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"The other side of the wind"

Le dernier film d'Orson Welles

titre original "The other side of the wind"
année de production 1970-1976
réalisation Orson Welles
scénario Orson Welles
photographie Gary Graver
montage Orson Welles
interprétation John Huston, Oja Kodar, Peter Bogdanovich, Robert Random, Lilli Palmer,
Paul Stewart, Norman Foster, Mercedes McCambridge, Cameron Mitchell,
Edmond O'Brien, Dennis Hopper, Claude Chabrol, Stéphane Audran,
Paul Mazursky, Natalie Wood (non créditée), Cameron Crowe (non crédité),
Anna Thea Bogdanovich (non créditée)

Article du New York Times du 28 octobre 2014 : cliquer ici.

La critique de Sébastien Miguel

Après la vision du film dans son intégralité

Exit l’homérique histoire de la production de cet ovni : il existe des dizaines d’articles et même un livre sur le sujet.

Montage NetFlix, donc, de 120 minutes de la centaine de rushes exhumée du vieil entrepôt de Bagnolet.

Pour ce qu’il prévoyait comme son grand comeback à Hollywood (?!), Welles réalisa une œuvre satirique et prétentieuse sur son dégoût total du Hollywood des années 60-70. Que penserait-il, aujourd’hui, des interchangeables films de super héros sur fond verts ?

Le cinéaste se moque (beaucoup) de l’Antonioni de "Zabriskie Point" et des productions fauchées de Roger Corman.

Sa sarabande de pantins apparaît, après quatre décennies de purgatoire, comme une horde de momies antipathiques et dérisoires.

En virtuose iconoclaste, le bouillonnant artiste nous gratifie de quelques séquences époustouflantes (le striptease dans les toilettes des voyeuristes et la copulation bestiale à l’intérieur d’une minuscule automobile), mais les longueurs, les dialogues abscons ainsi qu’une rhétorique pesante alourdissent considérablement cet interminable suicide commercial.

Indigeste et fatiguant.

Avant la vision du film dans son intégralité

« Ce sera un film à propos de la mort, le portrait d’une décadence, d’une ruine. »
Orson Welles à Jean Clay dans Réalité, octobre 1962

Une party hollywoodienne. Tourbillon vertigineux de la meute des objectifs carnassiers autour d’un vieux cinéaste macho et alcoolisé (magistral John Huston). Le visage, détruit par l’alcool, d’Edmond O'Brien filmé à la courte focale et gueulant dans son haut parleur, deux nains déguisés en cowboys, un jeune loup aux dents longues (superbe Peter Bogdanovich), une Cassandre belle et troublante (Lilli Palmer, dont la ressemblance avec Jeanne Moreau fascine). Quelques fantômes aussi avec la présence de vieux compagnons wellessiens (Paul Stewart, Norman Foster, Mercedes McCambridge…).

Welles coupe dans le mouvement, retire quelques frames au zoom pour en accentuer la violence, multiplie les hiatus incroyables, coupe dans les dialogues, rajoute des phrases en post synchro. Plans obliques, courtes focales déformantes, contre-plongées. Le cinéaste de "F for Fake" multiplie les formats : 35 mm, 16 mm, 8 mm, et passe avec une désinvolture provocante de la couleur au noir et blanc. L’iconoclaste légendaire pallie l’absence de budget par un montage fragmentaire d’une virtuosité avant-gardiste visionnaire.

Le film dans le film. Au cœur du chaos, évolue sur l’écran Oja Kodar, l’héroïne du film d’Hannaford. Welles le puritain expose, transcende son corps magnifique. Oja suivie par un jeune homme dans un dédale monstrueux sorti tout droit du "Procès", Oja se cachant nue dans de vieux décors en ruine, Oja faisant sauvagement l’amour dans l’habitacle d’une minuscule voiture de sport (scène de sexe d’anthologie de plus de 8 minutes et sommet d’érotisme totalement inattendu de la part du cinéaste de "La splendeur des Amberson" !).

Welles ridiculise l’Antonioni de "Zabriskie Point", évoque son propre parcours au sein de l’industrie hollywoodienne et, après Kane et Othello, débute une nouvelle (et dernière) fois son film par la mort du personnage principal.

Dans la dernière séquence, le jeune héros traverse, aux sons d’une musique sacrée, quelques vieux décors de cinéma dévastés. Oja, entièrement nue et armée d’un couteau, perce une tenture. Welles assimile l’incarnation du désir et de la vie à la beauté diurne de la femme. Et c’est le cut final. L’écran noir infini.

Photos de tournage


Mike Stringer, Gary Graver, Bob Random et Orson Welles
Orson Welles et Peter Bogdanovich
John Huston, Orson Welles et Peter Bogdanovich

Cameron Mitchell, Paul Stewart, Mercedes McCambridge et Orson Welles
John Huston et Orson Welles
John Huston, Orson Welles et Peter Bogdanovich


Oja Kodar, Frank Marshall, Gary Graver et Orson Welles

John Huston et Orson Welles

Références à Ernest Hemingway
- La date du suicide du romancier (le 2 juillet) correspond, dans le film, à celle de l'anniversaire d'Hannaford et de sa mort.
- Hannaford a le même prénom que le personnage principal du roman "Le soleil se lève aussi" (Jake).

Peter Bogdanovich raconte une histoire de tournage lors de la cérémonie de remise à Orson Welles d'un Life Achievement Award à l'American Film Institute le 9 février 1975. A l'occasion de cette cérémonie, Welles a fait diffuser 2 séquences du film, notamment celle dans laquelle on voit, dans une salle de projection, un assistant d'Hannaford tenter vainement d'expliquer à un producteur d'Hollywood, dubitatif, une séquence non montée du film.