Menu Fermer

"Maris et Femmes"

Maris et femmes - affiche

titre original "Husbands and Wives"
année de production 1992
réalisation Woody Allen
scénario Woody Allen
photographie Carlo Di Palma
interprétation Woody Allen, Mia Farrow, Sydney Pollack, Juliette Lewis, Judy Davis, Liam Neeson

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Sombre méditation sur la déliquescence du couple, "Maris et femmes" est un diamant noir fiché çà et là de quelques éclats de rire (suscités principalement par le comportement bouffon du personnage joué par Sydney Pollack, au demeurant excellent comédien).

Si l'amertume du propos est un rien tempérée par la présence rafraîchissante de Juliette Lewis, gracieuse jouvencelle au charme dépourvu de mièvrerie, il n'en reste pas moins que Woody Allen dresse le constat sans appel de la faillite du couple, rongé par les années de vie commune. Il y enterre, funèbre et avec seulement quelques semaines d'avance sur la réalité, son union avec Mia Farrow.

Pour son cadeau d'adieu, Woody n'a guère gâté celle qui aura été sa muse pendant si longtemps : jamais en effet Mia ne sera apparue dans un film de son compagnon avec un rôle aussi ingrat ; jamais elle n'aura été aussi mal attifée ; jamais on ne l'aura vue aussi voûtée et aussi quelconque.

Seul défaut de ce très beau film, le parti pris fort irritant du réalisateur de filmer toutes ses séquences à la façon d'un vidéaste amateur, Caméscope sur l'épaule. Il en résulte une image laide et bringuebalante (pauvre Carlo Di Palma !) qui donne mal à la tête mais qui n'apporte rien.

Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon

Inévitablement jugée « autobiographique », cette méditation sério-comique sur l'absurdité de l'infidélité et l'impossibilité de la fidélité amoureuse ne l'est sans doute pas plus que bien d'autres films de Woody Allen (toute fiction étant peu ou prou autobiographique, de même que toute autobiographie est plus ou moins fictionnelle). Allen adopte pourtant ici un ton de confession, de journal intime - les personnages s'adressent périodiquement à un « interviewer-narrateur » invisible qui occupe la place du spectateur - encore accentué par le parti pris formel, nouveau chez lui, de la caméra portée à la main dans un style de reportage cinéma-vérité : cette improvisation feinte engendre une image instable, brouillonne, reflet du chaos qui domine les sentiments et le comportement des personnages. Le film, un des plus « bergmaniens » d'Allen, est plus proche de l'inspiration misanthrope et pessimiste de "Crimes et délits" que de celle de "Manhattan" ou "Hannah et ses sœurs". Bien qu'il recycle des chassés-croisés amoureux très familiers, le style tend à casser (ose-t-on dire déconstruire ?) la fiction, et la tension entre une intrigue classique et une forme perturbatrice n'est pas le moindre attrait de cette œuvre qui, la même année que "Ombres et brouillard" (autre expérience sur la forme, mais d'un ordre complètement différent), confirme l'étonnante diversité d'inspiration de son auteur.

Woody Allen et Mia Farrow

"Maris et Femmes" est la treizième et dernière collaboration entre le réalisateur-scénariste et l'actrice, qui avaient travaillé ensemble pour la première fois sur "Comédie érotique d'une nuit d'été" en 1982, soit dix ans plus tôt.