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"Seul sur Mars"

titre original "The Martian"
année de production 2015
réalisation Ridley Scott
interprétation Matt Damon, Jessica Chastain, Jeff Daniels, Sean Bean

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

La conquête de l'espace ne fait plus rêver depuis que les moyens de la NASA ont été considérablement réduits suite aux crises économiques à répétition de ce début de XXIe siècle. C'est donc Hollywood qui a pris le relais, avec l'aide des effets spéciaux capables de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Pas étonnant dès lors que Ridley Scott, qui doit beaucoup à ses deux réussites majeures dans le domaine de la science-fiction, "Alien, le 8ème passager" et "Blade runner", se soit mis en tête d'imprimer de son sceau ce nouveau cycle entamé brillamment avec le trop méconnu "Moon" (2009) de Duncan Jones, le fils de David Bowie, et poursuivi par "Gravity" et "Interstellar".

Il avait bien tenté une approche en 2012 avec "Prometheus", sorte de méta-film ésotérique aux qualités graphiques incontestables, mais vendu à tort comme une préquelle du légendaire "Alien". Le spectateur alléché, se sentant un peu floué, n'avait pas répondu présent autant que prévu, faisant de "Prometheus" un demi-succès.

Quand le projet de "Seul sur Mars" est passé à portée de mains de Scott, il n'a pas laissé passer l'occasion, bien décidé à retenir les leçons données par Nolan et Cuarón. L'espace sera cette fois entièrement dédié à l'entertainment, le roman d'Andy Weir donnant l'occasion à Scott de conjuguer, en un seul film, une version interstellaire du "Seul au monde" de Robert Zemeckis et une autre du non moins célèbre "Il faut sauver le soldat Ryan" de son collègue Steven Spielberg.

Matt Damon, tout comme Tom Hanks, acteur des deux films précités, étant la figure typique de l'Américain moyen, c'est tout naturellement qu'il endosse la combinaison de l'astronaute botaniste Mark Watney, abandonné seul sur Mars après qu'une tempête ait obligé le reste de l'équipage, le croyant mort, à quitter la planète rouge dans la précipitation.

Ce canevas de départ est bien sûr idéal pour jouer sur toutes les cordes sensibles propres à séduire le public américain et mondial : capacité de l'homme à résister en milieu hostile, esprit de solidarité de l'équipage prêt à se sacrifier en retournant sur Mars chercher leur camarade d'expédition, ingéniosité légendaire des cadres de la NASA pour rendre le sauvetage possible, coopération internationale mettant au rencart tous les conflits d'intérêts pour sauver une seule et unique vie. Ne manquait plus qu'une belle histoire d'amour, mais il ne fallait tout de même pas en demander trop.

C'est donc un véritable feel good movie que réalise Scott, assez loin de son tempérament habituel qui le porte plutôt au pessimisme. Sans doute le réalisateur âgé de 77 ans s'est dit que la période actuelle si angoissante ne méritait pas qu'on l'assombrisse encore un peu plus.

On l'aura compris, le film très calibré n'a pas le souffle et le lyrisme du chef-d'œuvre absolu qu'était "Blade runner" aux moyens techniques pourtant ridicules comparés à ceux disponibles aujourd'hui. Mais objectivement, est-il possible même pour son auteur de reproduire un tel chef-d'œuvre ? Il faut donc modestement prendre "Seul sur Mars" pour ce qu'il est : un film à grand spectacle aux invraisemblances et à la naïveté facilement acceptées, car débouchant sur une issue heureuse chargée de redonner un peu d'espoir à une humanité qui doute au point d'envisager la vie sur Mars. En sus, personne du sexe masculin ne se lassera de voir la très belle Jessica Chastain se mouvoir en apesanteur dans une combinaison qui n'amoindrit en rien son sex appeal.

Couverture du Cinefex de décembre 2015