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"Un été en Louisiane"

titre original "The man in the moon"
année de production 1991
réalisation Robert Mulligan
photographie Freddie Francis
musique James Newton Howard
interprétation Reese Witherspoon, Tess Harper, Sam Waterston, Emily Warfield, Jason London
rien à voir avec "Man on the moon" de Milos Forman

La critique de Didier Koch

"Un été en Louisiane" est le dernier film de Robert Mulligan, cinéaste humaniste qui, avec ce récit de l’éveil à la sexualité de trois adolescents, clôt sa carrière de la plus belle des manières. C’est un ravissement de découvrir la toute jeune Reese Witherspoon dans son premier rôle où elle campe Dani, fille de cultivateur en Louisiane qui, lors de l’été de ses quatorze ans, va connaître son premier émoi amoureux.

Rares sont les réalisateurs qui, comme Mulligan, savent aussi bien évoquer le monde de l’enfance ou de l’adolescence. Ce thème, qui parcourt toute l’œuvre du cinéaste, lui aura inspiré ses plus belles œuvres, de "Du silence et des ombres" à "Un été en Louisiane" donc, en passant par "Un été 42" ou "L’Autre". Sans pathos et de manière très simple, le cinéma de Mulligan restitue parfaitement, à travers ses trois personnages principaux les différentes étapes de la découverte de l’attirance sexuelle vécue par les deux sexes.

A peine sortie de l’enfance, Dani reconnait aussitôt le sentiment trouble et irrépressible qui l’attire vers Court, le fils de la voisine revenue vivre au pays. Même si le spectateur est plus âgé que les deux héros, il peut, grâce à la parfaite alchimie concoctée par Mulligan, s’identifier aux deux jouvenceaux heureux de se retrouver tous les jours pour un bain dans l’étang qui jouxte la propriété de Court. Il ne se passe pas grand-chose, mais le bonheur de Dani est communicatif et suffit à notre bonheur, nous faisant retrouver un peu de ce territoire magique enfoui au fond de notre âme dont le chanteur Jacques Brel était si nostalgique.

La petite Dani a de la chance, car ses parents aimants sont compréhensifs et n’ont pas oublié qu’ils sont passés par le même chemin. L’ensemble peut paraître un peu idyllique, mais il faut se dire que le cinéma n’est peut-être pas condamné à systématiquement nous renvoyer l’image d’un monde corrompu et cynique.

Tout concourt à la réussite de cette œuvre ultime, et Mulligan semble en totale maîtrise de tous les paramètres de son film, que ce soit les images sublimes de Freddie Francis, par ailleurs cinéaste attitré de la Hammer, la musique harmonieuse de James Newton Howard, le scénario de Jenny Wingfield qui ménage quelques rebondissements dramatiques, ou encore  le jeu des acteurs tous portés par la formidable énergie de la jeune Witherspoon qui crève littéralement l’écran.

A noter l’apparition sympathique de Bentley Mitchum, le petit-fils du grand Robert Mitchum, dans le rôle du petit ami empressé de Maureen, la sœur aînée de Dani.