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"Maps to the stars"

titre original "Maps to the stars"
année de production 2014
réalisation David Cronenberg
photographie Peter Suschitzky
musique Howard Shore
interprétation Julianne Moore, Mia Wasikowska, John Cusack, Robert Pattinson,
Olivia Williams

La critique de Didier Koch

David Cronenberg replonge dans ses obsessions des débuts en les intégrant dans le formalisme glacé de ses derniers films ("A dangerous method", "Cosmopolis").

Comme d'autres avant lui, et non des moindres, tels Billy Wilder ("Boulevard du crépuscule", 1950), Robert Aldrich ("Qu'est-il arrivée à Baby Jane ?", 1962) ou Robert Altman ("The Player", 1992), il livre sa vision horrifique de la Mecque du cinéma qui, quelles que soient les époques, dévore tout cru ses enfants.

C'est justement aux enfants que fait essentiellement allusion Cronenberg dans son film, rappelant comment ils ont, de tout temps, été broyés au sein de l'usine à rêves, qu'ils soient ou non devant la caméra. Havana Segrand (Julianne Moore), fille de star devenue actrice, n'arrive pas à se dépêtrer de l'aura envahissante de sa mère morte très jeune dans un incendie, ni des sévices moraux subis tout au long d'une enfance passée à l'ombre d'une star à l’ego démesurée.

On pense bien sûr à des histoires célèbres comme celle de Maria Riva, la fille de Marlène Dietrich, qui raconta par le menu, dans un livre qui fit scandale, le peu d’amour maternel reçu et surtout comment sa mère la livra à plusieurs reprises en pâture à ses amants ou amantes ; ou encore celle de la fille adoptive de Joan Crawford, victime du refus de vieillir de l’actrice sur le déclin devenue alcoolique, immortalisée par le film de Frank Perry "Maman très chère" en 1981.

La famille Weiss est l’archétype de la fratrie dysfonctionnelle où se côtoient Benji, l’enfant star sortant d’une cure de désintoxication cornaqué par sa mère Christina (Olivia Williams), avide d’argent et de succès, Stafford (John Cusack), le père psychologue new age devenu le gourou des stars, incapable lui-même d’éduquer ses enfants, et enfin Agatha (Mia Wasikowska), adolescente perturbée bannie de la famille, de retour à Hollywood après sa sortie d’un hôpital psychiatrique de Floride.

Cronenberg se sert des relations tortueuses et souvent malsaines au sein de cette petite communauté pour dresser, par extension, un portrait ravageur de la gentry hollywoodienne rongée par l’inceste, le stupre et la soif du pouvoir. Pour renforcer cette impression de décrépitude, Cronenberg, toujours secondé à la photographie par Peter Suschitzky, alterne une vision enchanteresse des décors avec celle, oppressante, des corps et des chairs, évoquant une décomposition en attente.

Hollywood, dont le nom s’affiche en toutes lettres en haut d’une des collines dominant la ville, n’est plus ici la porte qui s’ouvre sur les rêves, mais une prison dorée qui étouffe ceux qui l’habitent. Pas étonnant, dès lors, que par la voix d’Agatha, le poème symbolique de Paul Eluard "Liberté" serve de litanie à celle qui est revenue sur les lieux pour un règlement de comptes rédempteur.

On retrouve, avec "Maps to the stars", un David Cronenberg moins formel, donc forcément plus dérangeant, laissant à nouveau place à ses obsessions métaphysiques. Julianne Moore, qui a récolté le Prix d’interprétation féminine à Cannes, est fort méritante de s’être laissée filmer aussi intimement pour incarner le désespoir d’une star déchue, qui n’est pas sans rappeler, par son outrance, les deux sœurs interprétées sensiblement au même âge par Bette Davis et Joan Crawford dans le film d’Aldrich cité plus haut.

Un film âpre, souvent déroutant, assez évident dans sa démonstration, mais qui se perd parfois inutilement dans des digressions un peu pompeuses.