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"Night call"

titre original "Nightcrawler"
année de production 2014
réalisation Dan Gilroy
scénario Dan Gilroy
photographie Robert Elswit
musique James Newton Howard
interprétation Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Bill Paxton

La critique de Didier Koch

"Night call" a fait quasiment l'unanimité à sa sortie comme, près de quarante ans avant lui, "Network" de Sidney Lumet (1976), autre cri d'alarme sur les dérives de l'information télévisuelle soumise à la dictature de l'audience. La filiation entre ces deux films, assez différents sur la forme tant picturale que narrative, se réalise via le personnage de Nina interprété par Rene Russo, pendant parfait de la Diana Christensen (Faye Dunaway) de "Network", directrice de l'information prête à tout pour le gain d'un point d'audience.

Là où Lumet s'intéressait de près aux arcanes du pouvoir au sein d'une chaîne en train de muter et au sort d'une vieille garde rechignant à laisser la place de crainte de voir les principes d'intégrité de l'information se liquéfier dans la course à l'audimat, Dan Gilroy, qui n'a pas connu cette phase de transition, place sa caméra directement là où se déniche le sensationnel. C'est donc la nuit, dans les banlieues de L.A., que Lou Bloom (Jake Gyllenhaal) traque les faits divers sanglants choisis selon des critères très précis quant à leurs victimes et leur modus operandi qui doivent émouvoir une clientèle très ciblée.

Lou Bloom, quidam désocialisé mais assez cynique et déterminé pour saisir sa chance par tous les moyens, est quelque part le petit frère de Rupert Pupkin (Robert de Niro), le fan trublion de "La valse des pantins" de Martin Scorsese (1983), qui s'immisçait partout avec son air affable, de prime abord niais et inoffensif pour ensuite afficher sa froide détermination. Jake Gyllenahaal ne s'y est pas trompé, dont la prestation emprunte beaucoup des mimiques de Robert de Niro, livrant tout comme lui à l'époque une prestation à contre-emploi proprement hallucinante, emmenant le personnage jusqu'à des extrémités insoupçonnées.

La sociopathie de Lou Bloom est criante, étant incapable de la moindre empathie et totalement imprégné de la nécessité de sa réalisation sans entrave. D'aucuns trouveront certains agissements de Lou Bloom outranciers, voire improbables, si l'on considère que le personnage imaginé par Dan Gilroy symbolise à lui seul l'information en continu telle qu'elle se pratique aujourd'hui. Mais peut-on en être si sûr quand on sait que chacun muni de son portable peut être en prise directe avec n'importe quel évènement ? On peut constater que le cri d'alarme de Lumet en 1976 n'a pas servi à grand chose, mais il serait impardonnable de taxer d'opportunisme les rares vigies qui tentent de nous mettre de façon un peu crue sous les yeux ce que nous tolérons chaque jour.

Rene Russo, la femme de Dan Gilroy, est toujours aussi sensuelle, ce qui ajoute un atout de charme vénéneux bienvenu à ce film qui fait froid dans le dos, non pas dans le domaine de l'anticipation, mais bien malheureusement dans celui du constat.