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"Noé"

titre original "Noah"
année de production 2014
réalisation Darren Aronofsky
scénario Darren Aronofsky
photographie Matthew Libatique
musique Clint Mansell
interprétation Russell Crowe, Jennifer Connelly, Anthony Hopkins, Emma Watson, Nick Nolte (voix)

La critique de Didier Koch

En ces temps de crise écologique, économique, sociale et existentielle, il n’est peut-être pas inutile de se pencher sur l’épopée de Noé qui s’est vu en des temps bibliques chargé par le Créateur de redonner une deuxième chance à l’homme qui avait failli alors qu’il était au centre de  l’Eden. On sait que la théorie de la deuxième chance fait partie intégrante du modèle social américain.

On devrait plutôt aujourd’hui parler de troisième chance. Hollywood, toujours au fait des sujets en phase avec l’humeur du moment, tente depuis une décennie de remettre au goût du jour les récits antiques empreints de légendes pour satisfaire l’envie de merveilleux d’une population occidentale vacillant sur ses bases.

Pour son premier film à grand spectacle, Darren Aronofsky, qui bénéficie d’un statut de cinéaste intellectuel, a pu profiter de la vague pour porter à l’écran un sujet qui lui tenait à cœur depuis 2007 et dont il explique qu’il le taraude depuis l’âge de treize ans quand il remporta un concours de rédaction de l’ONU qu’il consacra au sujet. La prophétie chrétienne veut que l’aventure de Noé préfigure le retour du fils de l’homme (le Christ) sur Terre pour le jugement dernier.

Via l’histoire de Noé, c’est aux hommes d’aujourd’hui qu'Aronofsky entend parler. S’appropriant un peu la légende, le réalisateur prête à Noé la ferme intention de supprimer l’homme de la Terre afin d’éviter une nouvelle corruption de l’Eden qui lui avait été confié. L’homme qui est en train de détruire son propre habitat, la Terre, est-il digne d’une nouvelle chance au moment où le réchauffement climatique et la fonte des glaces dessinent vaguement une   hypothétique future apocalypse ? C’est en sous-texte l’interrogation que nous propose le destin de Noé vu par Aronofsky, qui à l’époque fit le choix de se laisser une descendance.

Aidé par John Logan, scénariste rodé aux films à grand spectacle ("Gladiator", "Le dernier samouraï", "Skyfall"), Aronofsky concocte un récit à l’imagerie new age parfois un peu simpliste, comme le prouve sa vision de la genèse et du péché originel. Cette simplicité du propos et la volonté de ne pas entrainer de manière inconsidérée le spectateur  dans une avalanche d'effets spéciaux et de combats donne une cohérence bienvenue à l'ensemble et permet à Aronofsky de placer au centre de son film son constat amer sur l'humanité.

La photographie volontairement grisâtre de Matthew Libatique, opérateur habituel d'Aronofsky, sied à merveille à l'état apocalyptique de la Terre avant le déluge, analogie avec ce que nous sommes en train d'infliger à Dame Nature. Russell Crowe, un peu en roue libre ces derniers temps, paraît très concerné par le sujet tout comme la très belle Jennifer Connelly, déjà présente dans "Requiem for a dream", qui, la quarantaine venue, affiche une fragile sérénité assez troublante. On retrouve Anthony Hopkins qui, avec ses compatriotes John Hurt et Michael Caine, alterne les rôles de vieux sages dans toutes les super productions à grand spectacle d'Hollywood. La musique aérienne de Clint Mansell (Radiohead) nimbe une fin très poétique, même si, comme toujours chez Aronofsky, elle s'avère un peu pompeuse.