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"Hostiles"

titre original "Hostiles"
année de production 2017
réalisation Scott Cooper
scénario Scott Cooper, d'après Donald E. Stewart
photographie Masanobu Takayanagi
musique Max Richter
interprétation Christian Bale, Rosamund Pike, Scott Shepherd, Wes Studi, Q'orianka Kilcher, Scott Wilson

La critique de Sébastien Miguel

Beau sur-western (selon la formule consacrée par Hervé Bazin) et dans la tradition typique de ceux tournés dans les années 90. Si le cinéaste-scénariste revient, dans une citation explicite, au chef d’œuvre d'Eastwood ("Impitoyable"), Cooper illustre davantage un lent voyage initiatique vers la rédemption et la paix intérieure.

L'Ouest est sale, violent et injuste. La nature, grandiose et souveraine.

La critique de l'impérialisme américain est puissante (géniale apparition finale de Scott Wilson dans l'un de ses derniers rôles) et les personnages échappent tous aux topos, peut-être - parfois - au détriment du rythme tant les développements de certains protagonistes ralentissent la narration.

Mais l'interprétation est impressionnante (Bale sobre et profond, Rosamund Pike admirable), la photo brillante et les séquences s'enchaînent en prenant le contre-pied des conventions du genre (nonobstant la première scène totalement inutile).

Wes Studi (figure marmoréenne devenue avec les décennies l'incarnation indétrônable d'un peuple bafoué) est olympien.

Magnifique scène finale.

La critique de Didier Koch

Depuis qu'il a abandonné sa carrière d'acteur en 2009 pour se consacrer à l'écriture de scénarios qu'il met lui-même en scène, Scott Cooper effectue un parcours sans faute. En quatre films tous aussi originaux qu'aboutis, il est parvenu à affirmer une personnalité qui lui a permis de se forger une place de choix dans un système qui laisse désormais peu d'espace et surtout peu de budgets conséquents hors des possibles blockbusters.

"Hostiles", son quatrième film, est un western. Quasiment moribond à partir des années 1970 et le déclin du western spaghetti, le genre connait un léger rebond depuis les années 2010 grâce à l'intérêt que lui portent des réalisateurs aussi renommés que Quentin Tarantino ("Django unchained", "Les huit salopards"), les frères Coen ("True grit"), Seth MacFarlane ("Albert à l'Ouest") ou encore Alejandro González Iñárritu ("The Revenant").

Adaptant une histoire de Donald E. Stewart (1930-1999), ancien scénariste pour Costa-Gavras, John McTiernan ou Phillip Noyce, Cooper observe, à travers le capitaine Joseph J. Blocker (Christian Bale), le désarroi d'un militaire dont la conscience a été rudement mise à l'épreuve par la conquête de l'Ouest et son lot de massacres perpétrés pour déposséder les Indiens de leurs terres. Pour se convaincre de la légitimité des exactions et atrocités commises, la meilleure potion est sans aucun doute de se persuader que celui d'en face est une bête sauvage assoiffée de sang. Dès lors, rien de plus efficace que l'esprit de vengeance induit par la mort au combat de compagnons d'armes.

C'est en partie sur cet engrenage absurde et infernal que s'appuie le haut commandement afin que des hommes acceptent sans relâche de tuer d'autres hommes. Aussi, quand on lui confie le convoyage d'un chef cheyenne (Wes Studi) prisonnier afin de lui permettre de mourir sur sa terre natale du Montana, le capitaine Blocker, qui a combattu Yellow Hawk, celui qui a tué plusieurs de ses soldats, voit ce qui lui reste de certitudes s'effondrer. Le sens du devoir et de la hiérarchie lui intiment malgré tout d'obéir après un refus initial. Le long périple émaillé des habituelles embûches auquel va s'adjoindre une fermière (Rosamund Pike) qui a vu toute sa famille massacrée par des Apaches va amener le marmoréen capitaine Blocker à s'interroger sur le véritable sens de son engagement passé et sur l'utilité des nombreuses morts qui l'ont accompagné.

Scott Cooper a demandé à son acteur Christian Bale, qu'il avait déjà dirigé dans "Les brasiers de la colère" (2013), de faire passer cette douloureuse réflexion avec un minimum d'effets. L'acteur au registre désormais très complet s'acquitte avec brio de ce challenge, faisant parfaitement ressentir le doute assaillant ce vaillant soldat qui, au-delà de l'horreur de la guerre qu'il a appris à apprivoiser, prend conscience que les hommes qui la font ne sont que des marionnettes entre les mains du haut commandement et des politiciens. Aucune nomination à l'Oscar n'est venue récompenser cette intense prestation, on peut s'en étonner et le regretter.

Remarquablement filmé, mais aussi modeste et juste dans ses points de vue, "Hostiles" interroge sur la manière dont se sont construits les États-Unis d'Amérique. Une fois de plus, Scott Cooper démontre que sa place derrière une caméra lui intime de pousser à la réflexion autant que divertir. Un alliage vertueux qui n'est plus si courant.