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"Scorpio"

Nerveux et sans bavure

titre original "The scorpio file"
année de production 1973
réalisation Michael Winner
scénario Gerald Wilson
musique Jerry Fielding
interprétation Burt Lancaster, Alain Delon, Paul Scofield

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un bon film d'espionnage en raison d'un réel souci d'authenticité. Plusieurs scènes furent tournées dans l'enceinte de la CIA. La philosophie du film est dégagée par Burt Lancaster : « Le but n'est pas de gagner, mais de ne pas perdre en restant dans le jeu. »

La critique de Didier Koch

De Michael Winner ne subsiste, dans les esprits, que sa collaboration avec Charles Bronson pour ce qui fut l'archétype du film de "vengeance", la série des "Un justicier dans la ville" initiée dès 1974 à la suite de "Scorpio".

Le film d'espionnage est un genre parfaitement codifié aux mœurs un peu chahutées depuis l'apparition de James Bond au cinéma, qui a apporté un peu de légèreté à un univers plutôt glacial, essentiellement alimenté par les arcanes souterraines de la guerre froide. Après la parenthèse des années 70 à 90 symbolisée par les prestations décontractées de Roger Moore et Pierce Brosnan dans le rôle de l'agent 007, les années 2000, avec l'entrée en scène de Daniel Craig, marquent un retour aux sources, certes plus musclé, mais malgré tout clairement affiché, "La Taupe" de Tomas Alfredson (2011) venant magistralement confirmer cette tendance.

Michael Winner, cinéaste menant à cheval sa carrière entre l'Angleterre et Hollywood, y revient en 1972 pour ce film réunissant le duo d'acteurs du "Guépard" de Visconti. "Scorpio" est une classique histoire d'espion qui ne parvient pas à s'extirper de la pieuvre pour prendre une retraite bien méritée, et qui va devoir échapper au tueur que la CIA a mis à ses trousses.

Lancaster et Delon sont tous les deux parfaits dans un registre qu'ils maîtrisent parfaitement. Entre Vienne, où Winner multiplie les clins d'œil au "Troisième homme" de son compatriote Carol Reed, et les États-Unis, la traque se poursuit, montrant le caractère inéluctable de celle-ci, quelques ruses que l'agent Cross puisse mettre en œuvre. Cruelle désillusion pour Cross, autrefois idéaliste, qui voit son poulain plus jeune, dit "Scorpio", en charge de l'éliminer.

Winner rythme parfaitement son film entre action (sublime poursuite dans un chantier viennois) et description des mœurs d'un milieu qui nous fascine parce qu'hermétique et mystérieux. Les deux stars phagocytent l'écran, laissant peu de place à leurs partenaires, hormis Paul Scofield qui campe un espion russe vieillissant, point de contact de Cross en Europe centrale.

Un film solide et trop méconnu dans la carrière des deux monstres sacrés.