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"Meurtre mystérieux à Manhattan"

titre original "Manhattan murder mystery"
année de production 1992
réalisation Woody Allen
scénario Woody Allen
photographie Carlo Di Palma
interprétation Woody Allen, Diane Keaton, Alan Alda, Anjelica Huston

La critique de Didier Koch

"Meurtre mystérieux à Manhattan", un des films les plus légers de Woody Allen, est sans aucun doute la thérapie choisie par un cinéaste qui sort de deux films assez sombres, dont l'incompris "Ombres et brouillard", hommage à l'expressionnisme allemand de Lang et Murnau, et qui doit affronter une grave crise personnelle liée à sa rupture plus que compliquée avec Mia Farrow sur fond d'accusation d'inceste et de pédophilie.

L'intrigue du film, vaguement inspirée de "Fenêtre sur cour", lui était venue à l'époque d'"Annie Hall", mais était longtemps restée en retrait dans l'esprit d'Allen, qui la jugeait trop légère en référence à ses aspirations du moment qui le guidaient vers l'univers bergmanien. Les avis sont donc partagés sur la place à accorder à "Meurtre mystérieux à Manhattan" au sein de la filmographie du réalisateur, dont ce sont les retrouvailles bienvenues avec Diane Keaton qui vient à la rescousse de son ancien pygmalion en sérieuse difficulté.

Il est sûr qu'Allen ne retrouve que par instants la magie des sautillants dialogues qui faisaient tout le charme de ses plus brillantes comédies "existentielles" ("Annie Hall", "Manhattan", "Comédie érotique d'une nuit d'été", "Hannah et ses sœurs"), mais le tour de force du film vient du scénario concocté avec son complice Marshall Brickman, qui réussit avec brio à mêler intrigue policière charpentée et marivaudage.

Diane Keaton, qui s'évade de son quotidien en s'inventant une histoire de crime qui prend forme à partir de rien, et Woody Allen, son époux transi d'amour qui se force à sortir de sa routine pour la ramener à lui tout en étant effaré par les audaces de sa Miss Marple improvisée, sont impayables et nous rappellent, avec ce dernier film en commun, que c'est sans doute ensemble qu'ils ont tous les deux connu leurs plus beaux moments cinématographiques.

Si "Meurtre mystérieux à Manhattan" ne figure pas au panthéon de l'œuvre de son auteur, combien de réalisateurs ne rêveraient-ils pas d'être tout simplement capables de concevoir et d'agencer une telle horlogerie de précision ?

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Comédie policière modeste mais jubilatoire, "Meurtre mystérieux à Manhattan" est placé sous le sceau des retrouvailles de Woody Allen avec son ancienne égérie Diane Keaton.

Le duo comique ainsi reformé fonctionne admirablement, elle comblant une frustration par une obsession et lui, hystérique et trouillard comme jamais, la suivant contre son gré dans ses folles aventures.

Mais ce n'est pas tout, car ce film, qui réalise la synthèse entre les comédies loufoques des débuts et la veine "sérieuse" d'Allen, offre à l'amateur bien des sources de satisfaction : sens de l'absurde, satire (les après-midi dégustations de vin des New-Yorkais snobs), intrigue habilement concoctée, hommage au cinéma d'antan (Wilder, Hitchcock et surtout Welles avec "La dame de Shanghaï", auquel le réalisateur rend un habile et vibrant hommage dans la séquence du règlement de comptes), et réflexion sur la détérioration du couple.

Et puis, comment résister à un homme qui peut lancer des saillies aussi définitives que : « Quand j'entends trop Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne » ou « Garde-toi un peu de folie pour ta ménopause ! » ?