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"Patton"

Rebelle en uniforme

titre original "Patton"
année de production 1970
réalisation Franklin J. Schaffner
scénario Francis Ford Coppola et Edmund H. North
photographie Fred J. Koenekamp
musique Jerry Goldsmith
montage Hugh S. Fowler
interprétation George C. Scott, Karl Malden, Karl Michael Vogler, Michael Bates
récompenses • Oscar du meilleur film
• Oscar du meilleur réalisateur
• Oscar du meilleur acteur pour George C. Scott (qu'il refusa...)
• Oscar du meilleur scénario original
• Oscar du meilleur montage
• Oscar du meilleur mixage
• Oscar de la meilleure direction artistique

Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon

De l'Afrique du Nord aux Ardennes et à Bastogne en passant par la Sicile, les grandeurs et servitudes militaires de l'un des généraux les plus controversés de la Seconde Guerre mondiale. Une fresque puissante qui dépasse les conventions du film de guerre.

La critique de Didier Koch

"Patton", sorti sur les écrans en 1970, constitue avant tout la rencontre parfaite entre un acteur et un personnage.  George C. Scott, présent sur les écrans depuis 1958, est sans aucun doute une valeur sûre, dont la carrière est alors jalonnée de quelques seconds rôles marquants chez Otto Preminger ("Autopsie d'une meurtre", 1959), Robert Rossen ("L'Arnaqueur", 1961) et Stanley Kubrick ("Docteur Folamour", 1964). Mais encore aucun premier rôle digne de ce nom pour cet acteur, dont la force et le charisme qu'il dégage doivent normalement l'amener au rang de star. Inutile donc de préciser que lorsque se présente à lui l'occasion d'incarner le Général Patton sous la direction de Franklin J. Schaffner, il va immédiatement prendre conscience de la chance qui s'offre à lui.

Le projet est dans les tiroirs depuis 1954, et c'est à la Fox que revient la charge de faire revivre le prestigieux général aux visions stratégiques et au commandement reconnus, mais aussi au caractère fantasque et déroutant. Des caractéristiques qui collent parfaitement au tempérament de l'acteur, qui a exactement le même âge que Patton au moment de l'action. Contactée, la famille refuse de donner aux producteurs l'accès au journal du général quatre étoiles de la 7e, puis de la 3e armée américaine présente sur le territoire africain durant la Seconde Guerre mondiale. C'est donc le livre de souvenirs du général Omar Bradley (Karl Malden), qui officia sous les ordres de Patton en Afrique du Nord avant de lui succéder, qui servira de base au scénario écrit par Francis Ford Coppola et Edmund H. North.

Franklin J. Schaffner, doté de tous les moyens d'une superproduction, va parfaitement équilibrer son récit sur près de trois heures pour livrer, avec un George C. Scott en état de grâce, un portrait fascinant de Patton tout à la fois stratège, vaniteux, cynique, courageux, mais aussi mystique et par instant incontrôlable. L'entrée en matière majestueuse où Patton, seul sur une immense estrade derrière le drapeau étoilé, livre durant six minutes sa conception de la guerre et du commandement des hommes, délivre une promesse qui sera largement tenue. La musique hypnotique de Jerry Goldsmith, qui scande sur différents rythmes et intonations le périple guerrier de Patton, soutient parfaitement la prestation hallucinée de George C. Scott, qui avance menton haut perché du début jusqu'à la fin.

À travers l'affrontement et la lutte d'ego à distance que se livrent Patton, le Maréchal Montgomery (Michael Bates) et le Feld-maréchal Rommel (Karl Michael Vogler), Schaffner illustre avec force le cynisme de ces grands généraux, qui se croient parfois devant un échiquier où les hommes auraient remplacé les figurines de bois. Patton soliloquant régulièrement face aux décors antiques qu'il traverse durant son périple, se plait à imaginer qu'il prolonge l'œuvre des généraux romains qui l'y ont précédé. Œuvre fleuve qui n'est en rien une glorification d'un héros montré sous toutes ses facettes, "Patton" interroge, sans évidemment donner de réponse, sur le besoin éternel des hommes à se faire la guerre.

Le film récoltera sept Oscars, dont les quatre plus prestigieux (film, réalisateur, acteur et scénario). George C. Scott parvenu au sommet n'y restera qu'un court moment, privilégiant des choix artistiques courageux, où il livrera des interprétations mémorables. Citons "Les complices de la dernière chance", suivi des "Flics ne dorment pas la nuit" de Richard Fleischer, mais aussi "Hardcore" de Paul Schrader. Quoi qu'il en soit, "Patton" lui aura rendu justice, malgré qu'il n'ait pas voulu se présenter à la cérémonie pour récolter la statuette récompensant sa performance.