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"Pulp fiction"

titre original "Pulp fiction"
année de production 1994
réalisation Quentin Tarantino
scénario Quentin Tarantino
interprétation John Travolta, Samuel L. Jackson, Uma Thurman, Bruce Willis, Harvey Keitel,
Ving Rhames, Tim Roth, Amanda Plummer, Maria de Medeiros, Eric Stoltz,
Christopher Walken, Rosanna Arquette, Quentin Tarantino, Steve Buscemi
   
récompenses • Palme d'or au festival de Cannes 1994
• Oscar du meilleur scénario original
• Prix Edgar Allan Poe pour Quentin Tarantino

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Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Est-ce une parodie des pulp fictions des années 1930 et 1940, ces romans noirs bon marché imprimés sur mauvais papier ? Tarantino confirme son goût pour l'hémoglobine et la violence gratuite. Gangsters minables, drogués et fous, et policiers sado-masochistes peuplent cette descente aux enfers filmée avec virtuosité. Palme d'or (inattendue) au festival de Cannes 1994.

La critique de Didier Koch

Vingt ans après sa sortie, "Pulp fiction" reste un film unique en son genre, dynamitant tous les codes, ou plutôt les reprenant à son compte pour coller au mieux à la personnalité fantasque et baroque de son réalisateur, qui accéda en même temps que son film à la célébrité mondiale (Palme d’or à Cannes en 1994). Un film qui lui donne une aura incontestée depuis vingt ans malgré une production bizarrement assez limitée (six films seulement depuis 1994), alors que le tempérament volcanique et généreux de Tarantino laissait présager tout le contraire.

Ce petit joyau souvent imité mais jamais égalé constitue sans doute un sésame à vie qui lui permet de se relever sans peine de ses relatifs échecs ("Jackie Brown" en 1997, "Boulevard de la mort" en 2007). De ce point de vue, Quentin Tarantino constitue un cas assez unique dans l’histoire du cinéma. Qu’a donc de si particulier "Pulp fiction" qui, sans être un chef-d’œuvre absolu, surprend toujours à chaque vision ?

Une tonalité surtout, au-delà de la déstructuration du récit morcelé en trois historiettes formant une boucle et s’entrecroisant sans avoir de véritable lien entre elles. Personne avant Tarantino ne s’était imaginé que des tueurs à gages pouvaient avoir des conversations existentielles alors même qu’ils sont en route pour dessouder des petits dealers ayant tenté de rouler leur patron dans la farine. Dès l’entame, le spectateur tout à la fois amusé et ébahi par tant d'audace comprend que rien ne sera banal dans ce film. Si même les tueurs ont des états d’âme, où va-t-on ? (Le concept sera depuis souvent repris, tout récemment en 2014 dans la série "True detective".) En ramenant ses personnages au niveau de monsieur tout le monde, Tarantino décuple l’empathie à leur égard alors qu’ils sont en train de commettre les pires forfaits. On n’est pas très loin de l’esprit frondeur et ravageur de Tex Avery, les personnages devenant des caricatures d’eux-mêmes dont on peut se moquer à l'invitation de l'auteur du ridicule de leur situation. On sourit certes, mais jamais l’équilibre n’est rompu qui ferait basculer le film dans la complète parodie à la Mel Brooks, et c’est sans aucun doute le tour de force du jeune réalisateur, fan absolu de cinéma qui, pour rien au monde, ne tournerait complètement en dérision le travail de ses aînés qu'il vénère. Les scènes mélangeant le tragique au bizarre en passant par le comique s’enchaînent donc sur près de trois heures comme autant de moments d’anthologie filmés au cordeau et qui resteront gravés dans la mémoire des nombreux fans de "Pulp fiction".

Le survol du film peut certes laisser une impression de superficialité parfaitement assumée par son réalisateur qui indisposera les partisans d’une certaine consistance scénaristique mais il faut avant tout saluer la grande dextérité de Tarantino qui parvient à tirer le meilleur de chacun des acteurs, les faisant parfois sortir de leur emploi habituel comme John Travolta ou Samuel L. Jackson. Malin comme un singe, Tarantino n’oublie pas d’utiliser les talents de danseur de l’ex Tony Manero de "La fièvre du samedi soir" en le lançant dans un twist lascif avec la très caliente Uma Thurman, autre révélation du film, qui sera repris à l'envi par tous les jeunes de cette époque. C'est un savant mélange, sorte de recette magique dont Tarantino lui-même n'a jamais complètement retrouvé la formule qui nous est offert à l'orée de ces années 90 pour nous montrer que l'on peut encore innover en cette fin de siècle dans le genre sans doute le plus codifié du cinéma américain. Et c'est à un jeune geek, ancien gérant d'un vidéo club, qu'on le doit. D'où sans doute notre reconnaissance éternelle.

Affiche de Laurent Durieux
Le choix des armes pour Bruce "Butch Coolidge" Willis (by Ibraheem Youssef)