin au sein de la cellule familiale, sans que jamais William le père ne parvienne à rassurer par son autorité.

Le scénario écrit par Eggers joue très habilement de cette ambiguïté entre crise d'hystérie collective générée par une dévotion devenue malsaine, et réelle possession diabolique d'un des membres de la famille. Sans relâcher la pression un seul instant, le réalisateur, en parfaite maîtrise de son sujet, nous guide jusqu'à un finale tout à la fois poétique et signifiant, qui constitue, par sa beauté formelle, la conclusion réussie d'un premier travail de très haute tenue. Qualité supplémentaire, il convient de souligner la parfaite direction d'acteurs, qui fait la part belle au jeu des enfants.

La barre est donc placée d'emblée très haut par un jeune réalisateur qui a compris tout l'intérêt qu'il y avait pour lui à s'imprégner du travail des précurseurs, plutôt que de se ranger opportunément dans l'application facile et formatée des effets spéciaux que la technique rend désormais très accessibles. Son effort a été reconnu, et c'est tant mieux. Son prochain film sera à suivre de très près.

Générique fictif © Oscar Mar