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"A cure for life"

titre original "A cure for wellness"
année de production 2016
réalisation Gore Verbinski
scénario Justin Haythe
photographie Bojan Bazelli

La critique de Didier Koch

Depuis l'échec cuisant de "Lone ranger" en 2013, Gore Verbinski n'est plus le réalisateur chéri des Studios Disney qu'il était devenu en réalisant les deux premiers épisodes de la saga "Pirate des Caraïbes". Son crédit n'ayant pas complètement disparu, il profite de ce trou d'air pour se lancer dans un projet plus personnel, qui l'amène à s'intéresser à nouveau au genre horrifique qu'il avait abordé en 2002 avec le remake de "Ring", le film du japonais Hideo Nakata (1998).

Il nous emmène dans les Alpes suisses où, dans un château rappelant ceux de Louis II de Bavière (en réalité le château de Hohenzollern), un docteur énigmatique (Jason Isaacs) propose à de riches industriels et hommes d'affaires une cure réparatrice aux accents new age dont ils ne reviennent jamais. Lockhart (Dan Dehaan), jeune cadre ambitieux sans scrupule, est envoyé de New York par sa firme pour en ramener le PDG qui a annoncé, par une simple lettre, son intention de rester définitivement sur son lieu de cure.

Le propos initial fort bien mené diffuse un parfum certes déjà connu ("Traitement de choc" d'Alain Jessua en 1972, "Morts suspectes" de Michael Crichton en 1977, "Shutter Island" de Martin Scorsese en 2011), mais toujours prometteur d'un sentiment d'angoisse excitant lié à la peur de l'enfermement. Si les bonnes intentions sont bien présentes et l'imagerie à la hauteur des ambitions affichées grâce au chef opérateur Bojan Bazelli déjà présent sur "Le Cercle" et sur "Lone ranger", le scénario de Justin Haythe ne parvient pas à agréger toutes les promesses initiales autour d'une intrigue charpentée dont la progression conduirait à un climax justifiant les 2h30 que dure le film.

N'ayant pas su trouver une direction claire qui permettrait de donner une issue aux différentes pistes explorées, Verbinski et son scénariste font du surplace, laissant progressivement le spectateur derrière eux. La conclusion à la tonalité gothique évidente, qui se veut un hommage aux films de la Hammer, s'avère en complet décalage avec le propos liminaire et flirte quelquefois avec le ridicule. Verbinski, trop ambitieux, a oublié que les Terence Fisher, Roger Corman, Roy Ward Baker et autres Freddie Francis savaient ménager leurs effets en observant une stricte concision narrative à laquelle certains, comme Corman, ajoutaient une bonne dose d'humour qui permettait de faire passer comme une lettre à la poste les incohérences inhérentes au genre.

Dommage pour Gore Verbinski qui, avec ce nouveau fiasco commercial, n'aura sans doute pas de sitôt l'occasion de trouver le financement pour son expression personnelle.