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"L'armée des 12 singes"

titre original "Twelve monkeys"
année de production 1995
réalisation Terry Gilliam
scénario David Peoples et Janet Peoples, d'après "La Jetée" de Chris Marker (1962, France)
photographie Roger Pratt
interprétation Bruce Willis, Madeleine Stowe, Brad Pitt, Christopher Plummer, David Morse

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Inspiré de "La Jetée", le film de Gilliam n'en est pas le remake. Ici, le héros n'est pas libre malgré tous ses efforts. Et le scénario n'obéit à aucune règle de la raison. Il propose une réflexion sur le temps et la mémoire ainsi que sur le dédoublement de la personnalité. A force de voyager dans le temps, la mémoire du héros ne l'abuse-t-elle pas ? Où commence la folie ? Au-delà de ces questions, on reconnaît le style de Gilliam, son goût notamment des architectures monumentales. On peut préférer ce film à "Brazil" ou, au contraire, le rejeter.

La critique de Pierre

Quoi qu'en dise certains, la qualité globale de la filmo de Terry Gilliam est quand même assez contestable. C'est plein de ratés, pas toujours de sa faute d'ailleurs, mais bon. "Brazil", perso, j'ai du mal. J'adore "Fisher King", qui est un grand souvenir, mais à part ça, je ne vois que "L'armée des 12 singes". Le film n'avait pas eu de chance, car il était sorti lors de la plus grande année cinéma que nous ayons connu en France, à savoir 1996, une semaine après "Seven" et une semaine avant "Heat". Pas de bol de sortir entre deux chefs-d'œuvre de cette trempe. Cela étant, même à l'époque, les qualités de "L'armée des 12 singes" ne m'avaient pas échappé. Bref, le film est ressorti en Blu-ray. Qu'est-ce que ça vaut aujourd'hui ?

Le pitch : en 1996, un virus a décimé la quasi totalité de la population. Les survivants vivent sous terre. L'un d'entre eux, James Cole (Bruce Willis), est envoyé dans le passé pour trouver des informations qui permettront aux siens de trouver un antidote au virus et de ressortir à la surface de la planète. Arrivé en 1990, il est interné dans un hôpital psychiatrique et soigné par une jolie médecin (Madeleine Stowe). Parmi les autres internés, il fait la connaissance de Jeffrey Goignes (Brad Pitt), un dingo qui est aussi le fils d'un important chercheur en virologie...

Le film est, de manière évidente, découpé en 3 actes bien distincts :
- le 1er, c’est l’hôpital psychiatrique ; on nous présente les personnages, on cherche à comprendre ce qui leur arrive ;
- le 2e, c’est un road-movie avec Madeleine Stowe et Bruce Willis, où Bruce Willis cherche à faire comprendre qu’il n’est pas fou et où Madeleine Stowe cherche à lui faire comprendre qu’il l’est ;
- dans le 3e, les rôles s’inversent un temps (Bruce Willis pense qu’il est fou, Madeleine Stowe sait que ce n’est pas le cas), puis tous les éléments du film convergent dans une fatalité inéluctable jusqu’à son point final.

Ces 3 actes ne sont pas tous réussis de la même manière : le 1er est bon ; le 3e est franchement génial. En revanche, le 2e est un net cran en-dessous. Si j’étais cruel, je dirais même qu’on s’y emmerde. Mais il y a une chose qui sauve ce 2e acte, c’est Bruce Willis, dont on peut dire que c’est, de loin, le plus grand rôle. Dès le début, il est bon. Quand il est interné dans l’hôpital, il hurle « Why am I chained? » ; il faut écouter comment il le dit, il est poignant. Et ensuite, il a une scène quand même assez belle où il entend de la musique ("Blueberry Hill", "What a wonderful world") ; il est émouvant, pas de doute. Chapeau à lui.

Madeleine Stowe a plus de mal, mais il est vrai qu’elle a un rôle beaucoup plus difficile : elle est le « point d’entrée » du spectateur, celle « qui comprend » au fur et à mesure, ce qui est - par essence - un rôle chiant. Elle s’en sort pas si mal.

Gilliam réussit à montrer tout son talent dans ce film, juste avec le bon dosage. Il a de vraies trouvailles - dont notamment le tango, désormais fameux -, qui ponctuent de nombreuses scènes du film.

Et il y a bien sûr le très grand moment de la scène finale, dont on sait qu’elle est inspirée du film français "La Jetée". Là, Gilliam réussit une séquence vertigineuse et hyper émouvante. Le moment où Madeleine Stowe cherche, au ralenti, Bruce Willis enfant dans la foule de l’aéroport, c’est magnifique ; De Palma aurait pu (dû ?) le faire. Rien que pour ce moment en état de grâce : bravo, Terry Gilliam.

L'armée des douze singes - photo 2
L'armée des douze singes - photo 3
L'armée des douze singes - photo 4
L'armée des douze singes - photo 5
L'armée des douze singes - photo 6

Bruce Willis et Terry Gilliam sur le tournage du film
Couverture du Cinefantastique de février 1996