Menu Fermer

"L'Anglais"

titre original "The Limey"
année de production 1999
réalisation Steven Soderbergh
interprétation Terence Stamp, Peter Fonda, Lesley Ann Warren

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Tout le film de Steven Soderbergh repose sur les épaules de Terence Stamp, qui y trouve l'un de ses meilleurs rôles. Un polar raffiné, incisif, avec en prime l'astucieuse et originale idée d'intégrer, en flash-back, des séquences de Terence Stamp jeune homme, extraites du premier film de Ken Loach sorti en 1967, "Pas de larmes pour Joy" ("Poor cow").

La critique de Didier Koch

A l'aube du XXIe siècle, depuis qu'il a décroché une Palme d'or surprise à Cannes en 1989 sous la présidence de Wim Wenders avec "Sexe, mensonge et vidéo", Steven Soderbergh peine quelque peu à confirmer son statut de petit génie du cinéma indépendant, la déferlante Tarantino occupant depuis tout l'espace où l'on attendait justement Soderbergh.

"Hors d'atteinte", sorti en 1998, est certes un polar malin qui aura pour principal intérêt de lui faire rencontrer George Clooney avec qui il entamera la collaboration fructueuse que l'on connait, mais on est encore nettement en-dessous de l'inventivité de ce sacré garnement de Tarantino qui a sorti juste avant le complètement déjanté "Jackie Brown".

Quitte à être derrière son collègue générationnel, Soderbergh, comme un aveu d'impuissance, décide avec "L'Anglais" de puiser carrément à la source du geek de Knoxville. C'est donc un Tarantino de série B que nous propose un Soderbergh quelque peu déboussolé, qui en vient même à mettre dans la bouche de ses malfrats les digressions baroques qui nous amusent tant chez leur géniteur et qui tombent un peu à plat dans ce film un tantinet paresseux, où Terence Stamp, charismatique en diable, secondé par un Peter Fonda pris en flagrant délit de mime intégral de son pote Nicholson (à moins que ce ne soit l'inverse), sauve la baraque au jeune prodige.

Soderbergh pédale un peu dans la semoule à force de chercher son vrai style, suite sans doute au malentendu qu'avait induit "Sexe, mensonge et vidéo" dans l'esprit de la critique qui l'avait classé à un peu vite dans un registre qui n'était pas tout à fait le sien.

Les années 2000 ont donné une large revanche à Soderbergh qui, à partir d'"Erin Brockovich, seule contre tous", son film suivant, a commis pratiquement un sans faute, alors que Tarantino s'est lui un peu perdu dans son obsession à vouloir être le Sergio Leone du cinéma américain qui recycle tous les genres cinématographiques.

On ne s'ennuie pas, mais c'est parfois un peu long, même si le visage lumineux de Terence Stamp et la veulerie de Peter Fonda constituent d'efficaces palliatifs à une intrigue que Soderbergh embourbe dans des effets de style tarabiscotés et inutiles.

A noter la présence de la très accorte et trop rare Lesley Ann Warren, dont on se demande ce qui a bien pu l'empêcher de devenir une vedette de tout premier plan après la révélation que fut "Victor, Victoria" de Blake Edwards en 1982.