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"Josey Wales hors-la-loi"

Deux pistolets valent mieux qu'un pour protéger sa nouvelle famille...

titre original "The Outlaw Josey Wales"
année de production 1976
réalisation Clint Eastwood
scénario Philip Kaufman
photographie Bruce Surtees
musique Jerry Fielding
interprétation Clint Eastwood, Chief Dan George, Sondra Locke, Sam Bottoms, John Davis Chandler

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Avec le deuxième western d'Eastwood réalisateur, les choses sont plus claires. C'est un parcours initiatique que suit Wales, et chacune des épreuves le rapproche de l'apaisement, de la sagesse. La fin est plus proche de David Thoreau que de Reagan et confine au panthéisme. Quant aux scènes d'action - nombreuses -, elles sont dans le style d'Eastwood : sèches, concises, brutales. Un des trois ou quatre meilleurs westerns des années 1970. Un grand film.

Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon

Un des plus beaux westerns de la décennie. Un héros qui fuit la violence et entraîne avec lui une mini-société de proscrits. Commencé par Philip Kaufman, repris en main par sa vedette, Clint Eastwood.

La critique de Didier Koch

Sur l'ensemble de sa désormais très longue carrière, qui compte plus de 60 films comme acteur et 41 comme réalisateur, Clint Eastwood n'aura au final joué que dans neuf westerns, dont cinq réalisés par ses soins. Pourtant, il doit beaucoup au genre, et réciproquement. C'est grâce à la série "Rawhide " (217 épisodes de 1959 à 1965) qu'il se fait repérer. C'est ensuite grâce à ses trois célèbres westerns spaghettis tournés avec Sergio Leone qu'il accède au statut de star. C'est enfin grâce à "Impitoyable" qu'il accède en 1993 à la reconnaissance critique en décrochant  quatre Oscars, dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur second rôle (Gene Hackman). À ce titre, il rejoint les très grands noms du genre que sont John Wayne, James Stewart et Gary Cooper, ajoutant à son arc par rapport à ses prestigieux aînés, la corde inestimable de réalisateur.

"Josey Wales hors-la-loi", sorti sur les écrans en 1976, est donc après "L'homme des hautes plaines", le deuxième western qu'il met en scène. Le film, très bien accueilli aux États-Unis, occupe une place à part dans la filmographie d'Eastwood. Contrairement à "L'homme des hautes plaines" qui mixait clairement les leçons apprises chez Sergio Leone et Don Siegel, cette libre adaptation d'un roman éponyme de Forrest Carter paru en 1973, éclaire sous un jour nouveau les fondements du cinéma d'Eastwood, qui fait ici l'éloge des valeurs familiales et plus généralement de la vie en communauté qui transcende l'individu tout en aplanissant ses travers. C'est donc plutôt John Ford qu'il rejoint quant aux valeurs qu'il entend promouvoir en sous-texte, tout en conservant la rudesse, la dérision et la rouerie apprises chez ses deux mentors.

Josey Wales, paisible fermier montrant les travaux des champs à son fils, va tout perdre dès l'entame du film, sa famille étant massacrée par une bande de mercenaires à la solde des nordistes pour traquer les derniers confédérés. Le contexte est donc tout suite posé, d'une vengeance qui pourrait facilement servir de trame à tout le récit. Revenu de tout et avec un affect complètement dévasté, Josey Wales a un bon motif pour céder à la violence. Ce qu'il fait en rejoignant la bande de Bloody Bood Anderson, qui combat les nordistes. Le jeune homme (Sam Bottoms) qu'il prend sous son aile et accompagne dans la mort après la fusillade de la totalité de la bande qui s'était rendue imprudemment aux nordistes, entame la détermination de Wales, qui va dès lors, sans jamais se l'avouer, se construire une famille de substitution au fur et à mesure des rencontres drolatiques qui parsèment son chemin. Un vieil indien (Dan George), une squaw violentée, un chien errant, puis une famille de fermiers rejoignant le Texas, sont autant de points d'attache qui, progressivement, ramènent l'homme blessé dans le monde des vivants. Le long voyage du Missouri au Texas, s'il est émaillé de violence pour défendre les plus faibles dont Wales a pris la charge, lui permet de renouer avec la félicité et l'espoir perdus.

Taxé depuis "Dirty Harry" de conservateur sans nuances, Clint Eastwood sera, grâce au succès du film, regardé différemment. Le magnifique "Breezy" tourné en 1973 avec William Holden avait pourtant révélé la sensibilité de son auteur, mais le film était passé complètement inaperçu. "Josey Wales hors-la-loi", dont il faut en outre souligner la sublime photographie de Bruce Sturtees (fidèle collaborateur d'Eastwood et fils de Robert Sturtees, autre directeur de la photographie célèbre), marque donc un point de rupture dans les rapports d'Eastwood avec la critique, qui finira par l'adouber complètement avec "Impitoyable", western crépusculaire très violent à l'humeur nihiliste. Il faut donc voir "Josey Wales hors-la-loi" tout comme "Breezy", "Bronco Billy", "Honkytonk Man", "Sur la route de Madison", "Million Dollar Baby", si l'on veut apprécier l'œuvre de l'un des plus grands réalisateurs américains du XXe siècle dans toute sa dimension et sa complexité.

Licenciement

Philip Kaufman fut licencié de son poste de réalisateur par le producteur-vedette Clint Eastwood qui le remplaça. La Directors Guild adopta alors une nouvelle clause spécifiant qu'aucun metteur en scène ne pouvait être remplacé sur un tournage par un membre de l'équipe (acteur, technicien ou producteur).

Josey Wales hors-la-loi - photo 1