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"Mirrors"

titre original "Mirrors"
année de production 2008
réalisation Alexandre Aja
scénario Alexandre Aja et Grégory Levasseur
interprétation Kiefer Sutherland
version précédente "Into the mirror", Sung-ho Kim, 2003, Corée du Sud

Un ratage qui a de la gueule (la critique de Pierre)

Je ne suis pas un grand fan d'Alexandre Aja, qu'il s'agisse de "Haute tension" ou du piteux remake de "La colline a des yeux". Voir ce réal s'attaquer à un remake d'un film d'horreur sud-coréen n'augurait rien de bon - vu comme on en a ras-le-bol des remakes américains de films d'horreur asiatiques ("The Ring", "The Grudge", "Dark water" et autres).

Le pitch : un ancien flic devenu gardien à la suite d'un drame (Kiefer "Jack Bauer" Sutherland) doit faire des rondes dans un grand magasin abandonné à la suite d'un incendie. Il va remarquer des choses étranges avec les miroirs...

La première demi-heure est catastrophique : la première scène est un énorme ratage... S'ensuit des séquences dans le grand magasin plutôt chiantes, avec une atmosphère à la "Silent hill" plutôt emmerdante. L'histoire, dont le postulat est clairement pompé sur "Shining", est inexistante. Le tout est ponctué d'une ou deux séquences vraiment gore, mais qui tombent complètement à plat et qui sont totalement à côté de la plaque, quand elles ne sont pas grotesques. Bref, après un début calamiteux, c'est globalement la première moitié du film qui est ratée. Et puis les histoires de fantôme : ras-le-bol.

Petit miracle : au bout de 40/45 minutes, ça commence à prendre un peu. D'abord parce que la mise en scène est quand même élégante. Sutherland a l'air convaincu par son rôle, ça donne envie de s'y intéresser. Et surtout l'histoire commence à s'emballer, quand le réal suggère qu'il ne s'agit pas d'une histoire de fantôme, mais carrément du diable lui-même ! Détachez ces sangles, je vous prie ! Pour le coup, Aja nous balance des citations de "L'Exorciste" et de "Prince des ténèbres" à la pelle, ce qui est inattendu et sympathique. Dommage que cette option de scénario n'ait pas été pleinement exploitée, et qu'elle soit plombée par un ou deux effets ratés.

Pour résumer : ça commence par un "berk", et ça continue par un "ouais, mais mouaif".

La critique de Didier Koch

Alexandre Aja, le fils de son père Alexandre Arcady, mène depuis bientôt dix ans, avec son collègue et ami d’enfance Gregory Levasseur, une solide carrière dans le cinéma indépendant américain dans le domaine du fantastique et de l’horreur qu’il affectionne.

En 2007, après le succès surprise de son remake musclé du fameux "La colline a des yeux", il se voit confier par la Fox un autre projet de remake avec "Mirrors", qui au final ne sera que vaguement inspiré d’un film coréen de 2003, "Into the mirror" de Kim Seong-Ho. Réussissant à s’adjoindre les services de Kiefer Sutherland, alors au summum de sa popularité avec le succès de la série "24 heures chrono", Aja donne immédiatement un coup de projecteur à son projet. Le succès sera au rendez-vous avec 80 millions de dollars de recette mondiale pour un budget de 35 millions de dollars, évitant au jeune réalisateur de devoir faire ses valises pour un retour en France comme avant lui quelques-uns de ses compatriotes.

Ayant démontré la très bonne digestion de tous les films qu’ils ont pu voir dans leur prime jeunesse, les deux compères concoctent une histoire assez classique dans son déroulement et ses rebondissements, mais plutôt originale dans son leitmotiv. Ben Carson (Kiefer Sutherland), ancien policier suspendu suite à opération ayant mal tourné, trouve un emploi de gardien dans un grand magasin en ruine après un incendie meurtrier. Confronté à des problèmes d’alcool, il se doit de retrouver une crédibilité pour sauvegarder son couple à la dérive. L’endroit lugubre, où les immenses miroirs qui servaient aux essayages de la clientèle semblent ne plus vouloir se contenter de refléter l’image qui leur fait face, ne va pas aider le nouveau gardien à retrouver la sérénité.

Aja joue parfaitement de l’impressionnant décor qu’il a su trouver en plein cœur de Bucarest avec l'immense Maison du Peuple et à l'Académie des Sciences voulues par Ceausescu, puis abandonnées depuis 1998 suite à la chute du dictateur. S’y ajoute la force de conviction de Kiefer Sutherland, confronté au même moment à des problèmes d’addiction. Selon le canevas traditionnel du film à suspense américain, l’intrigue va progressivement se compliquer pour trouver son dénouement dans un climax endiablé.

Aja, complètement imprégné des codes d’un cinéma qu’il vénère, remplit en grand professionnel le cahier des charges attendu, pour être avant tout efficace comme l’exige le genre. Pari largement réussi pour les deux petits français qui, dans la foulée, s’attaqueront, et encore avec succès, à un remake en 3D complètement déjanté et jouissif du cultissime "Piranhas".