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"Stay hungry"

titre original "Stay hungry"
année de production 1976
réalisation Bob Rafelson
scénario Bob Rafelson
production Harold Schneider et Bob Rafelson
interprétation Jeff Bridges, Sally Field, Arnold Schwarzenegger, Scatman Crothers,
R.G. Armstrong, Robert Englund, Joe Spinell

La critique de Didier Koch

Quatre ans après "The king of Marvin Gardens", son deuxième film avec Jack Nicholson, Bob Rafelson propose cette chronique douce-amère sur un jeune homme de très bonne famille (Jeff Bridges) devenu subitement orphelin, qui doit faire face à des responsabilités auxquelles il ne s'était pas préparé, se contentant jusqu'alors de se laisser vivre en trempant par insouciance et désœuvrement dans des petits trafics.

Rafelson, qui officie depuis le début de sa carrière au scénario, entame judicieusement son film par la lecture en voix off d'une lettre que Craig Blake (Jeff Bridges) vient de recevoir de son oncle (l'iconoclaste de la famille), l'enjoignant de se choisir un chemin, ce que Craig, entrant dans la vaste demeure abandonnée de ses parents, a visiblement bien du mal à faire, hésitant sans doute à épouser un monde régi par la soif de réussir et les convenances.

Embarqué dans une affaire immobilière un peu louche, managée par un Joe Spinell (le Frank Zito du "Maniac" de William Lustig) en demi-sel gominé, Craig, toujours à la traîne, va se voir confier la mission de convaincre le patron d'un club de remise en forme de vendre son bien pour permettre l'édification d'un gratte-ciel. Cette aventure, où il va rencontrer la faune bigarrée qui fréquente les salles de musculation, va constituer le chemin initiatique de Craig qui saura, à la fin du film, répondre aux questions posées par son oncle.

Un peu dans la même veine que "Cinq pièces faciles" ou "The king of Marvin Gardens", "Stay hungry" s'intéresse aux hésitations d'un jeune homme en quête de son identité, mais Rafelson y a ajouté une légèreté et un optimisme qui ne lui sont pas coutumiers, profitant de la présence du tout jeune Arnold Schwarzenegger pour se moquer gentiment de l'exhibitionnisme des culturistes notamment dans une scène  parodique où une cohorte de jeunes hommes bodybuildés se livrent à une ballade improvisée dans les rues de New York, allant jusqu'à parader sur le toit d'un bus.

C'est toute une galerie de portraits intimistes que Rafelson nous offre avec son point de vue toujours juste et attendri sur une bande de marginaux qui vivent en cercle fermé autour de leur passion. On y reconnait Robert Englund, Joe Spinell, RG Armstrong ou Scatman Crothers. Immergé dans ce milieu fait de gens simples mais sincères et surtout à l'écoute de leurs sentiments, Craig va découvrir l'amour (Sally Field) et un sens à sa vie.

Les acteurs, formidablement dirigés, sont tous attachants, y compris un Schwarzenegger duquel  Rafelson aura su extirper un peu de nuance peu avant que celle-ci disparaisse de son jeu qui glissera vers le hiératisme robotique qui fera tout à la fois le succès de l'acteur auprès du public mais aussi son désamour auprès de la critique. Jeff Bridges et Sally Field encore débutants sont bien sûr impeccables, mais la palme revient à RG Armstrong, second rôle vétéran d'Hollywood, impayable en tenancier de salle obsédé sexuel.

Le film n'a pas eu de succès malgré la faculté démontrée ici par Rafelson de marier, dans un savoureux mélange, réflexion et légèreté.

Couverture du Positif de mai 1978