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"Le Seul Témoin"

Le seul témoin - affiche

titre original "Narrow Margin"
année de production 1990
réalisation Peter Hyams
scénario Peter Hyams
photographie Peter Hyams
interprétation Gene Hackman, Anne Archer, M. Emmet Walsh
 
version précédente "L'Énigme du Chicago Express" ("The Narrow Margin"), Richard Fleischer, 1952

La critique de Sébastien Miguel pour Plans Américains

"Le Seul Témoin" est le remake avoué du B et légendaire "The Narrow Margin" de Richard Fleischer.

Peter Hyams transforme le noir et blanc et le format carré de la production RKO en de splendides images 2.35, le réalisateur signant aussi la belle photo du film (scènes de restaurant aux teintes chaudes, tons monochromes pour les nuits et lumière vacillante lors de la confession…).

L’intrigue est grandement simplifiée, le final invraisemblable, mais la concision du film respecte l’esprit de la série B traditionnelle.

Depuis, Hyams a sombré corps et âme dans des produits dispendieux, commerciaux et aux résultats parfaitement catastrophiques : "Mort subite", "La Fin des temps", "D’Artagnan", "Présumé coupable" *…

La sobriété et l’aspect classieux de cette production oubliée mérite grandement l’attention. En citant directement "La Mort aux trousses" dans la scène du wagon-restaurant, Hyams ne pastiche pas le maître et se contente d’un simple champ-contre champ. Cette retenue et cette élégance favorisent un suspens feutré particulièrement efficace. Il y bien une petite poursuite en voiture avec coups de feu et explosions, mais "Le Seul Témoin" est un bien joli objet, suranné et élégant.

Anne Archer et Gene Hackman sont excellents.

* remake de "L'Invraisemblable Vérité" de Fritz Lang (1956)

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

"Le Seul Témoin" est le remake de l’excellent "L’Énigme du Chicago express" de Richard Fleischer tourné en 1952. C’est Peter Hyams, peu convaincu en voyant le film à la télévision, qui s’est mis en tête de pouvoir en réaliser une version plus effrayante et surtout plus spectaculaire. Il persuade la Paramount, pour laquelle il vient de réaliser "Presidio: Base militaire, San Francisco" d’acheter les droits, puis travaille sur le scénario, qu’il remet au goût du jour en conformant l’intrigue aux canons du thriller des années 1980. Gene Hackman, avec lequel Hyams s’était promis de travailler un jour, rejoint Anne Archer au casting.

Peter Hyams sachant faire preuve d’efficacité, propose sans trop de fioritures une entrée en matière posant clairement les enjeux du suspense sur lequel repose tout le film. Une jeune femme en errance sentimentale (Anne Archer) rencontre, sur les conseils d’une amie, un avocat réputé. Celui-ci s’avère être à la solde d’un ponte mafieux (James Sikking), mécontent d’être grugé par celui qu’il paye à prix d’or. Elle assiste sans être vue à son assassinat et devient ainsi le seul témoin. Un flic (Gene Hackman) parvient rapidement à remonter à la source et cherche à convaincre le témoin de l’aider à coincer celui qu’il traque en vain depuis des années.

Efficace, on l’a dit, mais peu soucieux de peaufiner la vraisemblance, Peter Hyams ne semble préoccupé que par l’idée d’amener ses protagonistes dans le huis clos du train qui doit les mener à Vancouver. Le policier et son témoin, sans aucune possibilité de fuir, cherchent à échapper aux tueurs à leurs trousses. Cette partie sans grande originalité doit beaucoup à Gene Hackman, qui sait comme personne faire monter la tension, mais elle ne permet toutefois pas à Peter Hyams de surpasser le film de Richard Fleischer, beaucoup mieux équilibré dans sa construction et s’appuyant sur des personnages secondaires plus conséquents et mieux dessinés. La conclusion ajoute encore au déséquilibre, Peter Hyams l’expédiant en quelques plans bâclés.

Visiblement, Peter Hyams, subjugué par les paysages de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, a réalisé "Le Seul Témoin" sans une motivation suffisante pour justifier un remake plutôt impersonnel, même s'il remplit une partie de son cahier des charges. Quant à Anne Archer, sa grâce et sa beauté compensent en partie les faiblesses de l'intrigue.

Le seul témoin - générique