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"Le jour du fléau"

titre original "The day of the locust"
année de production 1975
réalisation John Schlesinger
scénario Waldo Salt, d'après le roman de Nathanael West
photographie Conrad L. Hall
musique John Barry
production Jerome Hellman
interprétation Donald Sutherland, Karen Black, Burgess Meredith, Geraldine Page, William Castle

Pour : la critique de Sébastien Miguel

Le jour des sauterelles ou la foudre divine s’abattant sur Hollywood.

Un sosie de Robert Benchley et d’Adolf Hitler hurle dans un micro devant une meute prise de panique, William Castle (vieux et énorme) gueule dans son microphone en parodiant le cinéaste d’extrême droite Cecil B. De Mille. Un homme que l’on lapide devant des projecteurs gigantesques gémit une dernière supplication. En vain, bien sûr. Un vieux clown minable (Burgess Meredith, absolument génial !) tente de survivre en faisant du porte à porte, une blonde carriériste louvoie entre le statut de starlette et celui d’escort girl

Multiples (et géniales) expérimentations du légendaire Conrad Hall. John Schlesinger cite "Lolita" de Kubrick, évoque Fellini et annonce "Zombie" de Romero dans un climax grandiose et apocalyptique qui projette tous ces individus pathétiques dans un tourbillon de violence, de folie et de destruction. Le cinéaste britannique vomit les faiseurs cyniques et tyranniques, les arrivistes sordides, les charlatans et autres gourous escrocs (Geraldine Page, grandiose, dans une séquence d’anthologie).

Derrière la pellicule qui se consume, c’est bien de cauchemar dont il s’agit. Celui de Hollywood, cité des mensonges et de l’humiliation de l’homme par l’homme, dont seules les flammes viendront purger les vices et les vanités.

Après le désespoir et la mort, une dernière séquence. En silence et enveloppée d’une lumière chaude, une vestale blonde dépose, dans l'antre d’un artiste disparu, une rose rouge en guise d’adieu.

Échec public et critique, le film ruina la carrière de Karen Black (l’égérie du nouvel Hollywood).

L’un des chefs-d’œuvre du cinéma américain des années 70.

Contre : critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Du livre de Nathanael West, un des meilleurs consacrés à Hollywood, quoi qu'il traite moins des studios et des gens de cinéma que des satellites évoluant de leur ombre, John Schlesinger n'a conservé que l'apparence.

S'égarant dans une reconstitution d'époque maniaque (et inutile), s'enlisant dans les méandres de la psychologie (maladroitement dessinée) de ses personnages, il transforme une oeuvre tragi-bouffonne et satirique en une comédie dramatique banale, dont le propos est à l'inverse de celui du livre, puisqu'il s'en dégage un exotisme, celui d'Hollywood (et celui des années 30), que ce dernier critiquait.

La maladresse de la réalisation, la mollesse du rythme, les effets tape-à-l'œil n'arrangent rien.

Couverture du American Cinematographer de juin 1975