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"Rocky"

titre original "Rocky"
année de production 1976
réalisation John G. Avildsen
scénario Sylvester Stallone
musique Bill Conti
production Irwin Winkler et Robert Chartoff
interprétation Sylvester Stallone, Talia Shire, Burgess Meredith, Carl Weathers, Burt Young, Joe Spinell
récompenses • Oscar du meilleur film
• Oscar du meilleur réalisateur
• Oscar du meilleur montage
suites • "Rocky II", Sylvester Stallone, 1979
• "Rocky III, l'œil du tigre", Sylvester Stallone, 1982
• "Rocky IV", Sylvester Stallone, 1985
• "Rocky V", John G. Avildsen, 1990
• "Rocky Balboa", Sylvester Stallone, 2006

La critique de Didier Koch

En 1976, Sylvester Stallone galère depuis près de six ans pour faire démarrer sa carrière d'acteur. Il ne décroche que des figurations et des rôles minuscules. Après avoir assisté le 24 mars 1975 au match entre Mohammed Ali et un boxeur sans renom, Chuck Wepner, qui amène le champion aux quinze rounds après l'avoir envoyé au tapis au 9ème, lui trotte dans la tête l'idée d'un possible film à partir de cette histoire sportive incroyable.

Il faut dire que le jeune acteur a déjà écrit un roman, "Paradise Alley", dont il a soumis le scénario à Irwin Winkler et Robert Chartoff qui viennent de connaitre un succès d'estime avec "On achève bien les chevaux" (1969) de Sydney Pollack. Les deux hommes sont intéressés, mais l'affaire ne se fait pas, Stallone ayant déjà vendu les droits du roman. Il leur parle alors de son idée d'un film de boxe narrant l'ascension d'un boxeur inconnu jusqu'au combat pour titre mondial des lourds. Winkler et Chartoff mordent une nouvelle fois à l'hameçon.

En moins de quatre jours, Stallone leur présente un synopsis. Le projet est en marche. John G. Avildsen, qui a permis à Jack Lemmon de décrocher l'Oscar du meilleur acteur avec le très pessimiste "Sauvez le tigre", est chargé de la mise en scène et Stallone, toujours aussi déterminé, finit par obtenir de jouer le rôle principal après que plusieurs stars de l'époque aient été envisagées (James Caan, Burt Reynolds, Robert Redford ou Ryan O'Neal). L'affaire est rondement menée, le tournage peu coûteux (1 million de dollars) étant soldé en un mois.

On connait la suite, le personnage de Rocky avec ses cinq suites, tout comme celui de Rambo étant indissociable de Sylvester Stallone qui y revient régulièrement pour se rappeler à son fidèle public. "Rocky", qui décroche aux Oscars la statuette du meilleur film en 1977, reste encore aujourd'hui le septième film le plus rentable de l'histoire d'Hollywood. Plus de quarante ans après sa sortie, on peut se rendre compte que "Rocky", sorte d'ode naïve à la sueur et à la joie d'encaisser, colle parfaitement aux aspirations du public américain qui aime voir se matérialiser le fameux American dream qui, en réalité, n'est pas si accessible que les politiques veulent le laisser croire.

Film essentiellement porté par un seul homme, "Rocky" charme surtout par l'adéquation parfaite entre le héros décrit et le destin de l'acteur en train de se jouer sous l'œil attendri du spectateur. La gaucherie du jeu de Stallone, qui sera souvent soulignée une fois qu'il sera devenu star, l'empêchant de vraiment élargir sa palette de rôles, s'avère ici complètement synchrone. Le trait est certes quelquefois un peu forcé, et le scénario d'évidence peu crédible nous propose un Rocky fumeur et buveur capable en cinq semaines d'être suffisamment affûté pour tenir tête au champion du monde des lourds sans aucun doute trop sûr de lui, mais au final, le personnage a été assez habilement et longuement présenté par John G. Avildsen pour aider à surmonter ces quelques scories.

Les rôles secondaires tenus par Talia Shire (la sœur de Francis Ford Coppola), Burgess Meredith et Burt Young ont de leur côté assez de consistance pour aider un Stallone débutant à conserver sa crédibilité tout au long du film. Les moments forts ne manquent pas, comme la phase d'entrainement avec les passages obligés par l'abattoir où Rocky frappe sur les carcasses de viande froide, conclue par la montée triomphale des marches du Philadelphia Museum of Art (sur la musique devenue célèbre de Bill Conti), ou encore la scène finale du combat particulièrement bien menée.

Comme dirait certain, Rocky célèbre pour l'éternité la revanche de ceux qui ne sont rien. Impossible donc pour ceux qui seraient un peu déprimés de sortir de Rocky sans avoir l'envie de se refaire rapidement une santé. Rien que pour cela et en dépit de sa vision un peu manichéenne des rapports humains, le film conserve toute sa fraîcheur.

La critique de Pierre

J'ai revu "Rocky", et c'est un super film.

Sylvester Stallone, acteur, y interprète avec talent le rôle d'un boxeur minable, pas très malin, lourdaud en fin de carrière, qui en est réduit à bosser pour un petit caïd du coin. Notons que ledit caïd est joué par Joe Spinell, ce qui achève de me rendre ce film excessivement sympathique.

"Rocky" est un pur film des seventies, hyper réaliste, souvent anti-dramatique, avec une mise en scène sans génie mais très efficace. Ça parle de thèmes très américains et universels, sans aller jusqu'à Kant, mais c'est bien fait (qu'est-ce que l'échec ? une seconde chance est-elle possible ?).

On y redécouvre aussi Burgess Meredith, superbe dans le rôle de Mickey, l'entraîneur, ainsi que l'inénarrable Carl Weathers ("Apollo creed"), revu ensuite dans "Predator" et "Action jackson", qui rejoint Billy Dee Williams (Lando) au panthéon des super funky people du cinéma américain.

Chacun de ces acteurs, Stallone en tête, trouve un moment pour exister et livrer une scène mémorable et/ou émouvante.

"Rocky" nous donne un aperçu de ce que Stallone aurait pu, aurait dû être : un bon scénariste/acteur italo-américain des années 70. Rappelons que "Rocky" a tout de même obtenu l'Oscar du meilleur film en son temps, comme dirait Pazuzu.

Stallone tentera de retrouver l'esprit de "Rocky" dans "Rocky V", à nouveau réalisé par John G. Avildsen. Ce sera un échec lamentable, et c'est dommage.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Plus qu'une description des milieux de la boxe, c'est une image de l'Amérique émergeant de son humiliation du Viêtnam que nous propose "Rocky". Le travail et le courage finissent toujours par payer.

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