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"Mon beau-père et moi"

titre original "Meet the parents"
année de production 2000
réalisation Jay Roach
interprétation Ben Stiller, Robert De Niro, Teri Polo, Owen Wilson
suites • "Mon beau-père, mes parents et moi", Jay Roach, 2004
• "Mon beau-père et nous", Paul Weitz, 2010

La critique de Didier Koch

On a l’habitude de vanter les mérites des acteurs comiques quand ils dévoilent la face dramatique de leur talent. On a ainsi salué les performances de Bourvil, Fernandel, Jerry Lewis ou, plus récemment, Jim Carrey dans leurs tentatives réussies d’élargir leur gamme de jeu, comme si l’accès à des rôles sérieux leur donnait enfin une légitimité inaccessible dans le répertoire comique.

La démarche en sens inverse est beaucoup moins encensée voire critiquée, assimilant presque à une compromission la volonté de faire de temps à autre le pitre derrière les caméras, l’âge mûr venu. Gabin, héros tragique du Front Populaire chez Carné, Duvivier et Grémillon, s’était vu, en son temps, vilipendé quand, au détour des années 50 et 60, il s’était accoquiné avec Michel Audiard et Gilles Grangier pour quelques intermèdes comiques parfois un peu faciles, mais qui contenaient en leur sein le sublime "Le cave se rebiffe" qui, à lui seul, aurait justifié tous les écarts.

De Niro n'a pas échappé à la bronca des critiques de tous bords quand, à partir de "Midnight run", mais surtout de "Mafia blues", il choisit de donner une orientation plus légère à son répertoire après avoir été le chauffeur de taxi chevalier blanc de "Taxi driver" ou l'appelé torturé de "Voyage au bout de l'enfer". Le triptyque "Mon beau-père et moi" s'inscrit donc dans cette évolution constatée depuis une bonne vingtaine d'années.

La saga ne propose pas un buddy movie classique style "L'arme fatale" mais, comme l'indique justement le titre, c'est l'affrontement entre De Niro et Ben Stiller qui concentre sur lui l'essentiel de la charge comique du film. De Niro s'en donne à cœur joie dans ce rôle de beau-père acariâtre, agent de la C.I.A. à la retraite devenu, par déformation professionnelle, maladivement suspicieux et maniaque, qui passe son temps à décourager les petits amis de sa dernière fille qu'il chérit.

Pas dupe de ce que le public attend de lui, le grand Robert s'auto-parodie en multipliant les mimiques issues de ses plus grands rôles. Ben Stiller, qui n'est pas manchot, s'y entend à merveille pour renvoyer la balle au grand acteur cabotin. Tout n'est certes pas d'une grande finesse dans les gags qui s'enchaînent, mais on passe à coup sûr un bon moment devant cette partie de ping pong intergénérationnelle.

On aurait sans doute tort de s'acharner sur De Niro pour ses choix récents jugés trop faciles ou trop mercantiles en exigeant de lui des émotions qu'il n'a certainement plus la force de donner, la preuve en étant fournie pas certaines de ses prestations récentes dites sérieuses comme "Monsieur Flynn" (Paulo Weltz, 2012) où on peut déplorer un génie dramatique envolé, car basé autrefois sur une rage intérieure qui diminue forcément avec l'âge et l'habitude du succès. Contentons-nous donc de ce savoir-faire incomparable distillé dans des comédies pas souvent ambitieuses mais aussi rarement infamantes.