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"Skyfall"

23e volet de la saga James Bond

titre original "Skyfall"
année de production 2012
réalisation Sam Mendes
photographie Roger Deakins
musique Thomas Newman
interprétation Daniel Craig (3e interprétation du personnage), Judi Dench ("M"), Javier Bardem, Ralph Fiennes, Albert Finney, Ben Whishaw ("Q"), Naomie Harris, Bérénice Marlohe
récompenses • Oscar du meilleur montage de son (ex aequo avec "Zero Dark Thirty")
• Oscar de la meilleure chanson originale ("Skyfall")

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Les exégètes de l'œuvre de Ian Fleming affirment que le Bond incarné par Daniel Craig est plus proche de la vision initiale de l'auteur dénaturée qu'elle l'a jamais été par la dose d'humour instillée au fur et à mesure des productions cinématographiques de feu Albert R. Broccoli. Le succès de la trilogie "Jason Bourne" a fortement incité les producteurs actuels (dont Barbara Broccoli) à recentrer la franchise sur l'essence du personnage. Il est vrai que l'on pouvait difficilement trouver plus marmoréen que Daniel Craig, acteur confidentiel avant l'"Habemus Bond" prononcé le 14 octobre 2005 en sa faveur.

Au diable donc l'élégance raffinée des Sean Connery, Roger Moore ou Pierce Brosnan, et place à la triste mine de Daniel Craig qui, tel Droopy, trimballe un spleen sans nom. L'agent 007 est désormais bien dans l'air du temps, grave et déprimé. Ce n'est sans doute pas comme cela que l'industrie cinématographique contribuera à redonner le moral à des populations occidentales pétrifiées par la mondialisation. Le box office semble malgré tout valider les choix des successeurs d'Albert Broccoli, et "Skyfall" nous entraîne allègrement dans une troisième aventure sous la houlette d'un Daniel Craig de plus en plus bodybuildé.

C'en est donc fini de la légèreté des débuts de la saga, et 007 œuvre désormais comme un robot sous les ordres de M (sublime Julie Dench) qui, à distance, télécommande ses faits et gestes. La première scène du film est à ce titre fort révélatrice de la construction mentale de l'agent qui alors qu'il demande à venir en aide à un collègue blessé se voit aussitôt redirigé par M à la poursuite du vilain terroriste. On se croit alors revenu à l'époque de Schwarzy et de Robocop. Daniel Craig est parfait dans l'emploi, et il n'est pas sûr que cette nouvelle posture de Bond ne fasse pas son affaire tellement il semble peu à l'aise dans les rares scènes où les nuances de ton sont nécessaires.

Malgré ces réserves quelque peu nostalgiques, le film, qui révèle une machination au sein même du MI6, est doté d'une forte dose de suspense dont on ne pourra pas se plaindre. Les scènes d'action sont toujours aussi spectaculaires et invraisemblables et, sur ce point, "Skyfall" ne déroge pas à l'esprit Broccoli. Sam Mendes, qui imprime son côté noir au film, nous offre un méchant bien dans la tradition avec un Javier Bardem peroxydé, inquiétant à souhait, qui flirte quelques fois avec les excès expressifs de l'Hannibal Lecter d'Anthony Hopkins, sublime et éternel cabot.

Les James Bond girls occupent de fait une position en retrait, car notre nouveau Bond a la chair aussi triste que sa mine. L'univers des espions selon Sam Mendes est loin d'être mirifique, et les doutes assaillent aussi bien l'agent 007 que son mentor M, tous les deux poussés à la retraite par une hiérarchie asservie au jeunisme triomphant de notre époque, comme le fait remarquer Ralph Fiennes à un Bond ayant échoué aux tests de survie.

On peut donc dire que ce troisième épisode de l'ère Craig est le plus réussi, même si l'on espère toujours secrètement que le prochain 007 sera un peu plus glamour.

Daniel Craig et Sam Mendes sur le tournage du film
© Kevin M Wilson
Couverture du American Cinematographer de décembre 2012
FilmsFantastiques.com, L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique
La chronique de Gilles Penso
FilmsFantastiques.com, L'Encyclopédie du Cinéma Fantastique
Le topo de Gilles Penso sur la musique du film